Chambly : une liberté sans laisse sur scène
Depuis 2021, l’ascension de la chanteuse Ariane Roy est fulgurante et l’artiste vit une éclosion en puissance. Le journal l’a rencontrée la semaine dernière, quelques heures avant son spectacle au parc des Ateliers, à Chambly.
Les musiciens et l’équipe technique s’affairaient à décharger le matériel sous le chapiteau du parc des Ateliers. Ariane Roy, qui s’offrait en prestation quelques heures plus tard, contribuait à coups de jus d’bras aux allers-retours, du véhicule à la scène.
Elle revenait de se balader aux abords du bassin. « Je suis en train de tomber en amour avec Chambly. On s’est promenés et on s’est pris un café, et je trouvais ça donc bien beau », résume la femme de 28 ans.
Beaucoup de révélations
Imbriquée dans cette nouvelle vague d’artistes qui redéfinissent la chanson québécoise, Ariane Roy a enfilé les honneurs. Récipiendaire du prix Révélation de l’année au Gala de l’ADISQ 2022, Révélation Radio-Canada 2021-2022, nommée à deux reprises aux prix JUNO, récipiendaire du Prix Félix-Leclerc en 2022 et Prix Espoir FEQ garnissent déjà son palmarès. « Quand ça arrive, on le prend. Juste savoir que, quand on fait une tournée, des spectacles un peu partout au Québec, il y a des gens qui sont là, ce n’est pas tenu pour acquis », émet humblement la citoyenne de Québec.
Toujours dans la musique
Issue d’une famille qui lui faisait vivre les festivals, la chanteuse baigne dans la musique depuis toujours, pratiquement. Au départ, c’est à travers le violon qu’elle a vécu son initiation.
Dès l’âge de neuf ans, elle a intégré l’école La Maîtrise des petits chanteurs de Québec, l’une des plus vieilles écoles de chant en Amérique du Nord. Elle y oscillait quotidiennement entre la musique et le scolaire, jusqu’à la fin de son cycle secondaire.
Les études en musique se sont poursuivies au cégep ainsi qu’à l’université. « J’ai vraiment grandi avec ça. Ça m’a pris du temps avant de vraiment confirmer que je voulais le faire professionnellement. Je pense que j’avais très peur de faire ce métier, mais, en même temps, c’est tout ce que j’avais fait depuis ma jeunesse », confie-t-elle.
Thématique canine
En 2021 naissait son album court en Avalanches (n.f.). Elle sortait Medium plaisir, son premier album, en 2022. Elle est revenue en force, en mars dernier, avec son second album, Dogue. « Non pas que l’on ne la reconnaît plus, mais plutôt que la précieuse fleur qui éclot à présent a des teintes plus profondes que l’on s’imaginait. Délaissant la clarté de ses premiers airs, elle se montre à nous sous des jours plus sombres, le verbe plus mordant, la voix plus caustique, dans une lumière résolument contemporaine », décrit son équipe.
Une sorte de champ lexical entourant l’univers canin, voire animal, se détecte à travers l’œuvre. « Ça laisse sortir l’animal en moi. C’est quelque chose que la scène et la musique me permettent de faire, j’ai l’impression. Dans la création de l’album et du spectacle, il y a quelque chose qui va dans la démesure, dans l’affirmation, un côté plus brut, moins lisse, moins poli, moins doux. J’ai cet espace pour le faire. C’est dans l’optique de laisser de la place à cette partie de moi », affirme Ariane Roy au journal.
Tournée qui a du chien
La tournée Dogue se poursuit depuis le dernier printemps. Elle s’étalera au moins jusqu’en mai 2026. Le spectacle à Chambly s’inclut dans cette boucle. « C’est important pour moi de me sentir libre sur scène. Je veux inciter les gens à se sentir libres aussi quand ils viennent à mes shows, d’avoir moins peur du regard des autres », déclare Ariane Roy. En ce sens, dans un segment de son spectacle, elle invite son public à danser sans penser à l’environnement périphérique.
« Se regarder danser. Je trouve intéressant de faire cet exercice, l’abandon de soi, qui n’est pas, pour ma part, toujours évident dans les autres sphères de ma vie », nuance celle qui s’émancipe à travers la démarche.
Outre la musique, on remarque l’expression par le mouvement des corps. « J’aime danser en écoutant de la musique. C’est une façon de consommer la musique en général. Sur scène, c’est comme ça que la musique me traverse et c’est ainsi que je performe devant le public.
On peut plus saisir aussi les intentions musicales du disque. C’est un bon médium pour moi », considère-t-elle.
Longue liste du Polaris
L’album Dogue figure sur la longue liste du Polaris. Chaque année, un jury composé de plus de 200 critiques musicaux – journalistes, animateurs, blogueurs, programmateurs et curateurs de partout au Canada et des territoires autochtones non cédés – font la sélection de cette nomenclature. « J’étais honorée et surprise. C’est très flatteur, ça m’a touchée. Je sais qu’il ne faut pas trop s’attacher à ces choses-là, et ce n’est pas parce que tu ne t’y retrouves pas que… mais c’est quand même le fun », convient-elle avec lucidité, empreinte d’un sourire.
Le Roy, La Rose et le Lou[p]
Parallèlement, Ariane Roy a fait partie de l’éclatante série de concerts Le Roy, La Rose et le Lou[p], aux côtés de Lou-Adriane Cassidy et Thierry Larose (Marieville). Le projet a été nommé événement historique à deux occasions par La Presse (2022 et 2023) et couronné du Félix du Spectacle de l’année.
La première représentation a eu lieu aux Francos, en 2022, et s’est prolongée jusqu’à la période estivale de 2024. « Ça a été l’un des plus beaux moments de notre carrière.
Pour ne pas étirer la sauce et pour que perdure le mythe, ce beau souvenir dans nos têtes, il fallait que cette expérience artistique et humaine marquante se termine », conclut l’artiste.
