Chambly : un ratio remis en question concernant les spectacles d’humour 

Sur le site Web de la SEPC du Haut-Richelieu, 50 % des spectacles du Pôle culturel de Chambly sont dédiés à l’humour. Ce ratio ne plaît pas à tous, comme c’est le cas du Chamblyen Jacques Thériault, ancien agent culturel pour le Réseau des Maisons de la culture de la Ville de Montréal.

Dans l’édition de mai 2026 d’Entracte, le bulletin mensuel de la SPEC du Haut-Richelieu, la directrice générale, Isabelle Laramée, annonce que le quart de sa programmation est consacré à l’humour. Or, sur le site Web de l’organisme à but non lucratif, du 1er mai 2026 au 23 avril 2027, 18 des 36 représentations (50 %) sont de l’humour Pôle culturel de Chambly.

Jacques Thériault est un Chamblyen qui consomme des événements culturels. L’homme, qui a œuvré pour les maisons de la culture de Montréal, ne s’explique pas ce « ratio si élevé » en humour à Chambly. « C’est de la paresse de programmation. Rien de plus facile que de booker un humoriste. Ça ne demande aucune imagination. On consulte la liste des humoristes en tournée et enweille à Chambly! Il y a peu de diversité et d’originalité dans le choix des spectacles. C’est déplorable », considère-t-il. L’homme nuance qu’il ne s’agit pas d’un plaidoyer contre les spectacles d’humoristes. « Je souhaite simplement qu’un certain équilibre soit établi. Je veux bien admettre que dorénavant, l’humour soit un pilier de la culture au Québec, mais cette quantité, ce n’est plus un pilier, c’est un mur de soutènement », image-t-il. 

Mise en vente en continu

Isabelle Laramée établit d’abord qu’une saison à la SPEC s’étale du 1er juillet au 30 juin. Elle fait remarquer que la SPEC ne dévoile pas son offre sur toute une saison. « On fait de la mise en vente en continu au fur et à mesure que les spectacles mis en marché sortent », dit la DG.

Elle affirme avoir plusieurs spectacles confirmés dont la mise en vente est prévue ultérieurement. Ils ne sont donc pas encore visibles au sein de la programmation. « En humour, les mises en vente sont faites plus tôt, comparativement à la chanson ou au théâtre. C’est ce qui fait que, présentement, l’offre est plus grande », nomme Mme Laramée. Pour la saison 2026-2027 à venir au Pôle culturel de Chambly, elle chiffre que la programmation comprend à ce jour 84 représentations (un spectacle peut avoir plusieurs représentations). De celles-ci, l’humour représente 28 % (24). En mouvance, il ne s’agit toutefois pas d’un portrait « fiable » puisque d’autres représentations sont susceptibles de s’ajouter au fur et à mesure de la saison.

Une vision globale

« C’est comme si la salle Emma-Albani n’était qu’une desserte, une annexe du Théâtre des Deux Rives et du Cabaret-Théâtre du Vieux-Saint-Jean », rapporte M. Thériault. La DG explique la vision globale de la SPEC. « On ne pense pas la programmation pour le Pôle, on pense la programmation pour le marché. C’est-à-dire avec nos salles », situe Mme Lagacé. Elle prend l’exemple des humoristes Marthe Laverdière et Christine Morency. « On va prendre un artiste en tournée qui va entrer en rodage dans la région par le Pôle, et qui, après sa première montréalaise, sera présenté au Théâtre des Deux Rives. C’est une question de faire circuler les spectacles sur le territoire dans une cohérence de marché. »

Elle poursuit en mentionnant que la salle Emma-Albani n’a pas le volume (390 places) pour accueillir certains spectacles. Elle renchérit, stipulant que le Théâtre des Deux Rives (856 places), à Saint-Jean-sur Richelieu, est mieux équipé, tant du point de vue scénique que pour sa capacité d’accueil. « Certains spectacles sont plus coûteux que d’autres et il faut les rentabiliser. Pour des cachets d’une certaine ampleur, c’est évident que je ne peux pas placer ça à Chambly. »

Isabelle Laramée soutient que les salles ont leur particularité. « Quand on fait la programmation, c’est toujours le bon spectacle, dans la bonne salle. C’est de voir quelle salle est la plus appropriée pour recevoir un spectacle », nomme-t-elle. La femme soutient que les gradins du Pôle culturel sont « très près » de l’artiste. « Pour l’humour, c’est très bon, en ce qui a trait aux réactions et à la connexion », estime-t-elle. Elle ajoute que la largeur de la scène permet aussi de recevoir du cirque ou de la danse.

Moins déficitaire

Il est permis de croire qu’un spectacle d’humoriste coûte moins cher. L’artiste, seul sur scène, n’a pas nécessairement un décor volumineux. Isabelle Laramée indique qu’en termes de cachet, c’est similaire à d’autres spectacles. Elle part du principe que tous les spectacles sont déficitaires. « Je ne peux pas charger au public le vrai montant d’un billet de spectacle. Ça coûterait trop cher », fait-elle savoir. Les revenus autonomes couvrent 86 % des coûts. Le reste est subventionné par les divers paliers de gouvernement. Où l’humour se démarque en termes de « performance de revenus », c’est qu’il est le moins déficitaire. Elle déclare que toutes disciplines confondues, la billetterie couvre 45 % des dépenses de diffusion. Pour l’humour, ce taux monte à 63 %, ce qui en fait la discipline la moins déficitaire du réseau. Par billet, cela représente18 $ de déficit par spectateur en humour. À titre comparatif, il s’agit de 69 $ en danse et de 67 $ pour les spectacles famille.

Pourquoi pas à Chambly?

M. Thériault constate que Bleu Jeans Bleu, dont le guitariste, François Lessard, est copropriétaire du Centre musical EMF à Chambly, sera présenté au Cabaret-Théâtre du Vieux-Saint-Jean. Mme Laramée rappelle que la formation était de passage à Chambly en 2023 et 2024. « J’aurais aimé les mettre à Chambly pour 2027, mais c’est une question de disponibilité », justifie-t-elle. M. Thériault se demande si Jean-François Pauzé, auteur-compositeur de plusieurs chansons des Cowboys fringants, est réservé au public de Saint-Jean-sur Richelieu. « Il est au Cabaret-Théâtre pour la simple raison qu’il ne fait pas de spectacles avec public assis désormais », répond Isabelle Laramée.

Reprendre l’autonomie

Le Chamblyen souhaite que Chambly « reprenne son autonomie en matière de culture dans notre salle de spectacles. Il serait temps que notre Ville crée un véritable service de la culture et se libère de sa dépendance à un sous-traitant ». Pour des raisons « économiques et stratégiques », la Ville choisit de confier la gestion d’infrastructures spécialisées à des organismes externes. « Certaines installations requièrent une expertise très pointue que nous ne possédons pas nécessairement à l’interne », avait expliqué la Ville.

En décembre 2024, les élus ont adopté la Politique culturelle et son plan d’action 2025 . « On a fait une grosse consultation autour d’une politique culturelle. Peut-être que je vieillis et que je ne comprends plus grand-chose, mais je ne vois pas réellement les effets que ça a eus sur le Pôle culturel », termine Jacques Thériault.

La quantité en humour

Les ratios des représentations de spectacles d’humour diffusés par la SPEC au Pôle culturel de Chambly depuis son ouverture sont les suivants : 

  • 2019-2020 :       32 %
  • 2020-2021 :       32 %
  • 2021-2022 :       15 %
  • 2022-2023 :       22 %
  • 2023-2024 :       16 %
  • 2024-2025 :       19 %
  • 2025-2026 :       29 %