Saint-Césaire : une nouvelle réglementation force le report du projet éolien

Le projet éolien Monnoir, qui prévoit l’installation de 15 éoliennes dans la région en 2027, doit reporter son lancement en raison d’une nouvelle réglementation de la Ville de Saint-Césaire, impossible à mettre en œuvre par les entrepreneurs du projet.

« Nous n’avons jamais dit que nous nous retirions du projet. Cependant, il n’y a pas d’acceptabilité sociale pour accueillir des éoliennes de 200 mètres », nous explique Sylvain Létourneau, maire de Saint-Césaire.

La Ville de Saint-Césaire a adopté, en octobre dernier, une résolution qui prévoit qu’une éolienne commerciale ne peut dépasser 80 mètres de hauteur, incluant le mât et les pales, sur le territoire de la municipalité. « Saint-Césaire a appuyé la soumission que nous avons faite à Hydro-Québec et, ensuite, la Municipalité a modifié sa réglementation. Avant cela, jamais il n’avait été question de la hauteur des éoliennes. Ce qui était mentionné, ce sont les distances de sécurité entre les éoliennes et les bâtiments. Le même conseil qui avait appuyé le projet lors de l’appel d’offres a modifié le règlement pour imposer une hauteur maximale de 80 mètres. Il n’existe aucune éolienne de 80 mètres ou moins au Québec depuis la création des projets éoliens, en 1999. Forcément, ce nouveau règlement est fait pour qu’il n’y ait pas de projet éolien sur le territoire de Saint-Césaire. Il faudrait installer des milliers d’éoliennes pour réaliser un projet de 100 mégawatts avec ces caractéristiques », indique au journal Damien M. Tholomier, directeur général de la Coopérative d’électricité de Saint-Jean-Baptiste.

Le projet 

Le Projet éolien Monnoir, dont la mise en service était prévue en décembre 2027, prévoyait l’implantation de 15 à 20 éoliennes afin d’alimenter de 12 000 à 15 000 foyers québécois sur le territoire de trois municipalités : Sainte-Angèle-de-Monnoir, Sainte-Brigide-d’Iberville et Saint-Césaire. Le projet, d’une valeur de 300 millions de dollars, est porté par la Coopérative régionale d’électricité de Saint-Jean-Baptiste de Rouville, en collaboration avec Boralex.

La mise en service du parc éolien était prévue pour le 1er décembre 2027, avec cinq emplacements potentiels à Saint-Césaire. Avec la nouvelle réglementation adoptée par la Ville de Saint-Césaire, le projet doit être revu et sera retardé. « Cela nous oblige à retourner à la planche à dessin pour réaliser le projet non plus avec trois municipalités, mais avec deux. Forcément, cela a des conséquences sur la date de mise en service. On parlait de décembre 2027, maintenant on parle plutôt d’une mise en service en 2029 ou 2030 », précise M. Tholomier.

Les emplacements potentiels des éoliennes, situés sur des terrains privés, ont été officialisés avec les agriculteurs propriétaires des terres. M. Tholomier rappelle que « 96 % des ententes avec les agriculteurs avaient été signées lorsqu’on a répondu à l’appel d’offres d’Hydro-Québec. On n’a tordu le bras à personne. Les agriculteurs savent que notre mission respecte leur travail. Ils sont des acteurs importants de la transition énergétique. Les agriculteurs sont souvent décriés comme étant de gros pollueurs par les écologistes, mais ce genre de projet montre qu’ils sont des acteurs actifs. »

Pas d’acceptabilité 

Pour le maire de Saint-Césaire, même si la Ville devait recevoir une redevance annuelle dans le cadre de ce projet, il était préférable d’écouter le refus de la population. « Il nous faut avant tout de l’acceptabilité sociale. On représente les citoyens. Si les gens en voulaient, on aurait trouvé des emplacements. Il y a plein de pancartes qu’on peut voir sur les terrains qui montrent l’opposition des citoyens. Il y a même une pétition qui circule. On comprend qu’on a besoin d’énergie renouvelable, mais 200 000 $ par année en redevances pour la Municipalité, ce n’est pas assez pour se mettre à dos une grande partie de nos citoyens. Cela prendrait une étude du BAPE de plus grande envergure. Malheureusement, aujourd’hui, on laisse la responsabilité de l’installation d’éoliennes aux villes. »

Pour M. Tholomier, « cette situation est un peu malheureuse, mais tout projet d’infrastructure n’est jamais facile à réaliser. Il y a l’acceptabilité sociale, bien sûr, mais il y a aussi beaucoup de désinformation. On respecte la décision de Saint-Césaire. On a un contrat à respecter avec Hydro-Québec, mais on n’installera pas d’éoliennes dans une municipalité qui n’en veut pas », conclut-il.

Rappelons que chaque municipalité concernée par un projet éolien doit recevoir une redevance de 6 227 $ par mégawatt produit. Les agriculteurs qui accueillent une éolienne sur leur terrain sont également rémunérés en vertu d’une entente conclue entre Hydro-Québec et l’UPA et tout cela dans un cadre bien défini.

Coopérative d’électricité de Saint-Jean-Baptiste

La Coopérative d’électricité de Saint-Jean-Baptiste est la dernière des 46 coopératives créées à la suite de la mise en place de l’Office de l’électrification rurale, fondé en 1945 sous le gouvernement de Maurice Duplessis. L’objectif, à l’époque, était d’amener l’électricité dans les régions rurales du Québec. Au fil des ans, à partir de 1963, la grande majorité de ces 46 coopératives ont vendu leur réseau à Hydro-Québec. Seule la Coopérative d’électricité de Saint-Jean-Baptiste a survécu.