Enseignants contre la réforme Roberge

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Par Jean-Christophe Noël
Enseignants contre la réforme Roberge
Sylvain Mallette, président de la FAE, et ses membres s’opposent farouchement au PL40. (Photo : archives)

Parmi les plus de 300 articles du projet de loi 40 (PL40) modifiant la Loi sur l’instruction publique (LIP), maintenant rebaptisé la Réforme Roberge, Sylvain Mallette, le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), cible quatre articles avec lesquels ses membres sont en désaccord profond.

« De façon générale, c’est la méthode d’implantation qui est inacceptable. Le gouvernement a agi par intérêt mais sur le fond, il y a des éléments qui concernent directement les profs », amorce le président.

(Entre parenthèses, les numéros d’article du PL40, et en gras, les articles de la LIP)

Article (102) 215,2 : Obligations de partage de ressources et services avec des « organismes publics », dont les municipalités et les écoles privées.

« Ce que ça veut dire, c’est que le réseau des écoles publiques va devoir rendre disponibles des services aux écoles privées subventionnées alors que l’inverse n’existe pas. C’est mettre carrément au service du privé les ressources déjà limitées dont dispose le réseau des écoles publiques. Si des gens avaient encore besoin de preuves du parti pris de ce gouvernement à l’endroit des écoles privées, c’est fait », dénonce M. Mallette.

Article (4,2) 22.0.1 : L’enseignant doit suivre au moins 30 heures d’activités de formation continue par période de deux années scolaires débutant le 1er juillet de chaque année paire. Il choisit les activités de formation continue qui répondent le mieux à ses besoins en lien avec le développement de ses compétences.

« Depuis 40 ans, ce que l’on nomme le perfectionnement-formation est négocié par les parties négociantes reconnues par le Code du travail. Les professeurs en font, du perfectionnement, mais le problème, c’est le financement, l’accessibilité, la diversité et la qualité. Le ministre ne règle pas ces problèmes. Ce que fait le ministre, c’est qu’il passe par-dessus ces tables de négociation. Non seulement il laisse prétendre que les profs ne se forment pas comme ils le devraient, mais ce qui est grave, c’est qu’il passe outre la loi sur le régime de négociation des conventions collectives dans le secteur public parapublic. C’est une attaque frontale à la profession, mais aussi aux règles de négociation », décrie l’enseignant en histoire.

« C’est ni plus ni moins dire aux professeurs qu’ils ne savent pas faire leur travail. » – Sylvain Mallette

Article (88) 193,6 : Le comité d’engagement pour la réussite des élèves.

Ce comité serait composé d’enseignants, mais principalement de personnes qui ne sont plus en classe ou qui n’ont jamais été en classe.

Le président de la FAE dépeint que le comité aurait notamment pour mandat d’identifier les approches pédagogiques probantes, d’étudier les résultats qu’obtiennent les élèves au regard des cibles de réussite à atteindre et d’identifier les bonnes méthodes d’intervention auprès des élèves.

« C’est carrément de l’ingérence de la pratique enseignante et nier l’autonomie des enseignants. On dit au professeur qu’il y a des méthodes d’intervention qui sont les bonnes alors que dans un groupe, je peux utiliser des approches pédagogiques qui fonctionnent avec certains élèves, mais pas avec d’autres, car je travaille avec différents types d’humains. En introduisant ce comité, le ministre cherche à uniformiser le travail des profs, comme si c’était une recette à appliquer, et il brime la liberté pédagogique. C’est ni plus ni moins dire aux enseignants qu’ils ne savent pas faire leur travail », s’indigne-t-il avec véhémence.

Article (90) 201 : Renforcement des pouvoirs des directions générales.

« Ainsi, le ministre muselle les critiques envers la gestion des centres de services scolaires (CSS), car c’est le directeur général qui devient le porte-parole des CSS. Dans ce contexte, la direction générale ne contestera pas les décisions du Ministère, d’autant plus que le ministre s’est octroyé le pouvoir de mettre sous tutelle les CSS en leur fixant des cibles, en exigeant des résultats. Étant le fonctionnaire en chef, le directeur général obéira aveuglément aux directives émanant du ministère de l’Éducation. C’est la fin de l’indépendance entre le bureau du ministre et les CSS », complète l’homme, scandalisé.

Sylvain Mallette s’arrête là, mais la liste des articles auxquels s’oppose la FAE était encore chargée.

Recours et actions

Bien que la version consolidée du projet de loi ne soit pas encore accessible, la loi 40 est entrée en vigueur dès sa sanction par le lieutenant-gouverneur, dans la nuit du 8 février.

Actuellement, la FAE dépose des recours juridiques pour contester la constitutionnalité de la loi. Il y a également en parallèle des consultations dans les milieux qui mèneront à ce que M. Mallette qualifie d’actions lourdes que la fédération mettra en place et portera. Cette semaine, leur instance adoptera les actions à prendre. Entretemps, des activités de visibilité sont à prévoir.

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