Comprendre les électeurs de Chambly

Comprendre les électeurs de Chambly

Philippe Mongrain , doctorant en Science politique à l’Université de Montréal.

Variant d’allégeance au gré des élections, la circonscription de Chambly peut être difficile à cerner. À l’approche des élections, la lutte dans le comté s’annonce serrée.

Un texte de Félix L-Gauthier

« Je dirais que les électeurs du comté de Chambly ne sont pas particulièrement souverainistes ou fédéralistes, de gauche ou de droite, mais votent plutôt de manière utile, lance d’entrée le doctorant en Science politique à l’Université de Montréal, Philippe Mongrain. J’ai l’impression qu’ils suivent la tendance, qu’ils vont voter pour un parti qui a une chance d’être au pouvoir. Mais évidemment, il s’agit d’une hypothèse. »

Pour le chercheur, la volatilité de l’électorat au Québec est un phénomène plutôt récent, qui est surtout observable depuis les élections générales de 2003 et de 2007, alors qu’une compétition tripartite s’est installée. Depuis, l’augmentation du nombre de partis offre plus d’options aux électeurs lors du vote, rendant la tâche plus difficile aux candidats.

Actuellement retraité et résidant dans la ville de Chambly depuis 51 ans, Paul témoigne d’ailleurs de cette réalité, alors qu’il hésite encore quant à son choix. « J’ai toujours voté pour le Parti québécois (PQ), mais mon vote pour les prochaines élections n’est pas encore décidé, confie-t-il. C’est embêtant, parce qu’il y a, selon moi, trois bons candidats à Chambly qui seraient tous ministrables. »

Informaticien, Claude, pour sa part, ne se considère pas comme partisan d’un parti particulier : « J’ai voté pour la Coalition Avenir Québec (CAQ), mais j’ai d’abord voté local, parce que je trouve que mon député [Jean-François Roberge] est excellent, qu’il nous représente bien et qu’il s’implique beaucoup. »

Diverses influences

Plusieurs facteurs peuvent influencer les électeurs à voter pour un parti ou un autre. Selon M. Mongrain, l’état de l’économie peut avoir une grande incidence sur les élections, alors que les citoyens vont se décider selon les performances du parti sortant : « Dans la plupart des démocraties occidentales, on remarque qu’il y a une diminution d’une influence de l’identification partisane, ce qui fait en sorte que les gens vont voter plus en fonction d’enjeux à court terme, des candidats, ou de l’économie. »

D’autres facteurs, tels que la perception d’un parti ou de son chef, peuvent également jouer. « C’est rarement un facteur marquant, mais la personnalité d’un chef peut aussi avoir une certaine influence sur les élections », remarque le chercheur. À cet égard, l’exemple de Jack Layton, au fédéral, ressort particulièrement, alors qu’il avait conquis le cœur des Québécois en remportant 59 sièges, dont celui de Chambly, en 2011.

« J’ai voté pour la CAQ aux dernières élections, mais par le passé, j’ai aussi voté pour le Parti libéral du Québec (PLQ) », dévoile Claude Loquet. Ce retraité, vivant à Chambly depuis près de 25 ans, ne se considère pas comme étant fidèle à un parti. « Ce sont les décisions, d’abord budgétaires, mais pour les autres domaines aussi, qui m’influencent. » Malgré son vote pour la CAQ, il se dit plutôt satisfait du bilan des libéraux lors des quatre dernières années.

À l’inverse, Édith, technicienne en pharmacie, n’en garde pas un aussi bon souvenir. « Je travaille dans le système de la santé, alors le Parti libéral ne m’a vraiment pas rejoint », rappelle-t-elle. Son vote penche plutôt pour le Parti québécois qui propose, d’après elle, des changements la touchant.

Une circonscription près des tendances

« Un aspect qui est intéressant dans le comté, en regardant les résultats des élections entre 1936 et 2003, est que les gens de Chambly ont presque toujours voté pour le parti qui a obtenu le plus de voix au provincial, constate M. Mongrain. Il n’y a qu’en 1956 et en 1998 où cela n’a pas été le cas, et pour 1998, les électeurs ont voté pour le PQ, qui avait néanmoins remporté les élections malgré le fait que les libéraux aient eu plus de voix. »

Par la suite, selon le chercheur, les électeurs de Chambly auraient eu tendance à voter pour une solution de rechange aux libéraux. La période entre 2007 et 2014 a ainsi vu une alternance entre l’Action démocratique du Québec (ADQ), le PQ, et la CAQ.

« Si on suit ces tendances, poursuit M. Mongrain, la CAQ aurait selon moi de bonnes chances de l’emporter dans Chambly, alors qu’au provincial, elle est nez à nez avec les libéraux et semble avoir une chance de former le prochain gouvernement. » Une tendance qui en est peut-être à sa dernière itération, avec l’engagement conjoint de la CAQ, du PQ et de Québec solidaire d’abolir le mode de scrutin uninominal à un tour, actuellement utilisé, pour le remplacer par un système proportionnel.