Rouville : la MRC prend le relais de la francisation

Des migrants du territoire de Rouville ont récemment reçu un diplôme pour leurs progrès en français. Une méthode motivante dans un contexte où la francisation est compliquée en région.

Alicia Bessette n’a pas hésité longtemps. Enseignante en francisation, elle confie avoir rapidement contacté les responsables du projet Notre Français – osons le parler ensemble dès qu’elle a vu une annonce demandant des enseignants. Le but est d’animer un cours de francisation sur le territoire de Rouville. « Je suis enseignante en francisation pour les adultes depuis huit ans, confie-t-elle. Mon partenaire de vie est aussi en provenance de l’immigration. Grâce à tout cela, j’ai pu m’apercevoir combien il est difficile pour un migrant de s’intégrer. » Rapidement, la jeune femme a pris la tête d’une classe d’une douzaine d’élèves, un soir par semaine durant trois mois, afin de leur permettre de progresser en français.

Derrière cette initiative figurent la MRC de Rouville et Kana Yokoo, chargée de projets à Intégration Compétences, structure aidant l’intégration dans la société. « À la suite de la fermeture de classes de francisation, l’initiative Notre Français – osons le parler ensemble a permis à davantage de migrants d’avoir accès à l’enseignement, poursuit Alicia Bessette. Il est intéressant de voir que les villes de la région se sont levées pour permettre l’ouverture de nouvelles classes. »

L’enseignante parle plusieurs langues. Mais face à un public venant de différents horizons, il est difficile de parler autrement que le français. « Si je parle bien espagnol, par exemple, je ne peux pas m’exprimer ainsi, car tous les élèves ne seraient pas sur un pied d’égalité, affirme-t-elle. Même lorsque l’élève a 0 % de connaissance en français, il faut continuer à parler ainsi. On s’en sort avec les gestes ou les expressions faciales. À force de persévérance, de patience et d’écoute de l’autre, on progresse. Comme l’élève est dans un contexte extérieur en français, il arrive un moment lors duquel l’apprentissage se facilite. »

C’est ainsi que les élèves gagnent, au moins en partie, de l’autonomie pour s’exprimer en société. « Pour cela, deux ateliers ont été créés, précise Kana Yokoo. Le premier est intitulé Café du monde. Il permet aux migrants de tous horizons de se réunir pour parler de leur pays respectif et de voir quelles sont leurs réalités au Québec. Cela permet des échanges. En parallèle, un deuxième atelier offre la possibilité d’utiliser le français dans des situations concrètes. Cela permet de favoriser l’inclusion et l’autonomie. »

Récompense

Au bout du compte, une quarantaine de participants ont obtenu leur diplôme en français. Si la portée est symbolique, puisqu’aucune équivalence n’est encore proposée, le document est tout de même signé de la main du préfet de Rouville, Sylvain Casavant. « Le fait qu’il y ait un diplôme au bout est davantage motivant pour les élèves, assure la chargée de projets. Ils ont osé parler en français et nous tenons à les féliciter pour cela. Ils ont montré beaucoup de persévérance en partant d’un niveau débutant, voire intermédiaire. » En soirée de semaine, les élèves se sont réunis pour des sessions de 1 h 30 à 2 h dans des locaux à Marieville et à Saint-Césaire.

« Ces cours ont permis d’offrir plus de places à des horaires permettant de concilier les vies professionnelle et familiale, » approfondit Kana Yokoo. Après le succès de cette première édition, les organisateurs espèrent pouvoir reconduire cette initiative.

« Pour cela, il faut trouver les fonds, reconnaît Kana Yokoo. Pour l’instant, il n’y a pas d’équivalence, car c’est un projet pilote d’une durée de trois mois. On pourrait aussi proposer d’autres niveaux. »

À ce titre, la migration à Rouville existe, et pas seulement en agriculture. « Nous avons effectivement beaucoup d’hispanophones, confirme la chargée de projets d’Intégration Compétences. Le secteur industriel attire aussi des étrangers venant d’Amérique latine et du Sud, mais aussi d’Afrique ou d’Asie. »

L’obstacle de la langue amène plusieurs défis à remonter. « Outre les échanges professionnels, une personne ne peut échanger avec une autre. Par conséquent, il est difficile de s’int

égrer dans la société. C’est pour cela, d’ailleurs, que nous avons créé l’atelier Café du monde. »