Exploitation sexuelle: Une réalité présente à ralentir

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Par Martine Veillette
Exploitation sexuelle: Une réalité présente à ralentir
Des filles sont régulièrement victimes d’exploitation sexuelle. (Photo : archives)

L’exploitation sexuelle de mineurs est présente partout et la région n’en fait pas exception. Avec la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle du gouvernement du Québec, les intervenants espèrent que le phénomène ralentira.

Depuis une dizaine d’années, Pascale Philibert œuvre au sein de l’équipe Mobilis à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de la Montérégie sur ce qui touche les gangs de rue et l’exploitation sexuelle de mineurs. La problématique est large et plus répandue en raison des réseaux sociaux.

« La problématique est partout. C’est plus concentré près des grandes villes. La Montérégie est près de Montréal. Plus tu t’approches, plus il y a des activités. Avec les réseaux sociaux, le classique métro, le terminus d’autobus, les parcs et les écoles ne sont plus uniquement les endroits où il y a du recrutement », affirme la conseillère et agente de planification du programme Mobilis.

Le visage du proxénétisme n’implique pas que des Noirs ou des Latinos. « Ce sont des hommes et des femmes de toutes les nationalités. Le point commun, ce sont les activités criminelles », mentionne Mme Philibert.

Elle explique que les jeunes qui posent des actes criminels comme la fraude, le vol ou la vente de drogue sont plus susceptibles d’œuvrer dans l’exploitation sexuelle. « Ceux qui veulent faire de l’argent facilement savent que faire travailler des filles, c’est payant », précise-t-elle.

Mme Philipert ajoute que « l’exploitation sexuelle est partout. Ce n’est pas juste des contacts. Les vidéos pornos, des photos intimes, les escortes, les danses nues en sont. Il y a aussi des agressions qui sont filmées et vendues ».

Elle ne pouvait dire si le nombre avait augmenté, mais de nouvelles filles recrutées, il y en a encore.

« Avec les réseaux sociaux, le classique métro, le terminus d’autobus, les parcs et les écoles ne sont plus uniquement les endroits où il y a du recrutement. » – Pascale Philibert

Dans la région

À la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent, le capitaine aux enquêtes, Christian Cameron mentionne que son service travaille en collaboration avec la Sûreté du Québec dans la majorité de ces dossiers, principalement à titre d’informateur. Il leur arrive d’aller chercher des filles du territoire à Montréal pour les sortir d’un milieu de proxénète.   

Un organisme de la région a indiqué au Journal traiter des cas, mais ne pas pouvoir en parler en raison de la confidentialité des dossiers.

À l’école secondaire de Chambly, la directrice Caroline Gaigeard soutient ne pas avoir été confrontée à ce type de situation. « Nous recevons beaucoup de confidences et rien ne nous laisse croire que des jeunes filles de notre école seraient ou pourraient être exploitées », dit-elle. Les sujets d’exploitation sexuelle et de consentement sont abordés à travers les contenus de l’éducation à la sexualité.

Commission spéciale

Québec a lancé les auditions publiques et de consultations pour la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs au début du mois. Le but de cette Commission, chapeautée par le député Ian Lafrenière, est de « déterminer les mesures les plus efficaces pour lutter contre l’exploitation sexuelle des mineurs au Québec ».

Mme Philibert et sa partenaire de Mobilis y participeront et feront des recommandations. « Des idées, on en a pour écœurer le monde!, s’exclame-t-elle. Mon but est de ralentir le phénomène. Pour complètement l’enrayer, il faut un travail collectif de tout le monde. La Commission aidera à aller au fond des choses. »

Dénoncer le phénomène

La conseillère et agente de planification du programme Mobilis soutient que « dès qu’on a des inquiétudes sérieuses qu’une personne est exploitée sexuellement ou sur le point d’être recrutée, il faut faire un signalement à la DPJ ». Une évaluation sera ensuite faite.

Selon elle, très peu de filles demanderont de l’aide. Il y a aussi des filles qui fuguent des centres après être sorties de ce milieu pour y retourner. « Elles se font prendre dans un énorme mensonge », souligne Mme Philibert. Elles reçoivent aussi souvent des menaces du milieu.

L’agente de planification précise qu’il est important que les parents demeurent présents même s’ils se font rejeter par leur enfant. Des intervenants seront là pour les accompagner et les aider.

De plus, elle mentionne qu’un jeune qui est bien encadré et occupé a moins de chances de tomber dans ce vice, malgré que les recruteurs ont parfois plus d’un tour dans leur sac pour les inciter. Les parents doivent être vigilants quant aux fréquentations de leur enfant et leurs activités.

Clients

Depuis décembre 2014, le Canada a changé la Loi sur la protection des personnes victimes d’exploitation. Les modifications ont eu pour effet de condamner les personnes qui obtiennent des services sexuels moyennant une rétribution. Celles qui offrent ces services sont reconnues comme victimes. Le capitaine Cameron soutient ne pas avoir eu de cas d’exploitation sexuelle juvénile sur le territoire.

Mme Philibert intervient auprès de jeunes filles de 13, 14 et 15 ans. « Les filles ont l’air mineures. Qu’est-ce qui fait qu’un client ne quitte pas quand il le constate? Ça devient une question de dépendance », dit-elle. Elle estime que ces derniers doivent obtenir de l’aide sur ce plan. Des clients, il y en a partout aussi, peu importe la ville, selon elle.

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