Richelieu : hausse de 12,9 % du compte de taxes : une pilule dure à avaler

Jacques Ladouceur, maire de Richelieu, évoque le maintien de taxation bas sous son ère antérieure à titre d’hypothèse menant à la hausse actuelle moyenne de 12,9 %.

« C’est le pire budget que je n’ai jamais fait », a admis Jacques Ladouceur, maire de Richelieu, lors de la séance du conseil municipal du 20 janvier dernier. Il avait déjà présenté le budget 2026 en séance extraordinaire le 7 janvier. Pour une seconde fois, M. Ladouceur a justifié à ses citoyens les diverses raisons menant à la hausse moyenne de 12,9 % au compte de taxes. « Est-ce que l’on n’a pas taxé assez dans les années d’avant? C’est la question à se poser. Je me pointe du doigt, là. Les 16 années que j’étais là, on a maintenu un taux de taxation bas. Aurait-il fallu aller plus haut et se créer des réserves? Peut-être que c’est ça, le problème », remet en question le premier magistrat de la Ville. 

Sources de revenus à trouver

« Le travailleur moyen ne fait pas 12,9 % d’augmentation. Ça va lui prendre trois ans d’augmentation de salaire seulement pour payer son surplus de taxes de cette année? », questionne un citoyen lors de la séance. Il craint des hausses potentielles pour les années postérieures. « On va finir par étrangler le monde. Je suis inquiet pour l’avenir », révèle-t-il quant à l’absence de sources de revenus mises de l’avant par les élus municipaux.

En matière de nouvelles sources de revenus, Jacques Ladouceur soulève notamment l’idée que la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent pourrait augmenter son nombre d’infractions remises. « On a des policiers qui donnent 5 M$ d’amendes par année depuis dix ans. Est-ce possible de faire un petit effort supplémentaire et de donner une contravention, que je nommerais une taxe volontaire, lorsque quelqu’un décide de passer sur une rouge? »

Comparer avec du concret

Les citoyens comparent Richelieu avec ses villes avoisinantes, Marieville et Saint-Mathias-sur-Richelieu, qui ont respectivement présenté une hausse moyenne de 3,48 % et de 6,73 %. Le maire se défend en mettant de l’avant le taux de taxation. À Richelieu, le taux de taxation est de 0,4892/100 $ d’évaluation. Il se situe à 0,5872/100 $ pour Marieville, et à 0,4985/100 $ pour Saint-Mathias-sur-Richelieu. « Quand on compare ainsi, on est encore dans la game », estime Jacques Ladouceur. « Le commun des mortels ne regarde pas son taux de taxation : il regarde l’augmentation globale qu’il paie. Ce que l’on compare, c’est ce que l’on paie vraiment. C’est dans le concret », recadre un citoyen au micro. 

À Marieville, pour rester « dans le concret », la hausse de taxes moyenne représente 109,41 $ de moins dans les poches des citoyens. À Saint-Mathias, le citoyen moyen vit une hausse de 177 $. Pour Richelieu, il s’agit de 445,85 $. « Il faut relativiser aussi. On parle d’une hausse moyenne de 500 à 600 $ par année. Si l’on divise ça par jour, c’est environ deux piastres. Oui, c’est deux piastres de moins dans les poches du contribuable, je suis d’accord, mais encore là, ce n’est pas 12,9 % de tous les revenus », dit Jacques Ladouceur. Il nuance. « Je ne dis pas que l’on doive accepter ça en se félicitant et que l’on continue en se disant que tout va bien. Il y a des efforts à faire et on se donne l’année pour les faire. »

Des coupures sont-elles à prévoir? « Il faut savoir ce que l’on va commencer à prioriser », résume le maire, après la présentation du budget. Dans sa vision d’économies, il met en reflet les dépenses liées à la fête nationale du Québec. « C’est une tradition à Richelieu, mais dans le fond de roulement, on parle de 60 000 $. Va-t-on couper là-dedans et devenir une ville fade? Va-t-on permettre des constructions de tous genres pour des revenus supplémentaires et défigurer notre ville? Il ne faut pas paniquer, il ne faut qu’aller au bon rythme. »

Un PTI modéré pour 2026

Au Programme triennal d’immobilisations (PTI), il n’y a pas de gros projets prévus pour 2026. En bref, 3,6 M$ et 3,3 M$ sont prévus pour 2027 et 2028, pour la mise aux normes des infrastructures d’un secteur du troisième district. Les chemins des Patriotes et de la Savane requièrent aussi d’importants travaux qui ne sont pas comptabilisés en 2026. « Quand on regarde les dépenses pour nos infrastructures dans les prochaines années, ce sera très difficile de ne pas vivre d’autres hausses de taxes », prévoit un citoyen. 

Une compensation à oublier?

Le maire richelois revient sur la fin du Programme de compensation aux municipalités rurales pour la protection du territoire agricole, une entente entre Québec et la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Auparavant, Richelieu recevait approximativement 250 000 $ de Québec, ainsi que le même montant de la part de la CMM. En 2025, Québec a retiré sa participation. Il en a été de même de la part de la CMM pour 2026. « Je ne comprends pas pourquoi elle (CMM) l’a abolie. La meilleure façon, c’est d’aller chercher une compensation à la CMM. Je pense que l’on est bien placés. On l’a déjà fait dans le passé. Je ne vois pas pourquoi on ne serait pas capables de le refaire », mentionne le maire, qui envisage faire des représentations politiques à ce sujet.

La CMM fait savoir au journal qu’en 2025, lorsque Québec a indiqué ne pas avoir l’intention de poursuivre sa participation au programme de compensation, la CMM a choisi de financer seule sa part. Elle « restait optimiste » à l’idée que le gouvernement renouvellerait le programme par la suite. « Québec a plutôt clairement signifié qu’il ne souhaitait plus financer le programme. Nous en sommes donc venus à la conclusion que le programme de compensation devait évoluer », estime la CMM. Pour l’année 2026, le conseil de la CMM a décidé de dédier l’enveloppe budgétaire du même montant au logement social. « C’est l’enjeu le plus criant en ce moment, partout dans le grand Montréal. D’ailleurs, plusieurs municipalités rurales bénéficient de ces fonds présentement », indique le regroupement de 82 municipalités. 

La CMM affirme « continuer d’explorer » de nouvelles avenues, en plus du partenariat financier, qui permettraient de pallier le retrait du financement gouvernemental. « Notre conseil souhaite trouver une solution pérenne, mais les défis et les contraintes financières sont importants en ce moment, tant du côté du gouvernement du Québec que de notre côté et celui des municipalités », soutient-elle.

En octobre dernier, le conseil de la CMM avait adopté une résolution invitant la ministre des Affaires municipales, Geneviève Guilbault, à discuter d’un nouveau partenariat financier qui permettrait de soutenir les municipalités rurales. « La demande est toujours à l’étude », dit la CMM. Dans l’intervalle, Mme Guilbault a annoncé son départ de la vie politique à la fin de son mandat.