Rougemont : un marché local à valoriser

Des chaînes de supermarchés ont opté récemment pour des légumes chinois. Marielle Farley, agricultrice à Rougemont, réclame que ces acteurs se tournent vers le marché local.

Des carottes chinoises dans les rayons des supermarchés québécois? L’idée peut paraître curieuse, mais le prix affiché est alléchant, en dessous de 2 $ la livre. Une concurrence malvenue, selon Marielle Farley, propriétaire d’une exploitation agricole à Rougemont. « On parle des carottes chinoises, mais j’ai encore un stock de courges alors que plusieurs acteurs du marché se tournent vers la courge du Mexique. Les fraises et le maïs sont touchés aussi. »

Cette préférence à l’international n’est pas nouvelle pour l’agricultrice, qui dénonce cette situation. « C’est vraiment triste, reprend-elle. Tout le monde parle d’achat local, mais les chaînes et les grossistes préfèrent se tourner ailleurs pour le prix. Et pourquoi ce prix est plus intéressant? Parce que les autres pays veulent entrer dans le marché canadien en cassant les prix. Comment font-ils pour être aussi intéressants financièrement? En baissant le revenu du producteur. »

Marielle Farley estime que les pouvoirs publics pourraient faire davantage pour protéger les producteurs montérégiens et québécois. « C’est facile de payer 3 ou 4 $ de l’heure les travailleurs qui sont dans les champs. Mais les normes de salubrité et les conditions de travail sont-elles les mêmes que chez nous? Nous devons payer un salaire minimum, la CNESST… Il existe même des règles pour l’environnement. Il suffirait que ces droits soient appliqués aux douanes et ce phénomène n’arriverait pas. »

Relève agricole

Active depuis des décennies sur Rougemont, Marielle Farley s’inquiète désormais pour la survie de la profession. « Je ne sais pas comment va faire la relève agricole. Pourquoi ne pas vouloir payer le vrai prix? Il n’est pas exagéré, en plus! Est-ce normal de privilégier un légume dans une autre partie du monde alors qu’il est déjà présent dans notre cour? Entre cela et le prix des terres, c’est sûr que notre relève agricole est difficile à trouver. »

Cette saison pourrait s’annoncer bien, mais le prix de l’essence met déjà des bâtons dans les roues des agriculteurs. « C’est une année plus stressante qui va décoller, reconnaît Marielle Farley. Mais le prix de l’essence pourrait être finalement une bonne chose pour nous, puisque le prix des transports internationaux va augmenter. Mais faut-il vraiment cela pour mettre en valeur nos produits? »