Marieville : investir autrement pour que fructifie l’argent qui dort

Vincent Després, maire de Marieville, suggère des solutions afin que les excédents financiers soient investis autrement, dans l’objectif de générer plus de revenus pour les municipalités.

« Nos municipalités font face à plusieurs enjeux majeurs : infrastructures désuètes, pénurie de logement, transport en commun, itinérance, dynamisation de nos centres-villes, environnement et autres. Tous ces enjeux exigent de l’argent, mais nous sommes obligés de laisser dormir nos excédents sous l’inflation et sous nos taux de financement », décrit Vincent Després. Le maire de Marieville mentionne que les excédents de sa ville sont investis à environ 2,5 %, alors que la Ville se finance à environ 4 % sur ses projets à long terme. « Je trouve aberrant que les villes conservent des excédents non investis à des taux moindres, comparativement au financement. D’un côté, on laisse ça dormir à taux faible et, de l’autre, il faut que tu finances tes projets de bibliothèque ou d’aréna à taux plus élevé, sur 25 ans. C’est complètement absurde », observe M. Després, qui travaille en finances.

« Un risque limité »

Il dénonce la situation actuelle. « On ne peut acheter aucun produit avec une notion  » de risque  » », décrie-t-il. Il propose d’avoir des sommes investies dans des « portefeuilles équilibrés » (40 % de titres de revenu fixe et 60 % de titres de croissance), un risque « très limité » en gestion de portefeuille, selon ses dires. « Est-ce que je peux avoir de la volatilité? Oui. Mais au moins, j’ai une chance de battre l’inflation, considère le maire. On n’a pas le droit de faire de placements où l’on pourrait perdre de l’argent. Donc, on place notre argent dans des produits 100 % garantis, qui sont en deçà de l’inflation. »

Il dépeint des scénarios sur 15 ans, avec d’autres stratégies d’investissement, en intégrant des « produits équilibrés ». « C’est immense, tout l’argent que nous avons laissé sur la table depuis des années. Mais surtout, tous les projets que nous aurions pu réaliser avec la plus-value », affirme M. Després.

Projet pilote

Le maire marievillois a rencontré Jean-Philippe Boucher, directeur général de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), au début du mois. De son côté, l’UMQ souligne également que les municipalités gèrent des réserves financières importantes et doivent planifier à long terme, notamment pour l’entretien et le renouvellement de leurs infrastructures. « Or, les options de placement demeurent très limitées en vertu de la Loi sur les cités et villes, ce qui restreint les possibilités de rendement », remarque-t-elle.

Un projet pilote permettra prochainement aux villes de Montréal et de Québec de diversifier leurs placements dans un cadre balisé. « Pourquoi les petites villes ne pourraient pas en profiter? Il faut en faire partie. Plus tu as du volume, moins ça coûte cher pour signer des ententes avec des firmes d’investissement. Tout le monde en profitera. Il faut que ce projet pilote puisse s’étendre à plus de municipalités », juge Vincent Després.

L’UMQ abonde en ce sens et demande que cette possibilité soit étendue à l’ensemble des municipalités du Québec. « La diversification des placements permettrait aux municipalités de placer leurs excédents de trésorerie dans des valeurs mobilières. Il s’agit d’un outil financier moderne permettant de mieux faire fructifier les fonds publics, dans un cadre rigoureux et bien encadré. Cette évolution apparaît d’autant plus pertinente dans un contexte où les besoins en infrastructures exigent des capacités de financement importantes », renchérit-elle. Elle offrirait aux municipalités un accès à des rendements potentiellement supérieurs aux placements actuellement autorisés, tout en optimisant la gestion des excédents de trésorerie. « Elle permettrait également de générer des revenus additionnels au bénéfice des services aux citoyens, en plus d’améliorer la capacité à répondre aux besoins croissants en infrastructures », ajoute l’UMQ.

Demande auprès de Québec

L’UMQ dit poursuivre ses échanges avec le gouvernement afin que l’ensemble des municipalités puisse accéder à ce levier. « À l’heure actuelle, les options demeurent très limitées, les municipalités devant principalement se tourner vers des certificats de placement garanti ou des titres émis ou garantis par des gouvernements ou des organismes publics. Ce cadre restrictif entraîne un manque à gagner important, estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars annuellement pour le milieu municipal », fait-elle miroiter.

À titre comparatif, l’organisation fait référence à l’Ontario, qui dispose déjà de cette latitude dans un environnement balisé, encadré par des « règles strictes et une supervision indépendante ». En ce qui concerne ses représentations, l’UMQ a notamment déposé un mémoire dans le cadre du projet de loi no 104, en octobre dernier, et maintient des échanges avec le ministère des Affaires municipales et le ministère des Finances. « L’objectif demeure d’étendre cette possibilité à l’ensemble des municipalités du Québec. Nous restons pleinement mobilisés afin que ce projet pilote devienne accessible à toutes les municipalités », complète-t-elle.

Vincent Després suggère de s’impliquer dans ce dossier avec l’UMQ. « Ça me fera plaisir, car il faut que ça change. Je crois que je peux apporter mon expertise professionnelle comme plus-value pour les villes », termine-t-il.