Saint-Mathias-sur-Richelieu : libération conditionnelle refusée à Normand Brunet

C’est un sentiment de soulagement qui habite la Carignanoise Claudette Lamothe, qui a vu la demande de libération conditionnelle de Normand Brunet, son agresseur, être refusée par la Commission des libérations conditionnelles du Canada.

Au terme d’une audience de plus de trois heures, la Commission a refusé la libération conditionnelle du Mathiassois Normand Brunet. Elle est d’avis qu’il représente un « risque inacceptable », par la récidive, pour la société, et que sa mise en liberté « ne contribuera pas à la protection » de celle-ci. « Je me suis sentie soulagée. Je me suis dit que j’avais une autre année de tranquillité devant moi », affirme Claudette Lamothe, l’une des victimes de Normand Brunet. Celui-ci pourra reformuler la même demande l’an prochain. 

Aperçu de la peine

Âgé de 65 ans, Normand Brunet purge, depuis février 2023, une peine d’emprisonnement d’une durée de huit ans. Contacts sexuels et incitation à des contacts sexuels à l’égard d’une personne âgée de moins de 16 ans, agression sexuelle, agression causant des lésions corporelles, voies de fait et harcèlement criminel sont reprochés à l’ancien assistant-entraîneur de l’équipe midget Espoir du Collège Français de Longueuil.

Claudette Lamothe a été en couple avec le coupable pendant un peu moins de 10 ans. En mars dernier, elle apprenait que la demande de libération aurait lieu en juin. « C’était un mélange d’émotions : l’anxiété de revivre ces moments mêlée à la peur qu’il soit libéré », exprime-t-elle.

Vivre avec la crainte

Claudette Lamothe se préparait mentalement à l’éventualité que Normand Brunet soit remis en liberté. « S’il était en liberté, je serais inquiète, je serais sur mes gardes, j’aurais peur. Je vivrais aussi avec la crainte qu’il fasse d’autres victimes », confie-t-elle. Elle préparait une liste de restrictions, notamment géographiques, afin que son agresseur ne gravite pas autour de sa périphérie. Elle souhaitait aussi qu’un bracelet antirapprochement lui soit attribué. 

Faire face à l’agresseur

Avec le soutien du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC), Mme Lamothe a présenté sa déclaration lors de l’audience, devant la Commission, qui se déroulait sur Zoom. Elle a fait face visuellement à son agresseur. Elle soulève que la rage et la colère ne la consument plus. « Je vois que c’est une personne qui est malade. Il a besoin de soins », remarque la femme de 60 ans. Elle soutient que le processus d’audience a ajouté à sa libération intérieure.

En 2019, soit 15 ans après sa séparation de Normand Brunet, elle a dénoncé les sévices qu’elle a vécus. C’est en voyant, à la télévision, l’arrestation du Mathiassois en raison de contacts sexuels sur une personne d’âge mineur que Mme Lamothe a décidé d’agir. Trois ans se sont écoulés entre la dénonciation et le verdict de culpabilité. C’est un long combat ayant habité son quotidien qu’a mené Claudette Lamothe.

Au début de sa sentence, Normand Brunet a été en appel de sa condamnation sur tous les chefs d’accusation. Toutefois, l’appel en lien avec les délits de nature sexuelle envers une mineure avait été rejeté en mars 2024. Il en avait été de même pour celui en lien avec la violence conjugale, en juin 2024.

S’aimer et s’accepter

Malgré les séquelles, Mme Lamothe s’est reconstruite. En février 2023, elle effectuait un retour professionnel progressif à titre d’éducatrice. Elle travaille désormais à temps plein. « Je suis revenue tellement forte, avec la confiance en moi. Même mes collègues me disent que je ne suis plus la même femme », décrit celle qui évoque ressentir une joie de vivre.

Plus le temps avance, plus ses séances de thérapie s’espacent. « J’ai une belle vie. Je m’aime. Je m’accepte. C’est tellement libérateur. J’encourage d’autres femmes à dénoncer et à ne pas garder ça en dedans », insiste-t-elle.

Tendre la patte

À travers cette guérison, la sexagénaire met l’accent sur la présence de Kyna, bouvier des Flandres, une femelle âgée de cinq ans. La chienne s’est greffée à sa vie, au coeur de ses démarches de dénonciation, pendant la pandémie. « On était coupés du monde. Je ne pouvais pas voir mes amis dans un moment où j’en avais vraiment besoin. J’ai cherché une main, mais j’ai trouvé une patte. Elle m’a apporté du réconfort. Je pense qu’elle a senti ma peine, ma détresse », estime avec émotion Claudette Lamothe.

La femme entend mener le reste de sa vie sur une note de positivité. « Il m’a volé ma vie privée pendant douze ans. Aujourd’hui, j’ai le droit à plus de deux ans de paix. Aujourd’hui, il ne m’atteint plus avec ce qu’il peut dire ou penser », considère-t-elle.