Chambly : premier spectacle solo, à 65 ans, pour Patrice L’Ecuyer

Patrice L’Ecuyer compte 44 années dans le milieu culturel. Ce n’est pourtant qu’à l’âge de 65 ans qu’il présentera son tout premier one man show, le 15 novembre, deux fois plutôt qu’une, au Pôle culturel de Chambly.

Improvisateur, comédien, animateur et intervieweur font partie des multiples chapeaux que porte Patrice L’Ecuyer. 

S’il est une figure de proue du milieu culturel québécois depuis plusieurs décennies, ce n’est qu’en mai dernier qu’il a amorcé le rodage de son tout premier spectacle solo : Après seulement 32 ans d’absence sur scène! Était-il auparavant trop occupé ou est-ce tout simplement parce que ça lui prend du temps à se décider dans la vie? « Je n’aurais pas dû attendre aussi longtemps pour faire un show, mais j’étais tellement à la télévision, partout. Des fois, j’avais trois projets par semaine. Je ne voulais pas écœurer le monde. J’y pensais depuis longtemps, mais j’étais trop présent. Mais, c’est sûr que ça me prend du temps à me décider dans la vie », répond-il au journal en riant. 

Repartir à zéro

Malgré son expérience de longue date, l’artiste a l’impression de repartir à zéro. « Mon entourage me dit que j’ai la même drive, et c’est comme ça que je me sens, comme du temps où je faisais la Ligue nationale d’improvisation (LNI), au début de ma carrière. J’avais l’impression que j’avais tout à prouver tous les soirs que je mettais les pieds sur scène. Les gens m’ont déjà vu faire de l’humour, mais pas seul, laissé à moi-même », dépeint Patrice L’Ecuyer.

Il en est à une trentaine de représentations d’effectuées jusqu’à maintenant. « Les premiers shows, j’allais à la guerre. J’ai passé trente auditions », image-t-il. La vente des billets pour ses deux spectacles du 15 novembre à Chambly va bon train. « Je me sens très bien. J’aurais dû faire moins de TV il y a 15 ans et recommencer la scène. Faire de la comédie studio comparativement à de la comédie sur scène, c’est vraiment pas la même affaire. C’est tellement extraordinaire, le contact avec le public », décrit l’homme avec enthousiasme. Concernant Après seulement 32 ans d’absence sur scène!, c’est Marc Gélinas qui en signe la mise en scène, alors que Nicolas Lemay est coauteur de l’œuvre.

Ligue nationale d’improvisation

Patrice L’Ecuyer a d’abord étudié le théâtre au cégep Lionel-Groulx et a commencé sa carrière comme comédien. Pendant 10 ans, il n’a fait que jouer, multipliant les rôles à la télé et au théâtre, au Théâtre du Nouveau Monde et Chez Duceppe, entre autres.

Il a performé dans la LNI, gagnant d’ailleurs le trophée du joueur le plus populaire auprès du public en 1988. « Le jeu d’impro et le jeu d’acteur, c’est vraiment deux choses. Il y a de grands acteurs qui sont pourris en impro, et de grands improvisateurs qui sont pourris comme acteurs », établit-il d’emblée. À l’époque, il mentionne que les réalisateurs et les metteurs en scène fréquentaient l’arène. « C’était vraiment une audition pour nous, parce que l’on se faisait découvrir. Je me suis fait connaître beaucoup là. C’était important, c’était une porte d’entrée dans ce temps-là », observe-t-il, devant le phénomène alors nouveau. 

Les Bye Bye

Le public a pu découvrir son talent d’imitateur dans les Bye Bye, de 1988 à 1997. En 2015, il y est revenu, et y apparaîtra dans les quatre éditions suivantes. « Imiter, c’est comme travailler un personnage », compare-t-il. Il se souvient de moments, quand il a joué un rôle au théâtre ou à la télévision, où il se posait dans un café à des fins d’observation. « C’est la même chose avec les gens que l’on imite. Dans les premières années, on partait avec des cassette VHS et on les regardait pas de son. Ce sont des trucs ben niaiseux. Des fois, tu regardes quelqu’un en accéléré et, souvent, il y a un geste qui revient ou quelque chose que tu dénotes », décortique-t-il.

Il a vécu les années des Bye Bye qui se déroulaient en direct. « C’était particulier, surtout le premier, où l’on ne savait pas trop si c’était possible de faire ça en direct. C’était euphorique. On se disait que ça ne se pouvait pas. C’était audacieux! Tu répétais, t’arrivais devant le monde pis tu ne savais pas trop, t’avais rien testé. Tu découvrais ce que le monde aimait, devant le monde. C’était complètement kamikaze. »

L’animation prend la place

La fin des années 90 marque un gros tournant alors que l’on se met à le voir à la barre de jeux télévisés et d’émissions de variétés à succès : Les détecteurs de mensonges, Le moment de vérité, Qui l’eût cru, Les beaux parleurs, Les missions de Patrice, Des squelettes dans le placard, Prière de ne pas envoyer de fleurs, L’Union fait la force, Un air de famille et Silence on joue. On ne peut passer sous silence le talk-show L’Ecuyer, qu’il a animé pendant sept saisons consécutives à partir de 1995Dans une carrière de comédien, peut-il devenir dangereux d’être étiqueté « animateur » plus que le reste? « Oui. J’avais d’ailleurs arrêté de jouer dans Blanche pour ne pas que le monde dise «Hey, c’est Confucius qui arrive à cheval  ». J’étais 52 semaines par année en ondes avec des émissions de variétés. Je me suis gardé une petite gêne et j’ai mis ma carrière d’acteur un peu plus de côté pendant quelques années. Je disais non à certains projets, même si j’avais le temps », admet-il. 

Patrice L’Ecuyer estime que, dans le milieu culturel québécois, la polyvalence contribue à la longévité. « Quand t’es la saveur du mois pour une seule affaire, ça limite. Moi, j’ai été chanceux. J’animais en variétés et jeux pendant longtemps, mais je faisais d’autres choses en même temps. Quand t’as frappé fort dans une place, à un moment donné, les gens veulent voir un peu de changement, ce qui est normal », remarque-t-il. 

Dans tout ça, il se considère meilleur acteur qu’animateur. « Mais je n’ai pas joué autant que j’ai animé, c’est bien sûr. Ma formation, c’est comédien. C’est fantastique de te concentrer juste sur ton rôle. Animateur, tu dois penser au timing, à mettre les autres en valeur, etc. Alors que quand tu as un rôle ou que tu es sur scène en humour, c’est grisant. C’est toi et le public, comme une danse avec lui, j’adore ça. »

La trace de Confucius

L’une des phrases à laquelle on identifiait Patrice L’Ecuyer survenait à la fin de l’émission Les détecteurs de mensonges, alors qu’il lançait « Comme le disait si bien Confucius… ». À savoir s’il se fait encore apostropher dans la rue en raison de cette entrée en matière mythique, le principal intéressé répond en riant : « Non, Confucius, ça n’arrive plus. Mais je me fais dire encore souvent «Merci beaucoup!» . » Sur scène, aux côtés de Bernard Fortin, il a joué dans le spectacle Merci beaucoup!, présenté à 150 reprises, en tournée de 1990 à 1992.