Chambly : chanter est-il bon pour la santé?

Le Centre de recherche Charles-Le Moyne (CRCLM) réalise actuellement une étude pour savoir si le chant choral pourrait améliorer le bien-être des personnes atteintes d’un cancer qui ont reçu des traitements de chimiothérapie. Christiane Fournier, présidente de l’Atelier lyrique de Chambly, expose son point de vue.

Le chant choral peut-il réduire le brouillard cérébral ressenti chez les personnes atteintes d’un cancer qui ont reçu des traitements de chimiothérapie ? Voilà la question à laquelle tente de répondre le CRCLM en partenariat avec l’Opéra de Montréal. Le projet s’inspire du programme Action sociale et éducation sous la direction de Pierre Vachon, de l’Opéra de Montréal, dont le souhait est de développer un opéra santé de manière à ce que le chant d’opéra soit une avenue envisageable à certaines pathologies.

Pendant 24 semaines, les personnes recrutées pour la recherche participent à une chorale, sous la direction de la soprano et cheffe de chœur Myriam Leblanc. Une cohorte de 16 personnes a participé à l’expérience, le printemps dernier, et reprendra le chant choral cet automne. Ces personnes complètent une évaluation, avant et après chacune des séances et à quatre reprises pendant le projet, portant sur leur perception du brouillard cérébral, leur bien-être et l’expérience du chant choral. Le projet de recherche vise à étudier les effets du chant choral sur la santé physique et mentale, ainsi que sur la qualité de vie, et à mieux comprendre les mécanismes qui produisent ces effets.

Un apprentissage

Pour Christiane Fournier, les bienfaits de chanter l’opéra sont incontestables. « Les gens apprennent d’abord à lire la musique, explique la présidente de l’Atelier lyrique de Chambly. Cela stimule les neurones qui ne sont pas sollicités autrement. Aussi, d’après ce que j’ai expérimenté sur mes élèves et ce que j’ai lu, solliciter de nouvelles cellules permet aussi de lutter contre la maladie d’Alzheimer. »

Mais ce n’est pas tout. Pour Christiane Fournier, chanter l’opéra permet de travailler son corps sous divers aspects. « C’est une activité très physique ! Les chanteuses s’entraînent physiquement de manière régulière pour pouvoir tenir un spectacle. On travaille la posture de son corps avec une position de genoux légèrement fléchis. C’est la même que celle du taï-chi. Cela empêche de cambrer le dos. Avec le dos droit, l’air circule mieux dans le corps. De plus, en chantant, on inspire l’air en gonflant le bas du ventre afin d’en avoir le plus possible. On utilise ainsi davantage la capacité des poumons alors qu’en temps normal, on n’utilise que le haut. »

Chanter l’opéra permet aux individus de s’améliorer, selon Christiane Fournier, qui dresse un portrait complet des apports de cette activité. « La respiration est l’un des éléments les plus importants.

Parfois, certains de mes élèves arrivent en cours fatigués ou alors avec des problèmes en tête. Mais le fait de bien s’oxygéner permet au sang de mieux circuler et, par conséquent, le cerveau fonctionne mieux. Le côté tactile grâce au piano, la vue avec les partitions et le développement de l’écoute sont aussi travaillés. »

Véhiculer des émotions

Mais ce n’est pas tout. L’artiste assure que l’opéra va aussi chercher dans les émotions. « Une de mes élèves m’assure que le fait de chanter représente une thérapie pour elle, poursuit l’enseignante. Cela lui a permis de prendre énormément de confiance. Le stress est quelque chose de naturel. J’apprends à mes élèves à se concentrer davantage sur le plaisir et à faire plaisir aux autres. Certains de mes élèves bégaient mais chantent naturellement! J’avais une élève autiste qui a pu se développer et aller à l’université en développant une confiance énorme! Pour chanter, il faut sourire, j’insiste là-dessus. Le mime du sourire place la voix et c’est toute l’attitude du corps qui change. C’est ainsi que l’on ressent de la joie en nous. Pour moi, chanter l’opéra est un cadeau du ciel! »

Actuellement, peu de traitements pharmacologiques fermement établis ont démontré des effets bénéfiques sur la réduction du brouillard cérébral secondaire à la chimiothérapie, selon le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Montérégie-Centre. Cependant, un rapport de l’Organisation mondiale de la santé révèle que plusieurs interventions non pharmacologiques, telles que la rééducation cognitive, l’exercice physique et les interventions psychosociales, ont montré des résultats positifs. 

L’étude en cours est soutenue financièrement par la Chaire de recherche de Dominique Tremblay et la Fondation Hôpital Charles-LeMoyne. Les recherches scientifiques récentes indiquent que jusqu’à 75 % des personnes touchées par le cancer qui ont reçu de la chimiothérapie ressentent un brouillard cérébral pendant leurs traitements, affirme le CISSS. De 25 % à 35 % en subiraient les effets jusqu’à une dizaine d’années plus tard, ce qui affecte tous les aspects de la vie.