Sainte-Angèle-de-Monnoir : choisir entre un projet immobilier ou un bar

Patrick Robert, conseiller municipal à Sainte-Angèle-de-Monnoir, a laissé savoir qu’un bar occuperait son terrain si le projet résidentiel, dont il est le promoteur, ne passait pas.

Dix logements, répartis dans trois bâtiments, verront le jour sur un terrain appartenant à Patrick Robert, conseiller municipal de Sainte-Angèle-de-Monnoir. Pour réaliser son projet, il devait passer par une demande de projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI), car, selon le règlement municipal, l’espace ne peut contenir qu’un seul bâtiment.

Des citoyens du secteur se sont opposés au projet dans sa forme actuelle, notamment en raison de sa densité et du nombre de cases de stationnement prévues. Ils ont donc utilisé les mécanismes prévus afin de demander la tenue d’un référendum. Pendant cette mobilisation, M. Robert a installé sur son terrain une pancarte sur laquelle est écrit « À louer pour futur bar ».

Les citoyens, contre le projet résidentiel, se disent préoccupés par cette façon de faire. « Pour nous, le message envoyé est difficile à ignorer : si le projet résidentiel n’est pas accepté, la propriété pourrait plutôt accueillir un bar en plein cœur de ce quartier familial. S’agit-il d’une tentative d’intimider ou d’influencer des citoyens qui exercent leur droit de s’opposer au projet et de demander un référendum? », questionnent-ils.

Pourquoi un bar

Patrick Robert assure que son intention n’était pas d’intimider. Il soutient que, selon l’état du bâtiment, seul un bar aurait pu y être exploité. « Devant l’opposition, on (avec sa conjointe, Lise Dufour, aussi conseillère municipale) a décidé que, si le projet ne marchait pas, on allait faire un bar, car on ne peut rien faire d’autre avec ça », estime-t-il.

Auparavant, il louait le bâtiment à une femme qui exploitait un restaurant. Le conseiller municipal affirme que ce n’était pas viable financièrement. Le zonage du terrain permettrait une station-service. « Je ne peux pas faire de station-service avec dépanneur. Ça nuirait à d’autres commerces du genre et je ne pense pas que les voisins auraient aimé le bruit de 6 h à 23 h », décrit-il. L’ouverture d’un bar pourrait occasionner du bruit jusqu’à 3 h du matin. À cela M. Robert indique qu’ « il aurait fermé à 23 h. Avec les trails de VTT (véhicule tout-terrain) et de motoneiges pas loin, on avait un marché pour. Ça aurait été un petit bar de campagne », explique M. Robert. « Sa formulation, sa présentation et surtout le moment choisi pour installer la pancarte nous semblent suffisamment inhabituels pour mériter que l’on s’interroge, particulièrement lorsque tout cela provient d’un élu directement intéressé financièrement au projet faisant l’objet de la démarche citoyenne », considèrent les citoyens regroupés.

Le projet passe

Les signatures nécessaires afin de demander un référendum avaient été obtenues de la part des citoyens. Lors de la séance du 18 août dernier, le conseil municipal a décidé d’utiliser les nouveaux pouvoirs accordés par la Loi 22 afin de permettre au projet immobilier de cheminer sans tenir le référendum demandé par les citoyens. « On ne voulait pas faire de référendum et occasionner des frais pour les concitoyens », déclare Caroline Channell, mairesse de Sainte-Angèle-de-Monnoir.

Au lieu de dix cases de stationnement, le projet est passé à quinze. Il a donc été approuvé ainsi. « On a besoin de logements, comme tout le monde. Ça ne fait pas l’affaire de tous, mais, à un moment donné, il faut regarder l’ensemble de la population. Une petite municipalité doit être créative et trouver des façons de générer des revenus. Ma priorité, c’est d’assurer la pérennité et l’autonomie de la ville », rappelle Mme Channell. « À quoi sert le droit des citoyens de demander un référendum si, une fois les signatures obtenues, la Municipalité peut décider de le contourner? », se demandent les citoyens.

Caroline Channell assure que la déontologie a « été respectée » et que Lise Dufour et Patrick Robert se sont retirés des conversations lorsque nécessaire. La mairesse est catégorique. Elle n’aurait pas souhaité voir s’implanter un bar au cœur de Sainte-Angèle-de-Monnoir.