Montérégie : 40 ans pour les Productions Jean-Bernard Hébert

Les Productions Jean-Bernard Hébert célèbrent 40 ans de création et de diffusion théâtrale. C’est un peu « par hasard » que l’homme en est venu à administrer un théâtre, avec tout ce que cela implique.

Plus de 3 650 représentations, près de 900 artistes et artisans, et plus de 2 millions de spectateurs sont les nombres associés aux activités des Productions Jean-Bernard Hébert. Depuis quatre décennies, l’homme derrière le Théâtre de Rougemont fait circuler ses productions. « J’ai vu le métier évoluer et les spectateurs changer », établit d’emblée Jean-Bernard Hébert, en 40 ans d’expérience à ce chapitre. À travers cette mouvance, il reconnaît une amélioration en termes de qualité des productions. 

Réformateur du théâtre d’été

M. Hébert rappelle que le théâtre d’été découle du temps où les téléromans étaient tournés en direct, à la semaine. Quand arrivait le mois de juin, les plateaux débranchaient les projecteurs pour la période estivale. « Les comédiens n’avaient plus de revenus. Le théâtre d’été est arrivé à ce moment », situe l’Alexandrin. Il indique que la métropole se vidait et que les productions théâtrales se montaient en campagne. « Ça devenait une activité artistique. Mais le créneau qu’ils se sont donné au départ – et ça a peut-être été une petite erreur -, c’était uniquement un style de pièce, celui du triangle de chambre à coucher », cadre M. Hébert. Il rapporte qu’au fil du temps, le modèle est devenu redondant à grande échelle. « Ce n’était pas mauvais! Les gens se sont mis à avoir un petit mépris pour le genre, car c’était à peu près toujours la même histoire », identifie-t-il.

Le « réformateur du théâtre d’été » a souhaité se dissocier de cette formule et présenter « autre chose ». Devant un public qui s’est « raffiné », il a mis la barre au-dessus du « simple divertissement ». 

Par hasard

Jean-Bernard Hébert replonge là où tout a commencé, quarante ans plus tôt. « C’est par hasard », installe-t-il avant de développer. En 1984, quand il a fini l’école de théâtre, il jouait au théâtre d’été de Chertsey. La femme qui gérait le lieu est atterrie chez lui un matin, en raison du temps qu’elle devait désormais consacrer à sa fille atteinte d’un cancer. « Jean-Bernard, voilà les clés du théâtre, tu t’en occupes! », lui a-t-elle lancé. Néophyte en affaires, celui qui a une formation en interprétation et mise en scène a douté. « Tu vas te démerder », lui a-t-elle répondu. Il s’est ainsi développé un « talent, sur le tas ».

Des moments marquants

L’artiste cible quatre moments marquants à travers ces décennies. Il nomme sa rencontre avec Janine Sutto comme premier fait d’armes. Il parle aussi de l’importance du comédien Raymond Bouchard, décédé en février dernier. M. Hébert lui dédie d’ailleurs la saison à venir. La création de Douze hommes en colère, 26 ans plus, fait partie du lot. La pièce, nouvelle mouture, fait partie de la programmation estivale 2026. La mise sur pied de Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges, de Michel Tremblay, existe aussi dans ses moments forts. « Il y en a eu tellement! », convient-il. 

Des moments moins glorieux ont aussi été inévitables. Jean-Bernard Hébert souligne « trois tempêtes » en 40 ans. Il relate que chacune d’entre elles a requis trois ans pour s’en remettre. Il pointe Ladies and Gentlemen, présentée en 2008, qu’il qualifie de « catastrophe ». Il revient en 2017, avec un Feydeau monté à l’envers « parce que monsieur se prenait pour Tolstoï ». Il ajoute aussi Love, une pièce de Murray Schisgal. « Deux des trois comédiens ne pouvaient pas se sentir. » Il s’est bâti une crédibilité qui peut s’abîmer en fonction des productions qu’il choisit de mettre de l’avant. « Des diffuseurs m’ont boudé pendant deux ans juste pour Love et Ladies and Gentlemen, même si je leur avais donné du Harold et Maude, du (Le) Dindon ou de L’Avare. Mais, ça fait partie de la game », se résigne-t-il.

Théâtre en transition

Âgé de presque 65 ans, Jean-Bernard Hébert marque un tournant dans sa vie. Il vend le théâtre à Sylvain Pelletier, propriétaire du verger Le Jardin d’Émilie, situé tout juste à côté du théâtre. Partenaire avec sa soeur de 71 ans, il désire poursuivre son métier sans les à-côtés. « Je ne veux plus gérer de plombiers, gérer d’électriciens ou remplacer des fauteuils brisés », énumère-t-il à titre de tâches connexes, en terminant. 

Deux pièces sont à l’affiche au Théâtre de Rougemont cet été. Du 2 au 25 juillet, Douze hommes en colère, et, du 30 juillet au 29 août, Fleurs d’acier, sont les oeuvres qui vivront sur scène. Alain Zouvi assure la mise en scène des deux productions. Dans un premier temps, Olivier Berthiaume, Jean-Pierre Chartrand, Claude Despins, Sébastien Dodge, Hugo Giroux, Jean-Bernard Hébert, Ariel Ifergan, Maxime Isabelle, Étienne Pilon, Marc-André Poliquin, Claude Prégent et Philippe Thibault-Denis font partie de la distribution. Pour la seconde pièce, Josée Beaulieu, Flavie Bourgeois, Louise Cardinal, Louise Deschâtelets, Nathalie Mallette et Myriam Poirier habiteront les personnages.