Gestion de l’offre : les producteurs de lait inquiets

Gestion de l’offre : les producteurs de lait inquiets

Yvon Boucher risque de perdre 2% de sa production si le Canada accepte les exigences des États-Unis.

Crédit photo : SM

Les producteurs de lait de la Montérégie doivent retenir encore leur souffle alors que les négociations concernant la gestion de l’offre piétinent toujours entre le Canada et les États-Unis.

« Je suis très inquiet parce que les deux dernières fois qu’on a négocié des ententes, c’est la production laitière qui a servi de monnaie d’échange », affirme Yvon Boucher, président des producteurs de lait de la Montérégie que le Journal de Chambly a rencontré dans sa ferme à Saint-Césaire.

Il fait référence ici aux deux accords que le Canada a signés, soit l’Accord de partenariat transpacifique qui a obligé les producteurs laitiers québécois à céder 3,5 % de leur marché et 2 % lors de l’accord commercial canado-européen. En tout, c’est 5,5 %. En plus, « avec l’ALÉNA, on a l’obligation d’importer 3 500 tonnes de beurre par année. »

Yvon Boucher gère avec deux de ses frères, Germain et Dominic, une ferme familiale qui se spécialise dans la production des céréales, du soya, du riz et aussi laitière. La ferme a un cheptel de 120 vaches qui fournissent à des laiteries 4 000 litres par jour.
Celui qui est aussi vice-président provincial des producteurs de lait au Québec persiste et signe : « pas de concession; on a déjà donné. C’est là-dessus qu’on tient la ligne dure. Ici, on a 35 millions d’habitants; les États-Unis ont 365 millions. Donner un accès de 2 ou 3 % à notre marché pour eux, ça ne représente rien, c’est 0,000 quelque chose. Mais pour nous, donner 2 % de notre production, c’est l’équivalent de ce que donnent les producteurs de lait du lac Saint-Jean ». Yvon Boucher calcule que lui aussi devrait encore céder 2 % de sa production au marché si jamais le Canada accepte les exigences des États-Unis.

« Je suis très inquiet parce que les deux dernières fois qu’on a négocié des ententes, c’est la production laitière qui a servi de monnaie d’échange. » – Yvon Boucher

Le président parle d’impacts importants pour les producteurs : « pertes de revenus, coupures de quotas, producteurs qui décident d’abandonner, car ils craignent que ça aille encore plus loin. Ça va être quoi les prochaines fois ? »

Gestion de l’offre

Le système de la gestion de l’offre qui date du début des années 1970 est appliqué aussi aux œufs et au poulet.
Le président a tenu à rappeler que « la gestion de l’offre, c’est ce qui me permet d’être en production laitière puis d’investir, d’avoir un prix garanti, avec un volume de production garantie. Moi je produis un volume dont le marché a besoin. Le transformateur transforme les bonnes quantités pour qu’il n’ait pas de surplus, pour s’assurer que dans les tablettes, il ne manque jamais de produits, mais aussi pour ne pas créer de surplus non plus. Tout le monde : moi, le transformateur, le distributeur a sa part de profit; c’est réglementé. Comme ça, il n’y a pas de grosses vagues, car si on produit trop, le prix baisse; si on en manque, le prix monte ».

Yvon Boucher cite l’exemple de la Nouvelle-Zélande, « le premier qui a aboli la gestion de l’offre. C’est là sur les tablettes où le prix est le plus cher et le producteur, c’est là où il est le moins payé ». Et d’ajouter : « les gens s’imaginent toujours que la gestion de l’offre pénalise les consommateurs. Ce qui est totalement faux. Quand on compare notre prix du lait avec celui des Américains, il faut le comparer avec le lait qui n’a pas d’hormones de croissance et là on arrive sensiblement au même prix ».

Une compensation critiquée

Une partie du manque à gagner à la suite de l’accord commercial avec l’Europe a été compensée par le fédéral. « Sur les 250 M$, il y a 50 M$ qui sont allés à l’administration, dont on ne verra pas la couleur et il y a environ 10 % des producteurs qui en ont bénéficié. Là-dessus ç’a créé une pression, car il fallait que les gens investissent dans des équipements, dont les prix ont monté. Au bout du compte, ça ne profite à personne. L’argent n’était pas pour tout le monde. »

À l’endroit du président Trump, Yvon Boucher a eu des commentaires très durs : « ce n’est pas un homme d’affaires, c’est un dictateur ! Il est intransigeant, manipule tout le monde et dit n’importe quoi qui n’est pas fondé. Il est temps que le Canada et les autres pays se tiennent debout devant ce genre d’individu ».