Richelieu : une mère d’inspiration pour l’artiste Carole Fisette

Le journal s’est invité dans l’atelier de la Richeloise Carole Fisette, estampeuse exposée à la Galerie Pierre-Meunier, à Saint-Charles-sur-Richelieu.

Carole Fisette nous a ouvert les portes de son atelier installé sur la 1re Rue, à Richelieu. Elle révèle que le bâtiment a plus de 200 ans d’existence. Il a notamment abrité une boucherie dans le passé. Une grande porte de chambre froide, derrière laquelle se cachent désormais des outils de travail, en fait la démonstration.

Cet espace est devenu le havre créatif de la femme qui vit à Richelieu depuis plus de 50 ans. Le lieu respire l’art. Des oeuvres ornent les murs et remplissent les tiroirs. À portée de main, du matériel est accessible et prêt à servir la cause.

L’artiste se consacre depuis plusieurs années à l’estampe et à la gravure. « Je travaille tantôt en creux, tantôt en relief, en explorant plusieurs techniques, les comparant les unes aux autres, tout en cherchant de nouvelles avenues », décrit Mme Fisette. Elle ajoute que les divers procédés lui révèlent leurs limites, leurs forces : « Lignes très fines tracées à la pointe sèche, lignes plus denses laissées par les gouges, matière brute avec le carborundum, matière veloutée après plusieurs passages de couleurs… Bienvenue dans mon univers! »

Projet Les réticules

Après nous avoir expliqué la confection de ses matrices, Carole Fisette présente son projet actuel, Les réticules. Son vernissage aura lieu le 8 mars, à la Galerie Pierre-Meunier, à Saint-Charles-sur-Richelieu. Elle y exposera une vingtaine d’oeuvres pendant deux mois. Il s’agit du résultat d’une démarche faite à partir de deux objets ayant appartenu à sa défunte mère. « Ça me rallie à elle », confie l’artiste. Les bijoux et les boutons sur certaines créations proviennent de l’une de ses amies. Elle les lui a donnés quelques jours avant sa mort. « Pour moi, ça symbolise beaucoup. »

Un coffre aux trésors

Lorsque Carole Fisette a hérité du grand coffret de cèdre de sa mère, la créatrice a constaté qu’elle avait de qui retenir. « Son coffre était plein à ras bord et parmi ces nombreux trésors sauvegardés, deux magnifiques petits sacs de soirée ont attiré mon attention. Je les ai regardés, manipulés, laissés à la vue et, finalement, j’ai décidé de les défaire et d’en prendre l’empreinte », relate-t-elle. Ainsi, le premier sac, une fois imprimé, lui est apparu telle une église, une image sacrée. « Le second s’est transformé en un cache-cœur, un vêtement qui cache le cœur, une armure protectrice », dépeint-elle. Encouragée par le résultat, elle s’est inspirée de ces nouvelles formes pour créer plusieurs matrices estampées ou gravées. Elle les a imprimées en plusieurs exemplaires sur différents papiers japonais. En plus de créer des œuvres en deux dimensions, elle a reconstitué les sacs de soirée, elle en a fait des sculptures, des réticules.

La mémoire collective

La Richeloise soutient que les petits sacs de soirée, objets précieux pour les grandes sorties de sa mère, font partie de la mémoire collective. « Ils racontent des récits d’une autre époque, ils témoignent de la mode raffinée des années 1940-50. Leur vue incite à des scénarios d’une époque lointaine pour reconstituer un temps oublié. Elle ouvre l’espace à un dialogue entre les générations et participe à la transmission des savoirs. Ces petits sacs deviennent un acte de mémoire », situe Mme Fisette.

Les œuvres imprimées s’intitulent Offrande et Cache-cœur. Elles ont complètement détourné les sacs de soirée de leur fonction initiale. « Leur nouvelle apparence invite à la méditation, au calme, à la réflexion. Il va sans dire que tout ce travail de réflexion, de destruction, de reconstitution a tissé un lien très serré avec ma mère. À nouveau, il nous a reliées », termine la créatrice.

Biographie

Carole Fisette a découvert la gravure au cégep du Vieux-Montréal. Par la suite, elle a perfectionné différentes techniques d’impression à l’atelier Zocalo de Longueuil et à l’atelier Graff, à Montréal. Elle détient un certificat en arts plastiques de l’Université du Québec à Montréal et un baccalauréat en enseignement de l’Université de Sherbrooke. Depuis plus de vingt-cinq ans, elle participe à de nombreuses expositions collectives et à des biennales nationales et internationales : Chine, France, Espagne, Bulgarie, Suisse. Elle a trois expositions en solo à son actif. À l’automne 2019, elle a fait une résidence à Tetouan, au Maroc, et à l’été 2025, un stage à Baie-Johan-Beetz, à l’atelier de l’artiste Chantal Harvey.

Elle est membre du Regroupement des artistes en arts visuels et de Culture Montérégie, elle fait partie du comité d’atelier de Zocalo. Plusieurs de ses œuvres ont rejoint des collections, dont le cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale du Québec et celui de Guanlan, Chine.

Les souvenirs de son enfance, la transmission du savoir, le passage, sur terre, des hommes et du temps sont les thèmes qui l’habitent principalement; ils sont ses sources d’inspiration et de réflexion.

Parallèlement, elle vient de terminer une exposition à la Maison de la culture Marcel-Robidas, à Longueuil, avec Zocalo, qui présentait Intercalées, un rassemblement d’oeuvres issues de divers artistes.