Rivière Richelieu : de l’invasion à l’évasion

Rivière Richelieu : de l’invasion à l’évasion

Une dizaine de surfeurs ont profité mercredi dernier des vagues de la rivière Richelieu. (Photo : Frédéric Khalkhal)

CHAMBLY. La plage, les surfeurs, le bruit des vagues, les personnes en maillot de bain, le soleil. Si vous êtes en manque de vacances, vous pouvez trouver tout ça maintenant à Chambly.

Le fort de Chambly est l’attraction de la ville. En bordure de la rivière Richelieu, ses canons sont orientés vers le large pour contrer l’envahisseur venu par les flots. Aujourd’hui, la rivière Richelieu n’est plus une voie d’invasion, mais d’évasion pour une poignée de surfeurs venus dompter les vagues formées par les rapides.

Ils sont encore peu nombreux à connaître le spot qu’ils apprennent à apprivoiser depuis des années, mais ils viennent de partout pour trouver la vague parfaite.

Avec les beaux jours, il n’est pas rare de voir un surfeur torse nu, traverser une rue de Chambly en combinaison, planche sous le bras. Une scène surréaliste, surtout lorsqu’on sait que le seul plan d’eau à proximité où il serait possible de faire du surf est les rapides de la rivière.

Justement, c’est l’endroit recherché.

« Cela fait bien une vingtaine d’années que je viens dès que c’est possible. Nous sommes quelques surfeurs à connaître l’endroit, c’est pour cela qu’il n’y a pas trop de monde et c’est parfait comme ça », explique David au Journal de Chambly alors qu’il prenait une pause pour farter sa planche lors d’une très belle journée de printemps la semaine dernière.

Quand on lui demande si ce n’est pas dangereux, l’homme habitué explique qu’il suffit de savoir nager en rivière « pour ne pas se faire embarquer un peu plus loin dans les rapides. »

Cette journée-là, sur les berges transformées en plage d’herbe verte, les rayons du soleil rougissaient la peau de femmes venues prendre le soleil en bikini. Les amoureux pouvaient se bécoter en regardant sur la rivière les planchistes se succéder pour réussir à prendre la vague. Un spectacle digne des plus beaux scénarios de vacances.

La vague statique

C’est au printemps, alors que les rivières sont gonflées par la fonte des neiges, que le surfer des rivières sort. Dans les rapides, les aspérités du fond de la rivière forment des creux qui sont la conséquence de ces vagues statiques.

C’est ce type de vague qui est très appréciée des sports en eau vive. Contrairement à la mer, où l’eau est immobile et où ce sont les ondes qui se déplacent, dans les rivières c’est l’eau qui se déplace et les ondes de vague qui demeurent statiques.

L’écoulement de l’eau formera ainsi une vague continue un peu en amont d’un rocher par exemple. Il ne reste plus qu’au surfeur d’exposer leur talent autant de temps qu’il le souhaite.

Plusieurs endroits sont connus au Québec pour faire du surf de rivière comme sur la Jacques-Cartier, la Gatineau et bien sûr proche d’Habitat 67 à Montréal sur le Saint-Laurent. La rivière Richelieu à Chambly reste cependant encore un endroit pas trop exposé au grand public.

Venu de partout

Lorsque le Journal était sur place mercredi dernier, les surfeurs présents n’étaient pas des débutants et venaient de la grande région de Montréal.

« Pour surfer à Chambly, il est nécessaire d’avoir les bases du surf et de savoir naviguer en rivière. Il ne faut surtout pas se laisser embarquer dans les rapides. Ici, le débit est un peu plus fort qu’à Montréal », avance Antoine, venu de Montréal pour suivre la vague. Il faut dire que pour les surfeurs de rivière, le temps de glisse dans la saison est limité. « Ça débute maintenant généralement et cela dure un mois. Ensuite, le niveau d’eau baisse durant l’été et le débit des cours d’eau est moins fort. »

En ce qui concerne le matériel utilisé par ces surfeurs des villes, c’est le même que l’on peut retrouver sur toutes les plages du monde, rien ne change. L’été, certains des surfeurs de Chambly et d’ailleurs au Québec vont s’essayer sur les plages de la côte Atlantique. « J’y suis allé déjà à l’occasion. C’est une sensation différente, mais il y a beaucoup de similitudes. Je surfe cependant beaucoup plus souvent les rivières que les océans », indiquait l’un d’entre eux.

Après nous avoir répondu, planche sous le bras, les surfeurs remontaient à pied la rivière Richelieu sur une centaine de mètres avant de se jeter à l’eau. Arrivant sur la vague, le moment de glisse durait quelques secondes, une à deux minutes tout au plus. Puis, la place est laissée au suivant pour regagner la rive un peu plus bas pour refaire un tour.

Ce ballet bien rodé se déroulera les prochaines semaines à Chambly, devant les regards d’un public étonné, mais toujours ravi de pouvoir admirer des surfeurs à Chambly.