Montérégie : moins abordable que jamais pour devenir propriétaire
En dix ans, l’abordabilité des maisons unifamiliales s’est nettement détériorée. Pour Juliette Shedleur, une Chamblyenne de 23 ans en couple, l’idée d’acheter une maison demeure une gymnastique financière à bien orchestrer.
Juliette Shedleur et son conjoint souhaiteraient s’acheter une maison dans la prochaine année. Les deux Chamblyens envisagent une hypothèque d’environ 1 500 $ par mois. Cela les mènerait à une maison d’une valeur de 590 000 $ sans calculer la mise de fonds, ou de 560 000 $ après ce paiement anticipé. La jeune adulte complètera ses études universitaires cette année. Elle travaillera ensuite à temps plein. « Pour l’instant, c’est plus ou moins réaliste, mais si l’on déménage vers l’été prochain, ce serait davantage possible », entrevoit-elle.
L’aide des parents
Le couple est toutefois déjà propriétaire d’un condo à Chambly. L’aide des parents aura cependant été initialement nécessaire pour les « aider à partir ». Juliette Shedleur et son conjoint ont tous deux touché un don parental afin d’en devenir propriétaires.
« Nous, on a été très chanceux », convient Mme Shedleur, qui fait remarquer la flambée des prix. Il y a deux ans, les amoureux avaient payé 295 000 $ pour leur condo. Ils pourraient désormais le revendre à 350 000 $, selon le marché actuel. Le demi-frère de Mme Shedleur a aussi bénéficié d’une aide parentale pour devenir propriétaire. De son côté, c’est sa conjointe qui a eu un coup de pouce financier des parents pour qu’ils deviennent propriétaires à leur tour. « Je pense que c’est ce que ça va prendre pour les prochaines générations », se résigne Juliette Shedleur.
Un coût qui explose
Dans la dernière décennie, le coût des maisons unifamiliales a bondi dans toutes les régions du Québec. C’est ce que révèle une nouvelle étude de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ).
La région de la Montérégie n’y fait pas exception. L’étude révèle que la mise de fonds minimale requise pour acheter une propriété a fortement augmenté au cours de la dernière décennie, passant d’environ 12 650 $ en 2015 à près de 32 000 $ aujourd’hui. Pour une famille typique, cela signifie qu’il faut désormais environ 6,4 ans pour accumuler cette somme, alors qu’il ne fallait que 3,1 ans il y a dix ans. Les paiements hypothécaires pèsent également beaucoup plus lourd dans le budget des ménages : ils représentent maintenant 34 % du revenu familial net, comparativement à 15 % en 2015.
La pression sera perpétuée
Les perspectives issues de l’étude dressent un portrait peu optimiste de l’avenir. « À court terme, rien n’indique que l’abordabilité puisse s’améliorer au Québec », est-il possible de lire. Trois éléments expliquent le maintien des prix sous pression : la forte demande pour les maisons unifamiliales; la faiblesse persistante de la construction de maisons neuves – devenues trop coûteuses pour la majorité des ménages; le fait que de nombreux propriétaires plus âgés conservent plus longtemps leur résidence familiale.
Parallèlement, l’étude révèle que les régions plus abordables sont : Abitibi-Témiscamingue, Côte-Nord et Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, où le ratio versements hypothécaires/revenus se situe sous la barre des 20 %.
