Des garderies craignent l'arrivée des maternelles 4 ans

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Par Martine Veillette
Des garderies craignent l'arrivée des maternelles 4 ans

Une propriétaire de garderies non subventionnées à Marieville et à Saint-Césaire craint que le déploiement des classes de maternelle 4 ans par le gouvernement ne mette en péril sa survie.
« On n’est pas le premier choix des parents. Beaucoup viennent chez nous parce que les places subventionnées sont limitées », indique Renée Houle, propriétaire des garderies l’Ange Rumiel et l’Angelus, à Marieville, et Les contes enchantés à Saint-Césaire.
Elle craint qu’avec le déplacement des enfants de 4 ans vers la maternelle, les Centres de la petite enfance (CPE) viennent puiser chez elle les enfants de 2 et 3 ans pour combler leurs places. « Ils vont vider les garderies non subventionnées. On est incapables de concurrencer avec les CPE », affirme celle qui est aussi vice-présidente et une membre fondatrice de l’Association des garderies non subventionnées en installation.
Comme ils n’ont pas de subventions, leur seul revenu est la cotisation des parents. Les CPE reçoivent une contribution des parents, les 8,25 $ par jour par enfant, en plus d’une subvention du gouvernement. Mme Houle, dont l’une des installations est subventionnée, soutient que les CPE reçoivent au total entre 65 $ et 75 $ par jour par enfant. Dans ses garderies non subventionnées, elle demande en moyenne 40 $ par jour par enfant.
Elle ajoute que les CPE ont également des avantages fiscaux, comme le remboursement des taxes et l’exemption de payer des taxes municipales. Ce qui n’est pas le cas pour les garderies non subventionnées.

« Ils vont vider les garderies non subventionnées. On est incapables de concurrencer avec les CPE » – Renée Houle

Iniquité

Elle estime qu’il y a une iniquité sur ces points, mais également pour payer convenablement ses employés. En CPE, selon elle, les salaires sont haussés annuellement. « Je ne peux pas hausser les salaires sans augmenter le tarif de la garderie », affirme-t-elle.
De plus, le retour gouvernemental aux parents est plafonné, soutient-elle. Peu importe leur salaire familial, ils ne peuvent recevoir plus de 9500 $ annuellement du gouvernement.

Maternelle 4 ans

Mme Houle affirme que l’association n’est pas contre la maternelle 4 ans, mais que son implantation pourrait être faite de concert avec le réseau de garderies existant.
« On n’est pas contre les maternelles 4 ans, mentionne la propriétaire de garderies. Mais on a déjà un programme adapté. Si le gouvernement veut faire du dépistage précoce, il peut le faire dans nos milieux. Notre programme peut être optimisé pour être en mesure de répondre à la promesse du ministre (de l’Éducation). »
Elle ajoute que le système scolaire n’a pas les infrastructures présentement pour accueillir tous les enfants de 4 ans. Elle conçoit qu’il est important de l’offrir pour les enfants issus de milieux défavorisés. « Ils pourraient venir dans nos milieux et obtenir une subvention du gouvernement pour que ce soit gratuit pour eux. »
Le Journal a interpellé le ministre de l’Éducation et député de Chambly, Jean-François Roberge, sur cette inquiétude. Il assure que le déploiement des maternelles 4 ans se fera graduellement, ce qui permettra aux garderies de s’adapter. Il précise qu’il y aura 250 classes en septembre 2019 pour l’ensemble du Québec, ce qui est « peu pour l’ensemble des besoins. »
Il ajoute que 150 000 enfants au Québec ne reçoivent aucun service. Le gouvernement créera 40 000 places de maternelle 4 ans en cinq ans. Ce qui est moins que ce qui avait été promis en campagne électorale. « Il y a de la place pour tous les joueurs. On veut offrir le choix aux parents », dit-il.
M. Roberge ajoute que, pour le moment, l’offre est inférieure à la demande. « On se rend compte que des parents veulent ce service. Les classes ouvertes se remplissent rapidement », soutient le ministre.

Députée

Mme Houle avait organisé une rencontre avec la députée d’Iberville, Claire Samson, afin de lui exposer la situation et qu’elle transmette leur appel à l’aide au gouvernement. Elle soutient ne pas avoir senti d’ouverture ou d’écoute de la part de la députée à sa réalité. « Ça a été catastrophique », décrit Mme Houle. Un sentiment partagé par un parent qui a également écrit au Journal.
D’ailleurs, le Journal avait initialement été invité à la rencontre. La directrice de la garderie a été dans l’obligation d’annuler la présence d’un journaliste. Mme Samson aurait indiqué qu’elle ne serait pas présente si des journalistes étaient sur place. Malgré des demandes, il n’a toujours pas été possible de parler à la députée.

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