Chambly : un collectif des années 40 en exposition
Le Musée du Haut-Richelieu accueille l’exposition de La Maîtrise d’Arts, un collectif de céramistes des années 40. De 1946 à 1952, leur atelier principal était à Chambly, dans l’immeuble où a vécu l’ancien restaurant Fourquet Fourchette.
Plusieurs Chamblyens ne savent pas que le bâtiment où vivait le restaurant Fourquet Fourchette, désormais occupé par la Corporation Strøm, a servi de havre créatif. Dans les années 40, La Maîtrise d’Arts, un collectif d’artistes, y a pondu de nombreuses oeuvres de céramique. Jusqu’au 22 mars, le Musée du Haut-Richelieu présente au public le fruit de ce travail datant de plusieurs décennies.
Sur place, Elodie Perron-Glennie, chargée des expositions et de la mise en valeur du patrimoine, a relaté au journal l’histoire entourant les artistes. Elle a ensuite transmis les recherches concernant le sujet. La Maîtrise d’Arts est un collectif de cinq artistes multidisciplinaires qui ont créé notamment des pièces en céramique et des chars allégoriques. Elle réunit cinq élèves de l’École des Beaux-Arts, qui se sont associés dès 1930. Le quintette était composé d’Henri Belisle, Louis Parent, Fleurimond Constantineau, Armand Filion et Remi Arbour. Il proposait des œuvres utilitaires et décoratives dans les trois domaines de la sculpture, de la décoration et de la céramique, partageant équitablement les profits.
Nom officiel
En 1939, le collectif a adopté officiellement le nom « La Maîtrise d’Arts Limitée ». Ce regroupement visait à promouvoir les arts, notamment la céramique, en organisant des expositions, des événements culturels et des ateliers. Il pouvait dès lors gérer des lieux destinés à la création et à la diffusion artistique, offrir des formations, percevoir des revenus liés à ses activités et détenir ou acquérir divers biens nécessaires à son fonctionnement. Il lui était également possible de collaborer avec d’autres entreprises ou artistes, agir comme agent dans le domaine artistique et soutenir ses opérations par des moyens financiers variés.
Active de 1937 à 1952, cette troupe a mis en marche la carrière de plusieurs acteurs québécois très connus, tels que Denise Pelletier et Felix Leclerc. Lorsqu’elle a ouvert un centre d’étude et d’art dramatique, Louis Parent y donnait des cours de décoration de théâtre et de création de masques. La Maîtrise d’Arts a reçu le mandat de décorer la ville de Montréal pour la visite du roi George VI et de la reine Elizabeth en 1939. Le groupe a aussi conçu les chars allégoriques du troisième centenaire de Trois-Rivières. En 1942, Montréal a célébré ses 300 ans. Plusieurs festivités ont animé la ville. L’oratoire Saint-Joseph a organisé une exposition missionnaire et La Maîtrise d’Arts a supervisé la création de plusieurs éléments décoratifs.
À Chambly jusqu’à l’incendie
Sa toute première exposition a eu lieu dans les anciennes casernes restaurées de l’île Sainte-Hélène. En 1939, la guerre est déclarée et l’armée réquisitionne le fort. Pendant cette période, le collectif se divise en deux sous-groupes : Armand Filion et Fleurimond Constantineau se consacrent aux chars allégoriques, tandis que Louis Parent, Henri Belisle et Remi Arbour privilégient la céramique. La fabrication des chars allégoriques se poursuit sur la rue Henri-Julien, tandis que les travaux de céramique sont réalisés dans la maison d’Henri Belisle, à Montréal. Située au 10330, rue Clark, cette maison a été construite par Henri Belisle sur un terrain, acquis pour 360 $. Cet espace devient un lieu de création où les enfants jouent pendant que plusieurs artistes y passent. En 1946, La Maîtrise d’Arts change l’adresse de son bureau principal pour le 221, rue de la Bourgogne, Chambly-Bassin. Il s’agit de l’ancien restaurant Fourquet Fourchette. Les membres du groupe travaillent à Chambly jusqu’en 1952, année où un incendie met fin à leurs activités.
Cinq amis complémentaires
Les cinq amis artistes étaient complémentaires et ont uni leurs forces respectives. Henri Belisle, un peintre talentueux, s’occupait de la glaçure des vases, bustes et statuettes. Leur président, Louis Parent, agissait comme chimiste du groupe. Fleurimond Constantineau créait les moules, Armand Filion faisait le modelage et Remi Arbour était le tourneur. Chacun avait un rôle bien défini, mais toutes les œuvres étaient signées La Maîtrise d’Arts ou Chambly, selon l’atelier de création. « Les artisans sont égaux et ne signent pas individuellement, à l’exception de certaines œuvres », explique Elodie Perron-Glennie.
