Chambly : l’artiste et la boule de cristal

L’artiste de cirque chamblyenne Dawn Dreams touche une bourse du Conseil des arts du Canada. La somme sera utilisée pour la création de son projet intitulé La terreur de Descartes.

Dawn Dreams a débuté la jonglerie en 2002. Ses premières prestations ont eu lieu en 2005, à Vancouver, où elle a vécu pendant une dizaine d’années. « Je vivais de l’anxiété et la jonglerie m’aidait à la gérer. C’est ainsi que j’ai débuté. Je suis devenue bonne et j’ai eu envie de le partager », indique-t-elle. Depuis, la femme, qui dédie sa vie à cette forme d’expression artistique, a fait d’innombrables représentations sur le globe.

En septembre dernier, la Chamblyenne a reçu une bourse de recherche et de création du Conseil des arts du Canada. Avec ces 15 000 $, elle crée son projet La terreur de Descartes. Elle en écrit actuellement le scénario jusqu’en avril. Le projet explore le cirque, la performance et la recherche corporelle. Éventuellement, il sera présenté sous la forme d’un spectacle de 90 minutes.

Dans un esprit de communauté, elle a mis sur pied un club de jonglerie/cirque qui se rencontre à la salle Randell Hall de Chambly. « C’est construit pour les gens qui ne veulent pas nécessairement une leçon linéaire. C’est très ouvert », établit-elle. 

Le corps et l’esprit

Le corps est largement impliqué dans le cirque. Dawn Dreams a étudié la psychologie à l’Université de Victoria. Elle tisse un lien entre les deux. « Physiquement, quand je suis sur un rola bola, c’est là, en mouvement, que je commence à rassembler mes idées », confie-t-elle. Elle se souvient des difficultés qu’elle vivait, statique à l’école. « Quand j’ai quitté l’école au secondaire, je ne croyais pas que j’étais capable d’apprendre. C’est ce que la façon d’enseigner me démontrait », observe-t-elle. Elle a plus tard complété sa maitrise en arts, à l’Université York.

Elle soutient continuer d’étudier la psychologie du jeu et fonde ses projets et ses initiatives communautaires sur la science du jeu. Elle est une fervente défenseure des artistes de rue et milite pour que l’art soit accessible à tous.

Un accessoire principal

L’un de ses accessoires de prédilection est la boule de cristal. Elle l’utilise dans ce qu’elle nomme la jonglerie de contact, une pratique illusoire. Avec l’Orchestre symphonique de Kingston, qui interprète Shéhérazade, de Rimski-Korsakov, elle manipule en avant-scène la sphère envoûtante. « Mon univers tourne autour de cette boule », affirme-t-elle. Plusieurs années lui ont été nécessaires pour maîtriser une manœuvre qui implique que l’objet passe derrière son cou. « Je pensais que ça allait être facile, mais j’ai lutté pendant cinq ans pour y arriver, explique-t-elle en pouffant de rire. J’ai basé ma carrière entière sur ça. J’avais sous-estimé le degré de difficulté. »

Lors de l’entrevue à la salle Randell Hall, le journal a eu droit à une courte démonstration, en direct.

Hula hoop avec de jeunes moines

Dans son parcours atypique, la femme a vécu une ascension de montagne en Thaïlande, sur des échasses. En haut, un groupe de jeunes moines pratiquant le hula hoop l’attendait. « Grimper une montage, une montagne en échasses, ce n’est pas évident », convient-elle en riant.

Elle revient sur cette période. « Ce temps en Thaïlande m’a époustouflée : la générosité et la gentillesse de ce peuple », émet la femme. Là-bas, elle a notamment offert des prestations dans des camps de réfugiés.

Gazée en jonglant à l’émeute

Le parcours rocambolesque se poursuit. La femme de 45 ans a été aspergée de gaz poivré par un canon antiémeute pour avoir jonglé trop près des manifestations de 2011 de l’Université de Santiago, au Chili. « J’imagine que je ne prenais pas la situation trop sérieusement. Je jonglais alors qu’il y avait ce chaos autour de moi. C’était fascinant. J’ai appris sur ce que sont que les vraies protestations », révèle-t-elle.

Grâce à son art, l’artiste a visité plus d’une dizaine de pays, étalés sur plusieurs continents. Elle s’est produite sur des scènes devant des milliers de personnes, dans de nombreux festivals de notoriété internationale et a montré son talent dans les rues à travers le monde. « Les performances sont ma raison de vivre », résume-t-elle. Elle a joué pour des événements corporatifs, dans des films et des fêtes privées. Parmi ses compétences, outre la jonglerie, elle compte entre autres les échasses, la statue humaine, le hula hoop, faire le clown, les bolas enflammés et les performances de rue. « Pouvoir être qui tu es en public est à la fois terrifiant et, aussi, incroyable. S’exprimer et partager ce que tu peux avec les gens. Cette infime joie qui survient quand ça fonctionne, c’est magique », conclut-elle.