Bleu Red : L’artiste à ne pas mettre dans une case

Par Chloé-Anne Touma
Bleu Red : L’artiste à ne pas mettre dans une case
L'artiste Bleu Red et son nouveau single, On s'éclate. (Photo : courtoisie : Olivier Coté)

Jonathan Chartrand Carbonneau, alias Bleu Red, est un artiste musical complet. Celui qui s’est fait connaître lors de la saison 8 de La Voix n’a pas chômé depuis. L’auteur-compositeur-interprète et arrangeur de Chambly, mais originaire de Saint-Hubert, nous propose de nouvelles chansons en format single, qui promettent de plonger les auditeurs dans son univers coloré mais profond.

Parmi les nouveaux morceaux, on compte On s’éclate, une pièce mélangeant à la fois des éléments pop et hip hop, et mariant une voix caméléon à ses harmonies, à la fois chaudes et fraîches, soutenue par de la percussion à maillet ou une dérivée.

L’artiste ne souhaite pas être associé à un genre musical, car sa musique naît d’un processus créatif indépendant des codes de l’industrie. « Je n’adhère pas du tout au concept des genres musicaux. Je pense que le message à passer aux artistes en général, c’est qu’il n’ont pas à se conformer en choisissant un style pour plaire à l’industrie ». Bleu Red, qui n’est associé à aucun label en ce moment, préconise l’autoproduction.

Autodidacte et fier de l’être

Ses dernières productions, qui se veulent un peu plus hip hop que son album Les moyens du bord, sorti en 2019, sont coréalisées avec un ami et collaborateur de longue date, Sébastien Gravel, aussi de la région. Ensemble, ils forment un duo « de rats de laboratoire » dans leurs studios respectifs, qui, contrairement à ceux des grosses maisons de production, sont essentiellement constitués d’un ordinateur et d’un synthétiseur. L’artiste de 36 ans explique que « la technologie a beaucoup évolué depuis les années 2000 et l’autoproduction se veut donc beaucoup plus accessible ».

Artistes complets et autodidactes, Jonathan et Sébastien ont appris à faire de la musique par eux-mêmes et à suivre leur instinct. « C’est vraiment intrinsèque. On a une compulsion à faire de la musique depuis qu’on est tout jeunes. Les dernières productions sont surtout arrangées par Sébas et j’ai enregistré des mélodies vocales, que j’y ai ajoutées. Ensuite, il en a fait la réalisation et l’on s’est entendus sur la direction à prendre. J’ai une confiance totale en son instinct. Plus je le laisse donner libre cours à ses idées, plus je suis content du résultat. »

« Je pense qu’en tant qu’artiste, on est d’abord et avant tout un produit. » – Bleu Red

Une identité choisie et affirmée

C’est un long processus qui a mené au choix de son nom d’artiste. « Je voulais que ça représente quelque chose qui dépasse l’identité de ma personne. Je pense qu’en tant qu’artiste, on est d’abord et avant tout un produit. » Pour Jonathan, le nom Bleu Red peut être évocateur d’une pluralité de choses et est un clin d’œil au terme anglophone « blurred », qui signifie « brouillé » ou « flou », justement. Le bleu et le rouge renvoient à la culture des Canadiens français, mais ont aussi une connotation politique propre « à une conception politique valable à l’échelle de la planète », puisque ce sont les couleurs associées aux oppositions politiques la plupart du temps.

À la question identitaire et linguistique posée afin de savoir s’il sent une pression sociale à devoir franciser son contenu, il répond que le choix du nom Bleu Red émane aussi de ce questionnement et de son désir de ne jamais se censurer. « Je considère que je fais partie de ces gens qui font attention à ne blesser personne dans leur manière de dire les choses, c’est pourquoi je me permets d’être qui je suis et d’écrire ce que je veux. »

Garder son indépendance

« Lorsqu’on est indépendant, il faut travailler beaucoup plus fort que tous ces artistes signés par un label », explique Jonathan. « Il faut être omniprésent, on n’a pas le choix! Il y a un double standard au Québec. Nous avons un marché musical qui est très subventionné, mais beaucoup d’artistes qui reçoivent ces subventions ne génèrent pas nécessairement autant de retombées que des artistes indépendants comme White B, par exemple. »

L’artiste est aussi conscient des inégalités associées aux redevances et des risques de se faire déposséder de sa propriété intellectuelle. « Jamais je n’accepterais de me départir de 50 % de mes éditions sur mes masters pour les octroyer à un label, même s’il s’agissait de Warner Bros., car j’ai des convictions. Le label qui verra ma valeur saura me faire une proposition intéressante et juste. Un label n’existe pas sans artistes. »

Son expérience à La Voix

Toujours avec un ton assuré et beaucoup de lucidité, Jonathan fait le point sur son passage à La Voix. « Pour mon audition à l’aveugle, j’avais choisi une chanson qui m’avait été déconseillée pour plusieurs motifs, mais j’ai privilégié mes convictions en restant fidèle à mon choix, en faisant fi du reste. Les gens ont tendance à adhérer à ce qui est populaire. Ils écoutent la musique avec leurs yeux. Je m’en suis rendu compte à La Voix en le vivant, mais je m’en étais déjà un peu aperçu avant cela, rien qu’en voyant des artistes québécois que j’admire se démener pour se faire connaître. »

Lorsqu’on lui demande de nommer les artistes du Québec qu’il apprécie, les noms Souldia et Daniel Bélanger sont évoqués. Il dit être plus admiratif des artistes issus d’un courant plus lointain. « Je n’ai rien contre Cœur de pirate et les autres nouveaux, mais souvent, je trouve que leur proposition manque de contenu. »

Une nouvelle chanson toutes les deux semaines

La pandémie n’a pas fait obstacle aux ardeurs créatives de Bleu Red, puisqu’il est demeuré productif. Il s’est donné le défi de produire et de sortir une chanson un vendredi sur deux depuis le 31 juillet. En avril, il sortira une nouvelle chanson chaque semaine.

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