Des élus divisés devant le projet

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Par Jean-Christophe Noël
Des élus divisés devant le projet
L’ancienne usine Bennett-Fleet, construite en 1918, repose aux abords de la rivière Richelieu dans l’attente du sort qui lui sera réservé. (Photo : Jean-Christophe Noël)

Les élus présents, qui siègent au comité de démolition, ont voté majoritairement pour l’autorisation de l’émission du permis de démolition de l’immeuble patrimonial Bennett-Fleet, lors de la séance du comité de démolition du 13 avril.

Or, dès le lendemain, Marie Lise Desrosiers (qui avait voté contre la veille), Julie Daigneault, Mario Lambert, Serge Gélinas et Jean Roy, élus au conseil municipal de la Ville de Chambly, ont demandé, par voie de communiqué, « au Groupe Sélection (promoteur) de revoir son projet sur le site de l’ancienne usine Bennett-Fleet, en raison des conclusions de la contre-expertise permettant de conserver l’édifice d’origine. Les élus signataires estiment qu’un projet sur ce site est nécessaire, mais demande à voir se développer une construction qui mettra en valeur le bâtiment d’origine de l’usine de la Bennett-Fleet. »

« Nous avons, par voie de résolution en assemblée du conseil, demandé une contre-expertise afin d’examiner l’état du bâtiment. Les résultats démontrent de façon très détaillée que nous pouvons récupérer le bâtiment d’origine. Les auteurs de la contre-expertise (Beaupré Michaud et Associés, Architectes s.e.n.c.r.l.) citent en exemple neuf cas de reconversion ou de recyclage d’édifices et proposent des solutions concrètes et réalisables pour la conversion de la Bennett », explique Serge Gélinas, conseiller du cinquième district.

Le communiqué fait également un retour sur une communication entre la direction régionale du ministère de la Culture et des Communications et la Ville de Chambly. « La direction régionale du ministère de la Culture et des Communications rappelle dans une lettre, en juillet 2020, à la Ville, ses responsabilités à l’égard du patrimoine, dont son pouvoir de citation.

Le Ministère encourage alors la Ville à convenir d’une entente avec le Ministère, pour la protection de son patrimoine bâti, par l’entremise de la MRC de la Vallée-du-Richelieu, dans le cadre du programme de soutien au milieu municipal en patrimoine immobilier. Ce programme permettrait à la Ville et à la MRC de contribuer à la préservation de l’ancienne usine Bennett-Fleet. »

« Il faut donc maintenant travailler en collaboration avec le promoteur pour en faire un projet dont la population sera fière, et qui prendra aussi en compte les questions de mobilité, de circulation et de densification. L’acceptabilité sociale doit être au rendez-vous » ajoute la conseillère du huitième district, Julie Daigneault.

« Ceux qui pensent qu’un autre promoteur pourrait réaliser ça, j’en doute fortement. Il faut avancer. » – Luc Ricard

Élus en faveur du projet

« La contre-expertise est venue confirmer ce que disait l’expert de Groupe Sélection : il n’y a plus d’enveloppe extérieure et intérieure à conserver. On peut sauver le squelette, mais on ne trouve pas de projet viable à faire autour de ce squelette […] Si l’on garde le squelette, les trois scénarios proposés ne fonctionnent pas avec le projet. Un, d’emblée, car c’est de l’institutionnel. Quant aux deux autres scénarios, l’acquisition et la décontamination du site, et tous les investissements nécessaires, demandent un certain nombre de résidences/unités qui n’est pas atteint », précise la mairesse, Alexandra Labbé.

« Il faut penser au produit fini. On a un bâtiment non utilisé depuis une vingtaine d’années. C’est un besoin essentiel, on a besoin des RPA, des logements abordables. Il y a beaucoup d’avantages à accepter ce projet. On a un projet sur la table qui est bon pour la Ville. C’est un beau revenu de taxes, on ne s’en cache pas, mais également, ça touchera toutes les sphères de la société. Si l’on oblige le promoteur à ne pas démolir au complet, ça va coûter extrêmement cher et le projet pourrait tomber à l’eau », dit Richard Tétreault, conseiller du quatrième district.

Pour sa part, Luc Ricard, conseiller du sixième district, n’a pas voulu signer le communiqué, car « le CCU avait approuvé le projet et certains des élus du CCU avaient voté pour. Les études qui ont suivi révèlent que le bâtiment, la brique, l’acier qui retient le tout, la toiture, les portes, pratiquement tout ce qu’il y a n’est pas d’origine. Juste garder la carcasse est un coût estimé à 7,5 M$. Juste ce montant peut suffire pour que le projet ne lève pas […] Le terrain serait décontaminé aux frais du promoteur; on aurait une nouvelle construction selon les normes; ce serait bien placé et générerait des taxes, etc. Ceux qui pensent qu’un autre promoteur pourrait réaliser ça, j’en doute fortement. Il faut avancer. »

Abondant dans le même sens, Carl Talbot renchérit en disant « qu’on a l’opportunité de travailler avec un promoteur qui a répondu à toutes nos questions, qui est prêt à collaborer avec nous, qui a fait certaines modifications pour résulter à ce beau projet. Ça ne se bouscule pas aux portes, des gens prêts à investir entre 50 et 100 M$ pour faire un projet de la sorte ».

Honorer le passé

Groupe Sélection souhaite ériger, sur le terrain de ce qui fut le complexe industriel Bennett-Fleet, un ensemble d’immeubles résidentiels, situés en bordure du Richelieu, pouvant accueillir plus de 400 logements – 246 unités en phase 1 dans le cadre d’une résidence pour personnes âgées avec soins et 183 logements de type familial avec garderie au rez-de-chaussée en phase 2. Dans le communiqué de presse, les cinq élus cosignataires mentionnent que « nous devons saisir l’opportunité de faire un projet de collaboration exemplaire à Chambly, près du canal, dans un paysage remarquable et significatif. Ce projet doit avoir un sens et ne pas faire fi de notre passé industriel et doit devenir la signature visuelle de notre ville ». Parmi les conditions de demande de démolition, la mairesse a énuméré entre autres « l’architecture du bâtiment de remplacement évoquant la mémoire de l’ancienne usine; quatre des six étages évoquant la volumétrie et le vocabulaire architectural de la partie d’origine; la récupération et la réutilisation des briques existantes intégrées dans les aménagements; l’implantation du bâtiment de remplacement sur les traces de l’occupation du sol d’origine; le traitement des façades rappelant les archétypes de la structure apparente; la récupération des lettres existantes ».

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Denis Gauvin
Denis Gauvin
17 jours

Il y a quelques années, ma conjointe et moi sommes allés visiter Alexandria, près de Washington. La ville avait récupéré une ancienne usine pour en faire un centre d’art. Le centre était très populaire, beaucoup de gens venaient le visiter. Ici, le moindre édifice qui peut avoir un attirait touristique, on se dépêche à le détruire.
Après ça, on se plaint que le monde visite pas le Québec.
Il y a juste des bâtiments laids au Québec.

Karine
Karine
17 jours

ERREUR : Il n’y aura *pas* de logements sociaux sur ce site. M. Tétreault a reconnu s’être trompé, il voulait dire « abordable », ce qui déjà est très relatif.