Montérégie : investir dans sa mairie autour d’une rationalité financière

Le réaménagement de la mairie de Chambly est évalué à 4,8 M$. Danielle Pilette, experte de la gestion municipale, soutient qu’il doit y avoir une « rationalité financière » dans tout changement concernant les hôtels de ville.

Quand il a été question d’investissement dans l’hôtel de ville à Chambly, à Carignan, puis à Richelieu, le contribuable payeur de taxes a réagi.

À Chambly, un projet de réaménagement de la mairie évalué à 4,8 M$* a été annoncé. À Richelieu, un projet d’achat de la Caisse Desjardins d’environ 9 M$* pour y réaménager l’hôtel de ville et la nouvelle bibliothèque est présentement sur la glace. Une solution « moins coûteuse » sera présentée. À Carignan, en 2021, la Ville avait choisi de signer un bail de 10 ans pour son hôtel de ville plutôt que de « remettre aux normes » l’édifice dont elle était propriétaire. La Ville avait évalué qu’elle aurait dû injecter 2,4 M$ dans ses installations, excluant les installations sanitaires. En février 2025, le coût de location de l’hôtel de ville s’élevait à 196 000 $ annuellement. La construction d’un nouvel hôtel de ville fait partie des options qui pourraient être envisagées. La Ville analysera les différentes possibilités qui s’offrent à elle afin de retenir le scénario le plus optimal, tant pour l’administration municipale que pour les citoyens, à l’approche de l’échéance du bail.

« À travers les époques, la construction d’un hôtel de ville neuf a souvent été contestée, malgré la popularité du maire », observe Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM et experte de la gestion municipale. Quelle que soit la formule, elle affirme qu’il doit y avoir une « rationalité financière » dans tout changement concernant l’hôtel de ville.

« Par exemple, un nouvel hôtel de ville dans un bâtiment désaffecté à la suite d’un prix d’ami offert par une entreprise qui met fin à ses activités, ou sur un terrain acquis par la municipalité après un défaut de paiement de taxes », dit-elle. Pour une relocalisation de l’hôtel de ville, par construction neuve ou par location, Mme Pilette indique qu’il « doit y avoir un ajout de fonctions et même, idéalement, une tarification des nouvelles fonctions, ou une participation du secteur privé, par exemple pour la location d’aréna ».

Deux MRC, deux réalités

Chambly et Carignan appartiennent à la MRC de La Vallée-du-Richelieu. Les deux sont résidentielles à environ 90 % mais ne sont pas de la même taille, soit plus de 31 000 de population comparativement à 12 200. Danielle Pilette chiffre que les deux ont une richesse foncière uniformisée semblable, à 615 316 $ pour Chambly et à 624 128 $ pour Carignan. Elle affirme qu’il s’agit de valeurs supérieures à leur taille respective de population, mais inférieures aux valeurs de l’ensemble de la MRC. « Donc, les contribuables sont prudents en matière d’hôtel de ville, surtout que les séances du conseil sont accessibles virtuellement », mentionne-t-elle.

Dans le cas de Richelieu, la population est moindre, à 5 900, et l’agriculture est présente à 12 % des valeurs. « On se trouve dans la MRC de Rouville, plus agricole aussi. Donc, on n’a probablement pas un sentiment d’urgence de la part des contribuables pour investir dans un hôtel de ville », nuance-t-elle.

Douter d’obtention de subventions

Danielle Pilette rapporte au journal que les contribuables doutent de plus en plus du potentiel d’obtention de subventions suffisantes de la part de Québec et favorisent souvent les regroupements intermunicipaux de services, par exemple pour les bibliothèques. « L’hôtel de ville a surtout pour fonction de loger des fonctionnaires et les contribuables souhaitent le meilleur prix possible, même si la municipalité se trouve plutôt favorisée », met-elle de l’avant. Elle ajoute que, dans le contexte actuel, il y a « souvent » des locaux vides inoccupés qu’il est possible de louer à prix avantageux pour la Ville. « Dans plusieurs arrondissements centraux de Montréal, on loue le local de la mairie d’arrondissement dans un édifice à bureaux, même si l’arrondissement dessert une population de 100 000 personnes. C’est plus avantageux », observe l’experte.

Elle conclut ainsi : « Les temps changent et la pierre et la brique deviennent peut-être moins importantes parmi les priorités des contribuables et des citoyens. »

Réaménagement de la mairie

Le conseil municipal de Chambly a octroyé un contrat de presque 123 000 $ pour la démolition intérieure et la décontamination de sa mairie. Les travaux de la première phase débuteront ce printemps, pour une durée d’environ deux mois. Ils toucheront uniquement l’intérieur du bâtiment. Ces travaux sont préparatoires à la phase 2, qui vise majoritairement la rénovation intérieure du bâtiment et quelques interventions sur les accès.

« La réfection de cet édifice public assurera la pérennité de ce bâtiment patrimonial, tout en l’adaptant aux besoins contemporains des citoyens et des employés municipaux », considère Chambly. Le projet de réaménagement de la mairie est évalué à 4,8 M$. La Municipalité déclare solliciter activement les programmes d’aide financière des différents paliers gouvernementaux. Les travaux de la phase 2 comprendront : le réaménagement intérieur complet du rez-de-chaussée et du premier étage; l’aménagement de locaux techniques au sous-sol; des travaux de gestion de l’humidité; le réaménagement de l’entrée arrière du bâtiment; le remplacement des portes extérieures. Le réaménagement du rez-de-chaussée permettra d’y loger la cour municipale, le bureau de la mairesse, deux comptoirs de service et une salle d’attente pour les citoyens, afin d’améliorer l’accessibilité de ces services à la population. La Ville n’a pas autorisé l’accès du lieu pour y prendre des photos intérieures avant sa démolition.

L’achat de la Caisse populaire de la part de Richelieu est sur la glace depuis environ six mois. À savoir si Desjardins regarde pour vendre le bâtiment à d’autres acheteurs, elle répond que pour le moment, elle n’a aucun nouvel élément à communiquer concernant ce dossier et que les échanges se poursuivent entre les parties impliquées. « Notre priorité demeure d’agir dans l’intérêt de nos membres, de nos clients et de la communauté », assure-t-elle.

*Ces chiffres font abstraction des programmes d’aide financière des différents paliers gouvernementaux sollicités par les municipalités.