Chambly : 30 ans plus tard, On jase encore de toi

Le Chamblyen Samuel Busque, guitariste du groupe Noir Silence, revient sur l’immortelle chanson On jase de toi, qui célèbre ses trente années d’existence.

En 1995, les cinq p’tits gars de la Beauce lançaient la chanson On jase de toi. Noir Silence ne savait pas alors que le ver d’oreille deviendrait cet infatigable succès musical qui traverse le temps.

Trente ans plus tard, que ce soit autour d’un feu dans un camping ou transmise par un chansonnier dans une taverne, la chanson vit avec vigueur de multiples façons. Ce n’était pourtant pas son destin initial. Au départ, le groupe en était à ses premières compositions, fier de ses riffs musicaux élaborés. Jean-François Dubé, chanteur du groupe, débarque avec On jase de toi, opus ne nécessitant qu’un enchaînement qui implique quatre accords, aux sonorités country. « Il arrive avec ça, on lui dit «Man, oublie le concept! On n’est pas là!» », a recadré le reste du groupe.

Avec un peu de désinvolture, les gars ont tout de même joué la chanson et l’ont enregistrée au caméscope. « En studio, on en est venus à manquer de budget pour une chanson avec des cordes. Ils m’ont regardé et m’ont dit «Va jouer On jase de toi» », se fait dicter Samuel Busque. L’homme n’avait pas sa guitare. Il va en chercher une « toute croche », proposée sur place. « On envoie la toune à Montréal. Eux nous disent qu’il s’agira du premier extrait », relate presque en dépit Samuel Busque. Le groupe envisageait plutôt, à l’époque, À quel prix mon paradis. « Il n’y a à peu près que trois personnes sur la planète qui la connaissent. On voulait des tounes en 5/8 (rythme asymétrique), compliquées, des solos, avec des harmonies vocales accotées! », avançait alors le quintette. Force est d’admettre que Montréal avait vu juste.

Le tsunami musical

Le groupe reçoit l’idée générale pour faire un vidéoclip de la piste ciblée. En douze heures, le clip se tourne en autant de lieux différents. Les premières vagues de ce qui deviendra un tsunami naissent. La chanson devient numéro un en région. « Là, on se demande ce qui se passe », émet le guitariste, rencontré dans un café local. Noir Silence, jouvenceau, est invité à MusiquePlus, avec Véronique Cloutier à l’animation. Un directeur de programmation radiophonique de la métropole découvre alors la chanson. Le groupe devient premier à Montréal. « T’avais Glycerine (Bush), Backstreet Boys, et on se disait «C’est quoi, ça?» », replonge Samuel Busque. Le raz-de-marée déferle sur la province entière. « On était trop jeunes pour ce que l’on a vécu. Il y a tellement de choses que l’on aurait gérées différemment. Le fait que la chanson nous pète dans la face à 19-20 ans a apporté son lot de maladresses », estime-t-il.

« À quel point elle avait porté ombrage au reste du catalogue et à quel point elle avait été la remorque du catalogue. » – Samuel Busque

Sortir un précieux 

Une centaine de jours après la sortie de l’album, le groupe est en spectacle à Baie-Comeau. Jean-François Dubé, sous pression et anxieux, quitte la loge et traverse au petit bar en face. « Le chansonnier part On jase de toi, décrit Samuel Busque. On a comme compris qu’il y avait quelque chose qui ne nous appartenait déjà plus. »

Ils l’ont jouée d’innombrables fois, à un point tel que dans un festival, le public l’a exigée à trois reprises. S’est ensuivie la phase d’écœurantite. Une rencontre exclusivement dédiée à la chanson a été nécessaire. « On s’est déposés et on a philosophé. À quel point elle avait porté ombrage au reste du catalogue et à quel point elle avait été la remorque du catalogue. C’est étrange », convient le Chamblyen. Ils ont fait la paix avec la chanson et l’ont assumée à fond de train. « C’est comme sortir un précieux à chaque spectacle », compare Samuel Busque.

Pour lui, redécouvrir les divers lieux où le groupe s’est produit au fil du temps le nourrit. « Quand on part On jase, c’est quasiment un cover. Les gens ont presque l’impression que ce n’est plus notre toune », dépeint le musicien. Il confie qu’en préparation de chaque spectacle, le groupe joue la chanson avant de monter sur scène. « C’est un warm-up, mais aussi un désir de dire que l’on est encore là, et on se doit le respect, à nous-mêmes, d’être sur la coche. C’est une preuve d’amour sans précédent envers le métier. »

Se souvenir sans mémoire

En termes d’utilité sociale, Samuel Busque indique hypothétiquement qu’il aurait pu être intervenant, ambulancier, ou encore pompier. « J’ai l’impression que je n’ai pas aidé personne », laisse-t-il entendre. Puis, il se ravise à travers une anecdote. Il raconte qu’une infirmière a mis le groupe en liaison avec une femme ayant eu le cerveau abîmé, perdant la mémoire. Elle porte sur elle un tatouage de Noir Silence. L’infirmière fait savoir que la femme ne se souvient toutefois pas du groupe, mais que lorsqu’elle met une chanson de la formation, elle la chante entièrement. « Pardon!? », réagit Samuel Busque. Il est donc allé à sa rencontre, accompagné de sa guitare, au centre de soins. « Elle ne me reconnaît pas, ne sait pas mon nom. Je pars On jase. Un accord… elle l’a chantée au complet, sans se tromper », constate celui qui relativise désormais la notion de « l’utilité sociale ».

Une faim insatiable

La flamme en lui, qui a vacillé à diverses intensités, brûle encore. « J’ai l’impression d’avoir 19 ans. On dirait que le craving est perpétuel. Jamais rassasié sur le plan créatif. Ça n’arrête jamais. C’est une maladie », image-t-il, quant à savoir où il se situe musicalement. « On fait ça à la base, parce que l’on a un trouble. Il n’y a personne qui monte sur une scène et qui est normal, désolé », considère Samuel Busque. 

Il est à Chambly depuis 2008. Il met en valeur les opinions qui s’opposent, au sein de la ville, comme une marque d’intérêt de sa population envers celle-ci. À titre de membre du conseil d’établissement de l’école secondaire de Chambly, il en a été notamment témoin, de ces divergences, lorsqu’il a été question de rediriger des élèves hors du lieu en raison des travaux de réaménagement incomplets.