Début assez difficile pour l’agriculture

Début assez difficile pour l’agriculture

Jean-François Ridel. (photo : SM)

Le printemps pluvieux et frisquet donne des maux de tête à certains agriculteurs qui attendent avec impatience du soleil et de la chaleur afin d’entamer les semences.

« Ce n’est pas la meilleure année, se désole Charles Marcil, producteur de grandes cultures à Carignan. Je ne sais pas quand on va semer, peut-être vers la mi-mai. Plus on sème tard, plus on va aller dans des variétés plus hâtives que tardives et le rendement va baisser. »

L’agriculteur possède des terres à la limite de Carignan, Chambly et Saint-Luc. Ses terres dont la superficie est de 262 hectares produisent du maïs, du soya et des céréales. Charles Marcil relate avoir cru que lundi (7 mai) sous un soleil radieux, il allait commencer à semer. « On a trouvé le terrain assez froid et assez humide, a-t-il observé. On va laisser la nature aller; on va semer un peu plus tard et la nature va nous aider à récupérer le retard. »

L’an dernier, il a commencé à semer à partir du 20 mai. C’était aussi l’année où Charles Marcil avait décidé de ne pas semer de blé. « J’avais besoin de vacances, a-t-il confié. On passe l’été et l’hiver à travailler. J’ai pris deux semaines de vacances; une chose que je n’ai jamais faite de ma vie ! »

Maintenir le sol en santé

Il explique aussi les difficultés d’avoir « un sol argileux et des champs situés un peu plus bas dans une région un peu plus froide », ce qui n’aide pas souvent à produire en bonne quantité.

L’état du sol a poussé Charles Marcil à modifier la façon de produire. Il pratique depuis quelques années la méthode du semis direct, dont l’objectif est de redonner une santé au sol en supprimant sa compaction, notamment par l’élimination de certains équipements de la machinerie lourde.

« On revient à la base comme faisaient nos grands-parents sans le savoir, souligne sur un ton philosophique Charles Marcil. Ça va améliorer la santé du sol et il va y avoir moins d’impact si on a des mauvaises années. »

Pendant ce temps à Saint-Césaire

« À Saint-Césaire, les terres sont tellement chères qu’elles sont plus nivelées, bien drainées; on est relativement chanceux », commente pour sa part Jean-François Ridel qui produit du blé, du maïs et du soya.

« Il y a un peu de retard; tout va se jouer avec ce qui se passe jeudi (10 mai): s’il n’y a pas de pluie, il y aura des tracteurs partout dans les champs. Les agriculteurs vont dormir beaucoup moins pendant cinq jours et tout devra être terminé. » – Jean-François Ridel

Malgré l’état du sol, l’agriculteur ajoute rester aux aguets sur le plan de la météo. Il dit craindre que la température de 2-4 degrés prévue le vendredi 11 mai ne vienne retarder la semence du maïs et du soya.

« Le blé du printemps apprécie une saison fraîche. Tout ce que j’ai semé depuis une semaine et demie a déjà levé. Le blé est assez vigoureux, assez impressionnant. » L’autre moitié du blé n’a pas été semée à temps et la présence de la pluie n’a pas aidé non plus. Son constat : « plus il va faire chaud, moins le blé sera performant ».

Ses craintes sont un peu manifestes pour les autres semences « Le soya perdrait dans le gel, alors que le maïs l’accepterait un peu », illustre celui qui est vice-président de l’Union des producteurs agricoles de Rouville. « Il y a un peu de retard; tout va se jouer avec ce qui se passe jeudi (10 mai): s’il n’y a pas de pluie, il y aura des tracteurs partout dans les champs. Les agriculteurs vont dormir beaucoup moins pendant cinq jours et tout devra être terminé. »

Assurément, raconte l’agriculteur, « l’an dernier, j’ai planifié deux heures de sommeil par jour. Il a fallu que je m’arrange pour trouver quelqu’un pour me remplacer afin que j’aille dormir, et le tracteur ne doit pas s’arrêter. »

Une fois que la fenêtre du 15-20 mai ne permet plus de semer, l’agriculteur devra acheter d’autres semences ayant « une période de semis avec une certaine maturité et une date théorique. Si on la dépasse, il faut changer de type, ce qui pourrait se traduire par moins de productivité et plus de stress ».

Jean-François Ridel à l’instar de Charles Marcil, fait aussi du semis direct. Il tient à rappeler que la machine appelée cultivateur a fait son temps. « De plus en plus, il faut aller dans du non-travail du sol, car sinon on génère des gaz à effet de serre. Idéalement, poursuit-il, travailler le sol sur 5 cm (de profondeur), c’est réchauffer le dessus de la couche pour que la température du sol augmente. »