Saint-Mathias-sur-Richelieu : un facteur particulier
Saint-Mathias-sur-Richelieu compte sur son territoire l’un des rares facteurs d’orgues au pays. François Desautels s’occupe actuellement de l’agrandissement de celui de la paroisse pour les cent ans de l’instrument.
Qui de mieux qu’un paroissien pour améliorer l’orgue de l’église de Saint-Mathias? François Desautels habite à la limite de Saint-Mathias-sur-Richelieu et occupe une profession particulière. « Je suis facteur d’orgues. Mon rôle est de construire ou de rénover ces instruments. Habituellement, je pars aux États-Unis pour réaliser les projets, mais cette fois, je serai à cinq minutes de chez moi. »
La paroisse de Saint-Mathias souhaite agrandir son orgue pour le centième anniversaire de ce dernier. Les regards se sont donc naturellement tournés vers François Desautels, qui a fini récemment un instrument destiné à une université en Géorgie.
« L’originalité de l’orgue de Saint-Mathias est le fait que nous étions partis avec des moyens limités. Mais un jour, un mécène est arrivé en affirmant qu’il allait assumer les frais. Nous avons donc revu notre copie et l’orgue sera plus de trois fois plus grand que l’actuel. Dans cette amélioration, nous allons garder le buffet, le clavier et les tuyaux qui sont originaux. Nous allons aussi revenir au mécanisme intérieur original. Il passera à 20 jeux de 61 notes, alors qu’il ne compte que 6 jeux actuellement. »
Un travail de longue haleine
Cette amélioration vise un but en particulier. « Il sera possible d’obtenir davantage de couleurs dans la musique. Le but n’est pas d’en mettre plein les oreilles aux paroissiens, car c’est quand même un endroit de recueillement, affirme le facteur. Il devrait être prêt au printemps. L’orgue précédent avait demandé deux ans de travail. »
François Desautels préfère travailler seul. « D’un côté, l’offre n’est pas nombreuse, mais la demande non plus. Nous sommes quatre au Canada. Avec mes commandes actuelles, je peux voir trois ans devant moi. Travailler en solo est un choix et comme cela, je suis toujours occupé. Quand j’en ai assez de faire du bois, je travaille du métal, ou l’inverse. J’apprécie beaucoup ce côté de travail à la maison puisque mon atelier est dans mon garage. Enfin, le contact avec les gens est toujours agréable. L’achat ou la rénovation d’un orgue est l’œuvre d’une volonté d’une communauté et c’est un rapport privilégié, car l’instrument est attendu. »
Le métier de facteur d’orgues est devenu une vocation pour François Desautels. « J’ai étudié en lutherie. Mon père était garagiste et comptait un fabricant d’orgues parmi ses clients. Il avait un atelier à Mont-Saint-Hilaire et j’ai pu l’assister en tant qu’apprenti. Il m’a appris le métier et j’ai pu ensuite m’établir à mon compte. Il faut savoir que c’est une vieille profession et que les écoles sont très rares. Aujourd’hui, cela fait 30 ans que je fais ce métier. »
Une demande présente
Pour réussir dans cette profession, la patience est de mise. « C’est l’une des qualités exigées, reprend le Mathiassois. Il faut surtout être méticuleux. Le moindre faux pas peut engendrer une différence dans la sonorité et l’organiste pourra dire qu’il ne peut rien faire avec cela. »
Bien que facteur d’orgues soit un métier comptant plusieurs centaines d’années d’existence, le professionnel assure qu’il ne craint pas la crise. « C’est vrai que l’on ferme plus d’églises au Québec que nous en ouvrons. Mais l’orgue a un bel avenir, car il existe encore beaucoup de projets de restauration.
Pour les musiciens, être organiste est intéressant, car on peut trouver de l’emploi dans les églises, lors de concerts, ou en enseignement. »


