Eva qui murmurait à l’oreille des vaches

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Par Chloé-Anne Touma | Initiative de journalisme local
Eva qui murmurait à l’oreille des vaches
Du haut de ses dix ans, Eva Daignault raconte comment elle s’occupe de sa génisse en tant qu’éleveuse à la ferme de sa famille. (Photo : Chloé-Anne Touma)

Du haut de ses dix ans, la jeune Eva Daignault a de quoi être fière et de qui tenir. La productrice laitière en devenir et sa jeune vache, nommée Tempête, ont participé à la Coupe des jeunes éleveurs 2021 dans la catégorie Génisse junior.

Ce concours d’envergure, organisé par Sollio Agriculture à l’image de celui des Jeunes ruraux du Québec, s’adresse à la relève des éleveurs de bovins laitiers et vise à les exposer aux réalités et aux pratiques du métier, au travers d’une expérience enrichissante et locale.

Le journal est allé à la rencontre d’Eva et de sa génisse, à la ferme familiale Daignault, à Saint-Mathias-sur-Richelieu, pour entendre la jeune éleveuse raconter son expérience et se prononcer sur ses ambitions de carrière. « C’est la troisième fois que je participe à un concours comme celui-ci, mais ma deuxième fois à la Coupe des jeunes. Quand je serai grande, je serai productrice laitière! », annonce avec assurance la fillette de dix ans, qui suivra les traces de ses parents. « Ce sont surtout les traces de son père, car moi, je suis une fille de la ville, mais je ne pourrais être plus fière d’elle! », de préciser sa maman, Christine Aubin.

« Quand je serai grande, je serai productrice laitière! » – Eva Daignault

Chacun chez soi

En raison de la COVID-19, la compétition n’a pu avoir lieu sur le même terrain d’exposition en présentiel. C’est donc à même la ferme de chaque candidat et son animal qu’ont eu lieu les jugements. « Cette façon de procéder évite les risques de propagation, élimine les frais de transport et offre plus de confort aux enfants et aux bêtes présentées, puisque le lieu d’exposition en est un familier et moins intimidant », explique Mélanie Dubuc, agronome pour la Coop des Montérégiennes, une division locale du Groupe Sollio.

Les jugements s’étendaient sur trois jours. Des juges sont allés à la rencontre de chacun des éleveurs novices de la Montérégie, du 21 au 23 juillet, pour procéder à leur évaluation en deux volets : d’abord, les qualités de l’éleveur, ensuite, celles de l’animal. « C’est vraiment un concours de beauté des bovins. Il faut que le jeune montre qu’il a la bonne attitude et qu’il sait faire marcher son animal. Puis, on observe si l’animal présente les qualités d’un bovin laitier qui vivra longtemps au sein du troupeau, s’il a de bonnes pattes, un bon dos et la capacité de bien se nourrir », relate Mme Dubuc. « Dans la catégorie d’Eva et de sa génisse, ce sont en tout dix jeunes éleveurs et leurs bêtes respectives, répartis sur trois fermes du territoire, incluant sept candidats d’une seule et même famille, qui ont participé. ».

Une expérience qui en vaut la peine

Bien qu’Eva et Tempête ne se soient pas classées dans le top des trois finalistes, la jeune aspirante a acquis beaucoup d’expérience et relevé tout un défi en présentant au concours une génisse dont elle s’occupait depuis seulement un mois, dû à un changement de dernière minute. « Au départ, Eva avait choisi Orange, notre plus belle génisse en termes de conformation, née en mars. Or, en vieillissant, elle est devenue agressive et difficilement contrôlable. Alors, pour ne pas complètement gâcher son expérience, on a décidé de changer de génisse trois semaines avant le jugement. On a choisi Tempête, qui est née le 4 avril, parce qu’elle était douce, mais elle n’était pas de taille face aux vaches des compétiteurs et était déjà âgée de deux mois », raconte la maman d’Eva. « Même si sa génisse n’a pas tout ce qu’il faut pour le concours, on s’est dit qu’il valait le coup pour Eva d’y participer, ne serait-ce que pour l’expérience. Grâce à ce genre d’opportunité, les jeunes peuvent être engagés par de gros éleveurs d’élite et présenter leurs animaux dans les concours. »

Un talent naturel

Au cours d’une journée typique, Eva donne du foin à sa génisse, la flatte et la brosse. « Lorsqu’elle s’est habituée à moi, je lui fais faire de petits tours dans le box pour qu’elle sache comment ça marche. Après ça, je la sors, l’attache et lui donne le temps de s’acclimater au contexte, puis je vais la promener dans l’étable, puis dehors si tout va bien. Je la tiens en laisse, un peu comme un chien, pour qu’elle s’habitue au gazon et à son environnement. Puis, en temps normal, je répète avec elle pour le concours. Tempête me reconnaît, elle est gentille avec moi. Quand je m’approche d’elle, elle s’excite un peu, car elle croit que je vais la sortir, mais lorsque je la flatte, elle se calme. Je n’ai pas de truc particulier, ça se fait naturellement! », de reconnaître Eva. « Elle est la seule à avoir ce rapport privilégié avec Tempête. Si moi, je l’approche, elle m’envoie promener », d’amener Christine. « Eva a un talent naturel avec les animaux, même avec les vaches difficiles. Elle aime toutes les bêtes et aimerait avoir un poney. Elle a assisté et même participé à des naissances, dont celle de Tempête. Elle sait faire des vaccins et même se servir d’une vêleuse pour aider lors des mises-bas. » Sa fille acquiesce et poursuit : « Je continue d’être présente pour les vaches dont je me suis occupée, même si je ne pratique plus avec elles. »

Face aux préjugés

Bien qu’elle connaisse beaucoup de succès et de reconnaissance pour son implication à la ferme, Eva raconte que plus jeune, elle se faisait agacer à l‘école en raison des préjugés entretenus à l‘égard des fermiers. « De toute façon, ce que les gens pensent ne m’affecte pas. Et aujourd’hui, on ne m’embête plus du tout avec ça », de conclure l’enfant. « Une fois, je suis allée chercher ma fille en tracteur. Envieux, les petits gars qui se moquaient d’elle se sont vite ravisés! », raconte Christine.

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