Chambly : derniers feux d’artifice en raison d’enjeux environnementaux
Des milliers de personnes ont assisté aux derniers feux d’artifice à avoir lieu à Chambly lors de la fête nationale du Québec (FNQ). Pour des raisons environnementales, le conseil municipal se tournera vers une nouvelle formule dès 2027.
C’est la fin des feux d’artifice à Chambly. Le 24 juin dernier, ils ont été des milliers massés autour du bassin de Chambly pour assister à cette toute dernière représentation de ces réputés feux d’artifice.
Sur place, une tranche de la population s’est dite mécontente de la fin de cette tradition. « Ce n’était pas complètement unanime autour de la table lors des discussions. Pour certains conseillers, il aurait fallu arrêter tout de suite. Les principales raisons sont environnementales », explique Alexandra Labbé, mairesse de Chambly. Elle revient également sur le feu de joie qui n’existe plus à Chambly depuis quelques années. « Je pense qu’il faut avoir ces considérations environnementales et se demander, même si on l’a fait pendant de nombreuses années, était-ce la meilleure façon de célébrer? »
« Protecteur de l’eau »
La mairesse développe sur la volonté des élus. « Pour certains conseillers, faire des feux d’artifice alors que l’on est en avertissement de feu de forêt ou en feu de forêt actif (étés précédents), c’est préoccupant. Le conseil se voit comme un protecteur de la rivière/bassin et des différentes espèces qui y habitent. Ça aussi, ça préoccupait, de faire pétarader et ce qui en retombe. »
Les élus ont donc pris la décision de maintenir les feux cette année et d’offrir quelque chose d’aussi « magnifique et grandiose » l’année prochaine. Un contrat sera octroyé vers un nouveau mandat. Les détails ne sont pas révélés, mais Mme Labbé laisse toutefois planer deux indices sur ce qui viendra : « On va jouer avec la lumière ainsi qu’avec l’eau. » La mairesse indique qu’il se concocte quelque chose qui se tournera peut-être vers une nouvelle forme de tradition. « On va fêter la Saint-Jean en grand, à la hauteur de ce que l’on avait. D’après moi, on va créer une nouvelle réputation avec quelque chose qui sera tout aussi attrayant. »
Alexandra Labbé soutient que la décision n’a pas été prise sur une base économique. Elle soulève qu’il n’est pas impossible que la prochaine proposition soit « un peu plus dispendieuse ». Dans la mire, elle vise la pérennité de l’achalandage au centre-ville. Les commerces vivent les retombées économiques de ce rassemblement. Les files d’attente étaient nombreuses, à 21 h, en cette journée de FNQ, et les terrasses étaient pleines.
Une étude en faveur
En mars 2024, le Regroupement des événements pyrotechniques du Québec a déposé une étude environnementale indépendante, en collaboration avec le Conseil pyrotechnique canadien. Réalisée par la firme AtkinsRéalis, elle faisait état de l’effet des spectacles pyrotechniques sur la qualité de l’air. Il y est écrit que les résultats démontrent que « leurs impacts sont très localisés dans l’espace et dans le temps ». Elle fait aussi mention que les hausses d’émissions de particules fines ne durent que quelques minutes et respectent en tout temps les normes environnementales québécoises. « Il s’agit d’une bonne nouvelle pour les centaines de milliers d’amateurs d’un des derniers divertissements à la fois inclusifs, festifs, rassembleurs et en très grande partie accessibles gratuitement à travers le Québec », considérait alors le Regroupement. Sophie Emond, présidente de La Ronde et porte-parole du Regroupement, se réjouissait que l’étude « confirme que l’impact sur la qualité de l’air est bien plus limité que ce que l’on pourrait laisser entendre. Cela ne nous empêche pas de poursuivre continuellement notre travail afin d’explorer toutes les solutions envisageables et ainsi réduire notre impact. »
L’industrie pyrotechnique canadienne affirmait poursuivre ses efforts en recherche et développement afin d’arriver à des initiatives visant à réduire son empreinte environnementale. « Nous continuerons de prendre en considération les préoccupations de la population en intégrant de nouvelles technologies de façon complémentaire. Afin de continuer à diminuer l’émission de particules fines, plusieurs spectacles limiteront la quantité de pièces pyrotechniques, réduiront la durée des feux d’artifice et, surtout, limiteront l’usage de certains produits pyrotechniques ayant plus d‘impact sur ces émissions », assurait le Regroupement. Il ajoutait que les producteurs de spectacles pyrotechniques membres du Regroupement ont remplacé la quasi-totalité des pièces de plastique par des pièces en carton recyclé et décomposable.
Une étude qui met en garde
En 2018, l’étudiante Gabrielle L. Lajoie a déposé son mémoire de maîtrise en environnement à l’Université de Sherbrooke. À travers le document d’une centaine de pages, elle évalue les effets des feux d’artifice sur l’environnement. Elle concluait que « la répétition de spectacles pyrotechniques peut entraîner des taux de contamination anormalement élevés à court et à long termes. Bien que peu d’études traitent de ce sujet, plusieurs d’entre elles constatent de réels dangers associés à ce secteur et soulignent l’urgence de s’y attarder rapidement. Cependant, les renseignements repérés dans le corpus littéraire ne sont pas suffisants pour développer un inventaire complet des rejets pyrotechniques. Afin de pallier cette réalité, il est primordial d’entamer promptement des analyses environnementales et d’inciter la population à s’investir collectivement face à cette situation dissimulée. Ainsi, de nouvelles technologies plus propres pourraient être davantage utilisées à la suite des pressions sociales et gouvernementales ».
Après cette étude, six recommandations, couvrant les domaines législatif, scientifique et social, avaient été énoncées. Elles visaient notamment les aspects suivants : le renforcement de la législation; l’utilisation de pièces pyrotechniques moins dommageables pour l’environnement; l’accroissement des recherches scientifiques; l’analyse intégrale des facteurs d’émission et l’accessibilité aux données résultantes; la création de systèmes d’alerte sanitaire; et enfin, la mise en place de campagnes de sensibilisation.


