Aux Sources du Bassin de Chambly 

Chambly : la colère monte chez des usagers de l’organisme

Depuis quelques mois, l’organisme Aux Sources du Bassin de Chambly (ASBC) est victime d’agressivité de la part de personnes qui cherchent à profiter de leurs ressources. 

« C’est relativement dur », décrivent Nathalie Boucher et Sophie Thewys, codirectrices de ASBC, quant au climat dans lequel elles travaillent depuis plusieurs mois.

Elles soulèvent plusieurs enjeux. Tout d’abord, les deux femmes parlent de nouveaux arrivants « sans papiers » qui cognent à la porte de l’organisme. « On leur donne quand ils arrivent les premières fois, en pleurs, mais on demande de revenir avec des papiers. À un certain moment, on se rend compte qu’ils n’en ont pas et qu’ils sont illégaux », affirme Nathalie Boucher. La hausse des demandes ajoute au défi. « Quand c’est un ou deux, on passe à travers, mais quand ce sont des familles de dix qui s’ajoutent l’une après l’autre, on ne peut plus », renchérit Mme Boucher.

L’organisme n’obtient pas de subvention pour cette catégorie d’humains. « C’est déchirant. On aimerait aider tout le monde, mais on n’a pas les reins suffisamment solides pour ça. Si l’on n’a pas d’argent de débloqué pour ces gens-là, on ne peut pas les aider », convient Sophie Thewys. Comme elles le disent, elles se sentent prises entre l’arbre et l’écorce. « D’un côté, on est les méchantes, et de l’autre, on n’est pas écoutées. »

Jean-François Roberge, député de Chambly et ministre de l’Immigration, soutient qu’avec l’arrivée « massive » d’immigrants dans des programmes fédéraux « hors de contrôle », comme le Programme de mobilité internationale et le programme de demandeurs d’asile, plusieurs centaines de milliers de personnes à statut temporaire sont sur le territoire québécois.

« À terme, certains voient leur demande d’asile refusée et comme le gouvernement fédéral ne prend pas toutes les mesures de renvois nécessaires, certaines personnes sans statut cognent à la porte de nos organismes. D’autres font la tournée et réclament des paniers alimentaires dans plusieurs régions, ce qui pose des enjeux d’équité », dépeint le ministre de l’Immigration.

La frustration se témoigne

Devant le refus, la colère monte chez la clientèle inadmissible. « Ils réagissent très mal. Ils deviennent frustrés. On a reçu des menaces, des plaintes », disent les codirectrices. Les vendredis, dans le Pavillon alimentaire, Nathalie Boucher est seule avec l’intervenante psychosociale. « Des gens le savent pertinemment. Ils se présentent parce que l’on est deux pauvres femmes faciles à intimider », définit-elle. Tapes sur le bureau, attaques verbales et ton qui lève sont ce à quoi elles sont confrontées. « On réfléchit à ce qu’il y ait maintenant un gars le vendredi à l’entrepôt », déclare Mme Thewys. De son côté, Jean-François Roberge dénonce toute violence, physique ou verbale, à l’égard de ceux qui dirigent les organismes de soutien et de charité.

Parmi la clientèle qui remplit les critères d’admissibilité, il y a notamment ceux qui ont un permis de travail, un permis de séjour temporaire ou un permis humanitaire. Les demandeurs d’asile en font également partie. Sophie Thewys mentionne que l’organisme tente de les guider pour l’obtention de la documentation requise, mais obtenir ces papiers demande du temps. 

Pas que les nouveaux arrivants 

Les codirectrices chiffrent de 20 à 25 % d’augmentation en matière de demande. Elles rapportent que des Québécois, nés ici, profitent aussi du système. Elles décrient qu’ils ont le budget pour arriver mais se servent des ressources offertes aux moins nantis. Des restrictions s’imposent alors. « Parce que l’on est à court et pour éviter les abus, on est plus sévères, on fait des « revérifications », etc. Ils entrent dans mon bureau et tiennent des propos racistes parce qu’ils disent que ce sont les nouveaux (arrivants) qui prennent leur bouffe », relate Nathalie Boucher.

Les deux femmes rappellent que l’organisme doit servir majoritairement à outiller et à aider temporairement des gens vivant une insécurité financière passagère. « On veut les mettre sur la voie de l’autonomie. Pour que ce soit sain, leur problème devrait se régler dans une période allant de trois mois à deux ans », font-elles savoir. Pourtant, il y a des usagers qui utilisent le service depuis près de dix ans. « J’appelle ça avoir acquis un nouveau poste budgétaire de plus dans ton budget. Ce n’est pas ce que nous sommes », recadre Mme Boucher. Elle donne comme exemple que des gens profitent des bas prix de l’épicerie car l’assurance de leur chien coûte cher, ou qu’ils doivent mettre de l’essence dans leur bateau, ou encore s’offrir un nouveau tatouage. « Je n’en ai rien à faire. Ça ne va pas dans les dépenses que l’on accepte », s’indigne Nathalie Boucher. 

Mesdames Boucher et Thewys nuancent qu’elles ont toujours leur travail à coeur. Pour elles, c’est toutefois beaucoup d’énergie déployée au mauvais endroit. « Au lieu de travailler pour les paniers de Noël, on est là à éteindre les feux. On ne vivait pas ces difficultés-là avant », termine Nathalie Boucher.

Programme coupé

Parallèlement, en matière d’immigration, Québec vient de mettre fin au Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Le PEQ était jusqu’ici l’une des voies d’entrée principales vers la résidence permanente, pour les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers diplômés déjà installés au Québec. Ce programme offrait une voie rapide menant à la résidence permanente, mais les admissions se faisaient en continu et sans plafond. Pour mieux respecter ses cibles d’immigration, le gouvernement l’a suspendu sans préavis en octobre 2024, puis y a mis fin le 6 novembre dernier. Avec la fin du PEQ, le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) est maintenant la seule voie d’accès à la résidence permanente au Québec.