Des maux qui résonnent

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Par Jean-Christophe Noël
Des maux qui résonnent
Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation et député de Chambly. (Photo : archives)

Une lettre cosignée par plus de 2 000 enseignants a fait le tour du Québec à la suite des propos qu’a tenus au Journal de Chambly le ministre de l’Éducation et député de Chambly, Jean-François Roberge.

Les propos en question étaient les suivants : « Si l’on se promène dans les écoles et que l’on fait un voxpop, je pense que l’on va avoir une grande majorité d’enseignants qui vont à l’école le sourire aux lèvres. Oui, enseigner, c’est exigeant, c’est difficile, mais ça reste un privilège extraordinaire. L’écho qu’on a, c’est souvent celui des représentants syndicaux qui, en période de négociations, viennent noircir le tableau pour essayer d’obtenir davantage. »

Il n’en fallait pas moins pour mettre le feu aux poudres de l’écosystème scolaire, fragilisé plus que jamais par l’ajout de la COVID-19. « Je suis content de la réaction des professeurs. Souvent, le gouvernement va tenter de discréditer les organisations syndicales en opposant le syndicat et ses membres. Je trouve paradoxal d’entendre le ministre dire que c’est une stratégie de négociations quand les syndicats disent que ça ne va pas bien. J’ai plutôt envie de dire que c’est une stratégie du gouvernement de dire que c’est une stratégie syndicale », réplique Éric Gingras, président du Syndicat de Champlain, personnel enseignant et de soutien.

Le président du Syndicat de Champlain accueille cette levée de barricade des enseignants comme une « démonstration que les syndicats ne font que porter la parole entourant tout ce qui ne va pas bien. Ce que disent nos membres, c’est que le syndicat porte ce message car on lui dit de le porter ».

De son côté, Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), mentionne que « ça témoigne de l’inexpérience du ministre en matière de négociations. À partir du moment où il y a 2 200 personnes non qualifiées dans le réseau, c’est en partie parce que c’est une profession qui est en souffrance. S’ajoutent les départs précipités à la retraite, les départs en lien avec la détresse psychologique, la désertion professionnelle alors qu’un prof sur quatre quittera avant sa cinquième année de pratique, etc. Ce sont des faits et le ministre ne peut pas les nier. Le ministre aurait plutôt avantage à écouter ceux qui sont sur le terrain plutôt que ceux qui négocient en son nom et qui cherchent, dans le cadre des négociations, à aggraver la situation. »

Sylvain Mallette ajoute que « les propos du ministre sont violents. Il transmet sa volonté de nier la réalité. Pour les professeurs qui sont sur le terrain au quotidien, notamment dans un contexte de pandémie, ç’a été très mal reçu ».
Parmi les plus de 2 000 signataires, certains sont des membres du Syndicat de Champlain et de syndicats de la FAE.

La grève plane

Selon ce qu’Éric Gingras rapporte, « rien ne bouge depuis le mois d’octobre aux tables de négociations liées à la convention collective ». Les dernières assemblées générales du Syndicat de Champlain pour le Centre de services scolaire des Patriotes (CSSP) se sont déroulées les 27 janvier pour les enseignants, et le 28 janvier pour le personnel de soutien. Le seul point à l’ordre du jour de ces assemblées était relié au mandat de grève. À 68 %, le corps professoral a voté en faveur d’une grève, et à 67 %, le personnel de soutien a voté en ce sens à son tour. Environ 40 % des membres du syndicat se sont prononcés lors du vote. Le vote était possible aussi pour les membres qui ne participaient pas à son assemblée respective.

« Les membres votent pour la grève afin d’avoir de meilleures conditions de travail. Ultimement, on ne voudrait pas la faire, cette grève. Nous choisirons le meilleur moment. On a le mandat. Maintenant, nous devons nous réunir avec nos collègues de partout à travers la province et, à ce moment, nous parlerons de stratégies. À court terme, il n’y aura pas de grève. Reste à souhaiter que les pourparlers s’activent aux tables de négociations pour ne pas que nous ayons à la faire », fait part le président du syndicat de Champlain.

« Je n’embarque pas dans une ‘’game’’ politique de réclamer la démission du ministre, mais beaucoup de gens avaient de réelles attentes envers Jean-François Roberge. » – Éric Gingras

Un ministre sous surveillance

« Je n’embarque pas dans une ‘’game’’ politique de réclamer la démission du ministre, mais beaucoup de gens avaient de réelles attentes envers Jean-François Roberge, car il est issu du réseau scolaire. On a donné la chance au coureur. Est-ce que c’est lui? Est-ce le Ministère? Est-ce son premier ministre? Je ne le sais pas. Ce que je sais, c’est que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Ça va faire trois ans, quand même, qu’il est en poste. On a blâmé les libéraux, on va blâmer la pandémie, on va blâmer l’économie, mais à la fin, nos membres et nous constatons que les résultats ne sont pas là », boucle le chef syndical de Champlain.

« Il y a certains signaux qui ne trompent pas. D’abord, quand le premier ministre dégomme le sous-ministre pour le remplacer par son homme de confiance, ça parle […] c’est un ministre sous surveillance, un ministre qui s’est fragilisé parce qu’il n’a pas écouté et a fait certains choix au détriment des élèves et des professeurs. Maintenant, le premier ministre doit composer avec un ministre qui est aux prises avec de grandes difficultés. Quand un premier ministre prend du temps dans une conférence de presse pour défendre un ministre, c’est que ça ne va pas bien. L’Alliance des professeures et professeurs de Montréal (affiliée avec la FAE) a formellement et publiquement demandé la démission du ministre. Nous, à ce stade de nos instances, nous n’avons pas été saisis d’une demande de cette nature. Mais là, nous n’en sommes plus à la goutte qui fait déborder le vase; c’est rendu que l’on est en train de remplir le plancher », complète le président de la FAE.

Le Journal de Chambly a tenté de parler avec Jean-FrançoisRoberge, mais il n’a pas été possible d‘obtenir d’entrevue au moment d’écrire ces lignes.

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