Richelieu : un projet de déménagement de l’hôtel de ville à clarifier
La Ville de Richelieu va de l’avant avec le Règlement d’emprunt de 7,5 M$ dans le but d’acquérir le bâtiment qui deviendrait son prochain hôtel de ville et bibliothèque municipale, devant une portion de citoyens incrédules.
La salle du conseil municipal était pleine à Richelieu lors de l’assemblée extraordinaire de la semaine dernière. Les élus étaient rassemblés pour voter sur le règlement décrétant une dépense et un emprunt de 7,5 M$ pour l’acquisition et la rénovation d’un nouvel hôtel de ville. Il se trouverait à l’édifice de la Caisse Desjardins de Rouville. En devenant propriétaire de cet immeuble, la Ville y aménagerait plus tard la nouvelle bibliothèque municipale.
« La subvention, moi, j’y crois, on va l’avoir. » – Claude Gauthier
De ce montant, 3,3 M$ sont dédiés à l’achat de l’immeuble. L’estimation préliminaire des travaux s’élève à 2,2 M$. En tout, 10 % sont ajoutés pour les imprévus, 10 % pour les honoraires professionnels et 10 % de frais de financement.
La Ville explique que ce projet de déménagement « offrira à la population un lieu moderne, accessible, durable et mieux adapté aux besoins actuels. Il permettra notamment d’accueillir les personnes à mobilité réduite dans des installations entièrement conformes, incluant une salle du conseil accessible à tous ».
Il rassemblera les employés municipaux tout en relocalisant la bibliothèque municipale.
À l’issue de la présentation du projet et des commentaires énoncés par les citoyens sur place, quatre élus sur sept ont voté en faveur de l’emprunt.
Période de questions animée
Plusieurs citoyens présents ont soulevé qu’il manquait des « données financières considérables » après la présentation du projet. Concernant l’hôtel de ville, une demande de subvention a été déposée dans le cadre du Programme d’amélioration et de construction d’infrastructures municipales (PRACIM). Selon les critères, jusqu’à 60 % des coûts admissibles pourraient être couverts. « C’est une partie de l’immeuble, excluant le terrain, et les travaux d’aménagement pour en faire un hôtel de ville. Ce n’est pas si on a la subvention ou pas. La question, c’est quel sera le montant », avance la Ville.
En second lieu, la Ville espère toucher une subvention concernant la bibliothèque municipale. Pour être considérée, la bibliothèque doit avoir un volume de 5 000 pieds carrés. « On étudie les possibilités pour les subventions. On sait qu’il y a des appels de projets qui approchent et on s’y prépare », identifie la Ville.
Le maire compare ce projet avec celui de la caserne de pompiers. La construction de la caserne était estimée à 4,6 M$. Richelieu avait alors bénéficié d’une aide gouvernementale d’un peu plus de 3 M$ pour construire sa nouvelle caserne. « La subvention, moi, j’y crois, on va l’avoir. J’ai de l’information qui est favorable sur les subventions à venir pour l’hôtel de ville et, également, possiblement pour la bibliothèque », a indiqué Claude Gauthier, maire de Richelieu, lors de la séance extraordinaire.
La Ville affirme que Desjardins s’installerait dans ses anciens locaux à titre de locataire pour au moins cinq ans. Richelieu mentionne que l’institution financière paie environ 67 000 $ de taxes annuellement à titre de propriétaire. Pour l’instant, la Municipalité ne dévoile pas combien il pourrait en coûter à Desjardins pour louer l’espace.
Un achat hâtif
Claude Gauthier considère « faire une bonne affaire » en achetant de Desjardins son immeuble à 3,3 M$. Il fait part que cette somme provient de l’évaluation de 2019. Il soutient toutefois qu’après le mois d’août, cette évaluation ne tiendra plus et que la Coopérative financière vendrait plutôt son bâtiment 6,3 M$. Des citoyens se sentent inconfortables devant cette pression d’achat. Ils demandent à ce que Desjardins prolonge l’offre de 3,3 M$. À ce sujet, Desjardins répond qu’il lui est actuellement impossible d’avancer des informations supplémentaires après celles déjà transmises conjointement avec la Ville de Richelieu par le biais d’un communiqué de presse en janvier dernier. « Des discussions sont toujours en cours entre notre institution et la Ville de Richelieu pour ce projet. Les chiffres mentionnés ne proviennent pas de Desjardins, nous ne pouvons donc pas les corroborer », ajoute-t-elle.
Effet sur les taxes
La Ville déclare que, sur un horizon de dix ans, l’investissement générerait une hausse de taxes de 53 $. Pour minimiser les conséquences sur le compte de taxes, outre les subventions potentielles, la Ville utilisera une portion du surplus non affecté. « Le conseil a une idée du montant qu’il veut mettre. Selon les subventions accordées, ce montant pourrait varier », dit la Ville, qui ne se mouille pas davantage quant à ce montant.
Des citoyens étaient dubitatifs à l’endroit de cette hausse de 53 $ sur dix ans, qui ne concerne que le projet dont il est ici question. La Ville justifie ce nombre en disant s’être appuyée sur les rapports de firmes externes spécialisées, notamment Raymond Chabot Grant Thornton.
Trois élus contres
Trois conseillers ont voté en faveur du Règlement d’emprunt de 7,5 M$. Les trois autres étaient contre. C’est le maire, Claude Gauthier, qui a dû trancher en votant positivement.
« Je considère que la consultation (citoyenne) a été faite ce soir. On aurait dû faire ça avant d’être rendus là, à le faire rapidement pendant l’été. Pour une grosse partie pour la bibliothèque, il nous manque des chiffres. Ce sont des choses importantes à communiquer avant d’acheter le bâtiment », estime Jacques Darche, conseiller du cinquième district.
« Le plan de gestion des actifs n’a pas encore été fait. À long terme, ça permettrait d’évaluer si toutes nos infrastructures sont utilisées. Si un bâtiment n’est pas utilisé à son plein potentiel, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, quelles possibilités avons-nous d’utiliser ce bâtiment? », questionne Lucie Marchand, conseillère du troisième district. Elle soutient que « beaucoup » de bâtiments municipaux ne sont pas utilisés à leur totale capacité. Elle ajoute par la suite que la bibliothèque n’a pas nécessairement à être administrée par la Municipalité, mais bien en devenant la propriété d’un entreprise privée.
Jo-Ann Quérel, conseillère du deuxième district, s’est dite déchirée quant au vote. « Ça fait vingt ans que je me bats pour avoir une bibliothèque potable à Richelieu », reconnaît-elle. Dans le passé, elle a visité plusieurs bibliothèques de petites villes pour identifier des comparables. « Mais je trouve que c’est trop aléatoire et que nous n’avons pas eu autant d’information à transmettre aux citoyens.
Il aurait fallu avoir des réunions pour vous expliquer et vous auriez été ravis de ce projet. Le délai est trop serré », indique-t-elle aux citoyens présents.
Bâtiment vacant
Le bâtiment de l’hôtel de ville actuel deviendrait inhabité. Claude Gauthier évoque la possibilité de le vendre. Il soulève aussi la possibilité que la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent occupe les locaux, en guise de poste satellite. « Il n’y a pas de projet d’ouvrir un poste satellite à Richelieu », rétorque de son côté la Régie.
Utiliser le Pôle culturel
Plutôt que de dépenser des sous sur une nouvelle bibliothèque, des citoyens demandent au maire s’il est possible d’en venir à une entente intermunicipale pour que les Richelois puissent utiliser les services de la bibliothèque de Chambly. « On a vérifié et Chambly ne veut pas », répond le maire en assemblée. « La Ville de Richelieu ne semble pas avoir fait de demande formelle à Chambly concernant les services de la bibliothèque », réplique la Ville de Chambly.
Registre et référendum
La tenue du registre référendaire aura lieu le 16 juillet, de 9 h à 19 h, à l’hôtel de ville. D’emblée, 470 signatures sont requises pour espérer ensuite la proposition d’un référendum.
Carignan a déménagé
La Ville de Carignan avait pris la décision, en 2021, de déménager et de louer un espace au 2379, chemin de Chambly, dans le secteur du Faubourg Carignan. Un bail de dix ans avait alors été signé, permettant ainsi une transition vers un futur centre-ville qui pourrait, à terme, accueillir un hôtel de ville dont la Municipalité serait propriétaire. Le Programme particulier d’urbanisme de Carignan prévoit, au cours de cette décennie, de regrouper les installations communautaires et les plateaux sportifs dans la zone du nouveau centre-ville, où la Ville envisage de construire un nouvel hôtel de ville. Le coût de location de l’hôtel de ville s’élève à 195 697 $ par année, soit 19,57 $ du pied carré.
