Des salles à manger vides

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Par Jean-Christophe Noël
Des salles à manger vides
Les salles à manger des restaurants de la CMM seront fermées pendant au moins 28 jours. (Photo : Jean-Christophe Noël)

Dès demain, et ce, jusqu’au 28 octobre, les restaurateurs et les tenanciers de bars feront partie des premiers à écoper de cette deuxième vague appréhendée et devront fermer l’accès à leurs salles.

Les 82 municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal sont en zone rouge. C’est un dur coup que subiront les principaux ciblés, eux qui peinent encore à sortir la tête de l’eau après avoir été submergés abruptement par la première vague causée par la COVID-19.

« C’est de nous scier les jambes. C’est carrément une joke. On est à Saint-Mathias. On est un village alors qu’à Saint-Jean-sur-Richelieu, Marieville et Saint-Hyacinthe, c’est ouvert. Ça ne marche pas », exprime Éric Bellemarre, copropriétaire du restaurant mathiassois Chez l’Artisan, qui blâme que le découpage de fermetures aurait dû être fait selon les MRC.

« Nous avons été surpris d’apprendre cela du jour au lendemain. Nous sommes assurément déçus, particulièrement pour les employés. Nous avions suivi à la lettre et même davantage les restrictions gouvernementales. Nous avions d’ailleurs développé une formule de messages textes pour qu’il n’y ait jamais de rassemblements à la porte même si nous étions complets avec une heure d’attente », émet Claudia Fortin, gestionnaire au restaurant La Cochonne Rit à Chambly.

« Ça ne me surprend pas. J’aurais aimé que ce soit un peu plus tard car nous avions des événements qui s’en venaient, mais on s’y attendait », lance avec résilience Frédéric Pichette à la direction de la restauration au Fourquet Fourchette, pilier de la restauration chamblyenne. Actuellement, le restaurant fonctionne à 20 % de son revenu habituel.

Mettre la clé dans la porte

Alors que de nombreux commerces ont dû s’avouer vaincus devant l’intransigeance du virus, d’autres se relèvent tranquillement après avoir plié les genoux.

« On s’est retroussé les manches lors du premier épisode. On a parti le SOUSVID-19, des produits hauts de gamme prêts à manger. Nous en sommes à notre 27e semaine à l’offrir. Nous allons continuer à mettre de l’avant cet aspect ainsi que les take-out. C’est ça qui va faire qu’on va s’en sortir. Ce n’est pas vrai que je vais mourir à cause d’un virus », affirme avec aplomb Éric Bellemarre dont le restaurant célébrait son quatrième anniversaire en septembre dernier.

« Nous avons connu un très bon été même si nous roulions à 40 % de capacité. Nous avons une clientèle établie. On se questionne à savoir si nous offrirons le service de take-out », exprime Mme Fortin qui se laisse du temps avec les propriétaires « pour gober la nouvelle » avant de se prononcer sur ce qu’il adviendra.

La réalité des multiples restaurants du territoire diffère. Le Fourquet Fourchette est une institution qui s’impose depuis plus de 20 ans à Chambly. 80 % de son chiffre d’affaires sont des mariages, des événements à grand déploiement, des banquets, événements corporatifs, partys de bureau, réunions d’entreprises et le populaire brunch du dimanche, ce qui est dorénavant définit comme des rassemblements.

« Les marges de profits en restauration sont minces. Étant donné que nous sommes propriétaires des lieux et que nous bookons nos événements à l’avance, on a la chance de se permettre une vision à long terme. Nous avons rouvert cet été en acceptant d’être déficitaires car nous voulons être présents dans la communauté, poursuivre notre lien d’affaires avec nos partenaires voisins et garder le lien avec nos employés. Mais peu de restaurants peuvent se permettre d’ouvrir en étant déficitaires. Un restaurateur qui est locataire et qui ne dépend que des passants du moment survivra difficilement », explique M. Pichette qui fait une sorte de croix sur le présent et se projette déjà vers les mariages de 2021 que l’établissement souhaite accueillir.

Fermeture injustifiée

« Je ne comprends pas que l’on ferme. On nous dit que ce ne sont que 4 % des propriétaires de restaurants et de bars qui n’ont pas suivi les consignes. On est toujours bien 96 % à l’avoir bien fait et qui écopons pour la minorité », s’indigne M. Bellemarre. Il considère que le gouvernement devrait effectuer plus de rondes d’inspection pour constater le respect des normes, comme le fait le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). À ce jour, aucun constat des lieux n’a été fait Chez l’Artisan.

« Je comprends que nous ne sommes pas un service essentiel et que nous offrons du plaisir. Je n’ai pas envie d’emprunter un discours victimisant. J’accepte la décision par solidarité sociale. Cela dit, les normes étaient appliquées de façon impeccable dans la très grande majorité des restaurants. Je suis convaincu que ce n’était pas dans les restaurants qu’il y avait le plus d’éclosions », insiste Frédéric Pichette.

Perte de nourriture

Des réfrigérateurs abondamment remplis et des salles vides constituent une recette qui s’agence mal. Qu’en sera-t-il de la nourriture qui ne pourra plus être servie?

« En mars, je m’étais ‘’fait prendre les culottes baissées’’. On venait de préparer la production des cabanes à sucre. Nous avions donc donné les aliments frais à des organismes locaux. Cette fois, on s’y attendait et nous avons adapté notre mode de production et nos quantités. Présentement, on peut vendre nos produits sous-vide », affirme M.Pichette.

« On reçoit nos commandes les lundis, journée où est tombée la nouvelle. Les frigos sont pleins. Nous devons faire de la transformation de produits pour vendre autrement. Malgré tout, c’est énormément de pertes, inévitablement », poursuit Claudia Fortin.

Des employés dans l’incertitude

Pour ces restaurateurs, c’est une deuxième mise à pied qu’ils doivent annoncer à leur employés.

« On est une famille à l’Artisan. Je suis obligé de renvoyer encore des employés de longue date sur le chômage », termine avec déception le Mathiassois prêt à ce que l’action ne reprenne pas avant janvier dans sa salle.

« Pour ceux dont c’est un emploi à temps plein, c’est stressant. On se pose des questions et on se demande surtout si ce ne sera que 28 jours », conclut à son tour la gestionnaire de La Cochonne Rit.

Quant au Fourquet Fourchette, la pandémie aura mené certains de ses employés à prendre une autre direction professionnelle.

Autre que les repas SOUSVID-19, Chez l’Artisan assurera son service de repas prêts à emporter du jeudi au samedi, de 16 h à 21 h.

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