Carignan : viser l’autonomie en matière de défense nationale
Le gouvernement du Canada investit 1,5 M$ dans l’entreprise carignanoise Terminal & Cable GP (TC) afin de renforcer la capacité industrielle du Québec dans le secteur de la défense.
Développement économique Canada pour les régions du Québec (DEC) investit 1,5 M$ dans TC. L’entreprise se spécialise dans l’assemblage de harnais électriques pour l’industrie de la défense et de l’aérospatiale. L’initiative financière vise à accélérer l’intégration de l’entreprise carignanoise dans les chaînes d’approvisionnement nationales et internationales en défense. Le journal a effectué la visite des installations.
Contexte géopolitique
Bienvenu-Olivier Ntumba, député fédéral de Mont-Saint-Bruno-L’Acadie, a fait l’annonce de l’investissement. Dans le contexte géopolitique actuel, impliquant notamment la relation entre le Canada et les États-Unis, il vise l’autonomie en ce qui a trait à la défense du pays. « Je pense que le Canada a toujours été vu comme un pays d’épées. Souvent, on oublie qu’il a une armée depuis longtemps, sauf que l’on n’en parle pas assez. C’est comme si j’avais une maison, mais c’est mon voisin qui gère la commande de mon alarme. Ça ne marche pas : on doit être maître de notre économie, incluant la défense du Canada », estime le député.
Il parle de la vétusté des équipements du pays. « Nos machines, nos camions de défense, nos usines en défense ont pris de l’âge. Ce sont des infrastructures qui doivent être mises à jour et renouvelées. Le monde change. Il faut que le Canada s’assume et s’autosuffise. Pas aller en guerre; être sûr que je peux défendre ma maison et mon territoire », constate Bienvenu-Olivier Ntumba.
Le député de Mont-Saint-Bruno-L’Acadie s’exprime sur les États-Unis. « Le voisin du Sud fait ses déclarations, il est libre de parler. Tant que ce ne sont pas des actions, on ne réagit pas. On attend les actions, voir quels sont les décrets, là, notre pays réagira », indique-t-il.
Dimitri Gauthier-Arapoglou, président de TC, met en reflet les 1,3 M de soldats américains comparativement aux 80 000 Canadiens. « Le budget de la défense au Canada était endémique, jusqu’à tout récemment. L’administration de Mark Carney a appuyé sur l’accélérateur. Un pays souverain, par sa nature, se doit d’avoir un système de défense acceptable. On s’en va vers ça », estime-t-il.
DEC était aussi présent lors de l’annonce. « Une industrie de la défense forte est essentielle à la souveraineté et à la sécurité nationale du pays, ainsi qu’à sa résilience économique et à sa prospérité à long terme. Ainsi, nous prenons des mesures audacieuses pour favoriser une base industrielle de défense plus résiliente et durable, notamment en effectuant des investissements régionaux ciblés destinés à accroître la capacité industrielle du Canada en matière de défense », ajoute-t-il.
Des tarifs qui font mal
Avant l’annonce de Donald Trump imposant des tarifs douaniers de 25 % sur des produits importés du Canada, Dimitri Gauthier-Arapoglou mentionne que l’entreprise était en « discussions avancées » avec des clients des États-Unis. « Ils étaient prêts à venir nous visiter. Leurs billets d’avion étaient presque nolisés. Le lendemain de l’annonce, tout a arrêté », décrit-il.
TC a cependant pu conserver ses clients, comme General Dynamics Land Systems, aux États-Unis. « Dans notre créneau, on parle de certification militaire, de savoir-faire, de spécificités. Changer de fournisseur, c’est très difficile », met en reflet Dimitri Gauthier-Arapoglou. Il porte toutefois un regard lucide sur la situation. « On a perdu des opportunités pour cette raison (tarifs douaniers) », reconnaît-il.
Vers l’espace
L’investissement envers TC touche les infrastructures ainsi que les façons de faire de l’entreprise. Dimitri Gauthier-Arapoglou parle d’une « usine 4.0 ». Sur 40 000 pieds carrés, 9 000 sont réaménagés. Machinerie, système de ventilation, humidification, plafond de calibre salle blanche, plancher conducteur et tables d’assemblage à la verticale font partie des transformations qui s’opèrent.
TC vise à se développer dans l’industrie aérospatiale. Son client principal en ce sens est MDA Space, entreprise canadienne de technologie aérospatiale. L’entreprise de Carignan mise sur une « belle opportunité » qui s’est dessinée l’été dernier avec l’obtention d’un contrat décisif de ce client. « C’est un virement majeur pour l’entreprise. On entre dans une nouvelle ère, l’ère de l’espace. Nous n’en sommes qu’au début de l’aventure spatiale », voit-il en ce nouvel élan.
Relativement au secteur de l’aérospatiale, TC reçoit des composants de satellites sur lesquels il assemble les harnais qu’il a construits. C’est l’occasion d’aller plus loin que du « militaire terrestre », comme le définit Dimitri Gauthier-Arapoglou. « Il était évident pour moi que la suite des choses devait aller vers l’aéronautique. Les technologies que l’on apporte ici sont de l’ordre du calibre spatial avec des spécifications environnementales en matière de façons de faire. L’usine atteint un niveau technologique beaucoup plus élevé », complète le président.
Plus de 120 employés ont déjà travaillé au sein de TC. Ils sont présentement 54. Avec la tangente actuelle, l’entreprise envisage une croissance en ce sens.
