Des tablettes vides

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Par Jean-Christophe Noël
Des tablettes vides
Les rayons de médicaments pédiatriques se trouvent plus dénudés que jamais. (Photo : Jean-Christophe Noël)

Si les épiceries ont connu les tablettes de rouleaux de papier hygiénique vides lors de la COVID-19, il en va de même actuellement dans les pharmacies du territoire alors que les rayons de médicaments communs pour enfants sont dépouillés.

« C’est une situation assez particulière », convient le pharmacien Mohand Boudjebla, copropriétaire d’Uniprix à Richelieu. Tempra, Tylenol et Advil pour enfants font partie des produits qui sont devenus denrée rare. Pour M. Boudjebla, c’est du jamais-vu. « C’est la première fois que l’on vit ça », admet aussi, en près de 15 ans de pratique, Marc-Étienne Cloutier, copropriétaire et pharmacien de Familiprix à Chambly. Les pharmacies reçoivent tout de même « au compte-gouttes » des unités de certains des produits énumérés ci-dessus de la part de leurs fournisseurs. Au Familiprix à Chambly, cela fait plus de deux semaines que certains produits pédiatriques se livrent en quantités limitées. À Richelieu, « on essaie de les réserver pour les plus fragiles », précise M. Boudjebla. La ration devient nécessaire. Il mentionne vouloir éviter la situation où un client s’approprierait une grande totalité du rare inventaire accessible. « Au début, je mettais une ou deux bouteilles sur le plancher avec un message d’aller consulter le pharmacien au besoin », affirme M. Boudjebla.

Une pénurie contradictoire

Les grandes entreprises s’expliquent mal la pénurie. Johnson & Johnson, distributeur de Tylenol, mentionne au journal qu’elle fait face à une demande accrue des consommateurs avec certains produits et marchés. « Nous prenons toutes les mesures possibles pour assurer la disponibilité des produits », indique l’entreprise. Le géant du marché souligne que son site de fabrication canadien fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et que les produits sont expédiés à travers le pays tous les jours.

Le problème ne réside donc pas dans la matière première. Il est causé par l’augmentation de la demande, expose M. Cloutier. « Il y a une espèce de cercle vicieux : les gens regardent les nouvelles; les nouvelles parlent de pénurie; les gens vont à la pharmacie et se font des réserves à la maison », image-t-il à titre de cycle.

À Chambly, Marc-Étienne Cloutier dit avoir fait appel à un laboratoire externe situé à Saint-Hyacinthe pour confectionner du Tylenol pour enfants. « Si les patients sont chanceux, ils trouvent ici du Tylenol de la vraie marque nationale. Si je n’en ai plus en fin de journée, on invite les gens à passer en arrière. On a des quantités », confie-t-il.

La rareté affecte même les antibiotiques pédiatriques. Depuis la Loi 31, les pharmaciens ont la latitude d’offrir un substitut sans contacter le médecin advenant qu’un antibiotique de la prescription ne soit plus accessible.

« Les gens regardent les nouvelles; les nouvelles parlent de pénurie; les gens vont à la pharmacie et se font des réserves à la maison. » – Marc-Étienne Cloutier

Solutions

Mohand Boudjebla raconte qu’avant, il n’était « pas tellement admissible » de recommander la coupe de comprimés pour adultes afin de les administrer à l’enfant. « Je me rends compte, depuis la COVID-19, que les parents sont plus ouverts à faire une petite manipulation supplémentaire », constate-t-il. Jusqu’à maintenant, il assure avoir pu trouver une solution adéquate pour ses patients. À la pharmacie de Richelieu, le Tylenol pour deux ans et plus est offert. Mohand Boudejbla suggère de le servir à des enfants en plus bas âge en calculant la dose selon le poids de l’enfant. En seconde option, il parle de couper les comprimés pour adultes en se rapprochant le plus de la dose thérapeutique. Il est possible de les écraser ou de les mélanger dans du lait, de la compote ou du yogourt, par exemple. « Je dis aux parents »Soyez créatifs, ne soyez pas craintifs! » », termine le pharmacien de l’établissement richelois.

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