DPJ : l’histoire se répète

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Par Chloé-Anne Touma
DPJ : l’histoire se répète
La DPJ peine à répondre à la demande à l'échelle provinciale. (Photo : courtoisie - Christian Lue)

La découverte d’un adolescent de 17 ans, martyrisé par sa mère à Granby, a provoqué un tollé médiatique qui a relancé les discussions sur l’efficacité de la Protection de la jeunesse (DPJ) à l’échelle de la province.

En Montérégie, le dernier bilan de la Direction de la DPJ révélait une hausse de 20,4 % des signalements traités par rapport à l’année précédente, soit 18 033 durant l’année 2019-2020. De ce nombre, 6025 cas ont été retenus. La situation, qui aurait empiré avec la pandémie, serait le reflet de l’état de l’ensemble du réseau alors que la DPJ admet qu’elle peine à répondre à la demande. « L’année 2019-2020 a amené son lot de défis aux directrices et directeurs de la protection de la jeunesse du Québec. (…) les DPJ ainsi que leurs équipes ont dû rapidement adapter leur offre de services et leurs pratiques (…) », tel qu’indiqué par la DPJ en communiqué.

Des recommandations

Rappelons qu’une Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse avait été formée à la suite de la mort tragique d’une enfant de 7 ans à Granby en 2019. Dans l’attente du dépôt du rapport final, reporté au mois d’avril, la présidente de la Commission, Régine Laurent, a présenté le 30 novembre dernier une recommandation au gouvernement, mentionnant qu’il y avait « urgence d’agir » et proposant qu’un directeur national soit nommé et qu’il aie les pouvoirs d’un sous-ministre, afin de lutter contre une « hémorragie du leadership et uniformiser les services d’une région à l’autre ».

« Les gens quittent tôt, c’est fréquent (…) » – Kanica Saphan

À bout de souffle

Il n’y a pas longtemps, Katherine Auclair, une intervenante en santé mentale et dépendance au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Ouest, publiait une lettre d’opinion pour dénoncer un manque de ressources dans le réseau de la santé, qui l’avait conduite jusqu’au « burn-out pour dépression et anxiété » alors qu’elle était cadre à la DPJ en centre d’accueil.

Kanica Saphan, une Rive-Sudoise de 27 ans, est une ancienne intervenante psychosociale ayant travaillé à la DPJ du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal en tant qu’agente de relations humaines auprès d’enfants âgés de 0 à 12 ans. Elle admet ne pas y avoir fait long feu et affirme qu’il serait courant pour les travailleurs d’y voir leurs collègues quitter le milieu. « Les gens quittent tôt, c’est fréquent, et c’est dû en partie au stress généré par la charge de travail sans possibilité de déléguer, ainsi qu’au manque de personnel. C’est un peu le problème de l’œuf et de la poule parce que l’un engendre l’autre. » Selon Mme Saphan, il faudrait consacrer plus de temps à former les nouveaux intervenants au cours des premières semaines de leur mandat et uniformiser les modes de fonctionnement des CISSS et des CIUSSS. Contacté par le journal, le département des communications responsable du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a tenu à rappeler qu’en matière de stress, c’est tout le réseau des services sociaux qui est sous pression.

Le CIUSSS de la Montérégie, quant à lui, explique que « le travail d’intervenant en protection de la jeunesse, de par sa nature, est excessivement exigeant. Le contexte dans lequel les intervenants de partout au Québec œuvrent depuis le printemps 2019 (moment des tristes événements de Granby) a eu pour effet d’augmenter la pression de la gestion du risque auxquels ils doivent faire face, mais ils sont aussi depuis confrontés à une plus grande hostilité de la part de la clientèle avec laquelle ils travaillent au quotidien. Leur travail n’en est que plus difficile. »

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