Montérégie : les agriculteurs inquiets de projets éoliens potentiels liés à Hydro-Québec

Hydro-Québec a annoncé un nouvel appel d’offres éolien pour 2026 et cible la capacité d’accueil de la Montérégie. L’Union des producteurs agricoles (UPA) de Montérégie craint pour ses terres.

Alors que le débat sur le projet éolien de Monnoir fait rage depuis plusieurs mois déjà, notamment à Sainte-Angèle-de-Monnoir, Hydro-Québec vient de publier une nouvelle annonce. Pour 2026, la structure a dévoilé une cartographie des capacités de son réseau électrique. Sur celle-ci, il est indiqué que le potentiel d’un secteur correspondant à une zone de la Montérégie est évalué à 675 mégawatts (MW) avec une mise en service estimée entre 2031 et 2035.

Tout près, la cartographie indique un potentiel d’intégration d’énergie, du côté de La Prairie, de 300 MW ainsi qu’un autre à Varennes de 500 MW, sans oublier un peu plus loin des ambitions similaires à Châteaugay (1 000 MW) ou encore à Coteau-du-Lac (300 MW). Si rien n’est encore décidé, ces projets ont pour but de répondre à l’augmentation de la demande d’électricité qui suit l’évolution démographique du Québec.

L’annonce d’Hydro-Québec a fait réagir l’UPA Montérégie, qui s’inquiète du possible étalement des projets éoliens sur son secteur. « Dans le sud du Québec, la Montérégie y est identifiée comme le secteur ayant de loin la plus grande capacité de développement de projet éolien, avec 2 775 mégawatts pouvant représenter près de 400 éoliennes, selon nos estimations, affirme l’organisation. Ces projets, qui feront l’objet d’appel d’offres en 2026, risquent fort d’être réalisés sur des terres agricoles à haut potentiel agronomique. »

Terres agricoles précieuses

La Montérégie est souvent qualifiée de « grenier du Québec » grâce à son haut potentiel agricole. Jérémy Letellier, président de la Fédération de l’UPA Montérégie, se montre préoccupé par la vision d’Hydro-Québec sur son secteur. « Dans un contexte où les Québécois prennent de plus en plus conscience de l’importance d’assurer notre sécurité alimentaire, poussant ainsi récemment le MAPAQ à mettre à jour sa politique bioalimentaire, sacrifier une partie des terres agricoles possédant les meilleures caractéristiques agronomiques au Québec afin d’accueillir des éoliennes pouvant être installées à peu près partout ailleurs est très mal avisé. »

Outre le projet éolien de Monnoir, la Montérégie compte pour le moment une autre possibilité à l’étude sur son territoire avec les Jardins-de-Napierville, situés à proximité de la frontière américaine. Pour ce dernier, la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) a émis un refus en soulignant un point. « Il n’y a pas un pareil secteur où la protection du territoire et des activités agricoles mérite autant de s’exprimer sans ménagement. » Une position saluée par Jérémie Letellier. « Hydro-Québec doit prendre bonne note de cet important message des commissaires, comme quoi les meilleures terres du Québec doivent servir à la production agricole, et non pas à la production d’électricité. »

Début des négociations

De son côté, la société d’État a tenu à se montrer rassurante, par la voix de sa porte-parole, Paule Veilleux-Turcotte. « Nous sommes en consultation pour les modalités d’appels d’offre jusqu’au 27 février. Il reste encore beaucoup d’étapes avant de parler de la réalisation d’un projet éolien. La cartographie présentée par Hydro-Québec montre la capacité et le potentiel du réseau. C’est un outil pour montrer les disponibilités. Nous avons présenté celui-ci avec ses dispositions maximales. »

Pour le moment, la porte-parole assure qu’Hydro-Québec n’ira pas contre la volonté de la population. « L’acceptabilité sociale est le facteur-clé et aucun projet ne se réalisera sans celui-ci. C’est au tour des développeurs des projets éoliens de parvenir à cette acceptabilité. »

Concernant les chiffres annoncés et les potentiels projets possibles, là encore, Paule Veilleux-Turcotte a tenu à se montrer rassurante. « Aucun volume n’est encore décidé. De plus, nous avons établi un rayon de 40 kilomètres autour des points visés.

Concernant l’appel d’offres prévu pour mars 2026, on invite les municipalités et les groupes environnementaux à participer au débat en ligne afin que les projets répondent au mieux aux préoccupations des citoyens. La Montérégie a du potentiel électrique. Si les MRC sont d’accord pour en accueillir, c’est tant mieux. »

Si des démarches n’arrivent pas à leur terme, la porte-parole n’est pas inquiète. « D’autres plages d’appels d’offres suivront pour nous préparer à recevoir des projets. »