Montérégie : la perte d’un confrère qui touche toute la fraternité
Le décès d’un agent du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) lors d’une fusillade dans le quartier Côte-des-Neiges a notamment heurté la communauté policière. Éric Boulianne, policier sociocommunautaire de la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent (RIPRSL), revient sur le sujet.
Le drame survenu la semaine dernière dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce a touché le Québec entier. Un policier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), un citoyen et un suspect ont été tués lors d’une fusillade survenue le 22 juin. Une autre policière a été blessée, mais l’on ne craignait plus pour sa vie au moment d’écrire ces lignes.
Éric Boulianne, policier sociocommunautaire à la RIPRSL, confirme que l’événement a ébranlé la communauté policière tout entière. À travers ses plus de trente années de service, il n’a jamais perdu de collègue dans le cadre du travail. « Heureusement, la vie a fait en sorte que je n’ai jamais eu à vivre ça », nous répond-il. Le policier a toutefois vu des coéquipiers gravement blessés dans leurs fonctions. « On se remet toujours en question à savoir si l’on aurait pu changer notre approche ou avoir une intervention plus appropriée compte tenu d’un certain type d’événement », décrit-il.
Un policier connu par la Régie
Éric Boulianne revient sur le geste de Xavier Gaumond, « le héros de Montréal ». Il a vécu ses premières armes à la RIPRSL, de 2019 à 2021, avant de se tourner vers le SPVM. C’est lui qui a mis fin à la menace. « Lorsque le tueur a rechargé son arme, l’agent Xavier Gaumond a bondi de sa cachette et s’est avancé à découvert. En l’espace de trois minuscules secondes, il a pris deux grandes inspirations, a retenu son souffle pour stabiliser son bras, a visé l’assaillant et a ouvert le feu, à une vingtaine de mètres de distance », est-il écrit dans le journal La Presse. Certains policiers de la Régie ont été ses confrères immédiats. « Ça met une touche encore plus personnelle », convient le policier sociocommunautaire.
Des pratiques qui ont changé
M. Boulianne revient sur un autre drame qui a bouleversé le Québec : la tuerie de l’École polytechnique de 1989. Il se rappelle que les policiers attendaient la venue du Groupe tactique d’intervention (GTI) à l’extérieur alors que le bilan de décès s’alourdissait. « Depuis cet événement, toutes les formations au Québec ont changé. Aujourd’hui, ce sont les policiers de première ligne qui ont à neutraliser la menace. Ils ont fait un travail remarquable au péril de leur vie », explique-t-il. Dans des immeubles désaffectés, des exercices ont lieu annuellement mettant en place divers scénarios d’intervention.
Une vague d’empathie
Lors de la fête nationale du Québec, les troupes policières sont déployées dans les municipalités. Éric Boulianne en était à sa 31e Saint-Jean-Baptiste. Il a senti une vague d’empathie de la part de la communauté. « Les gens venaient se prendre en photo avec nous. Ils nous flattaient le dos et avaient le goût de nous coller. On vivait une solidarité citoyenne que l’on ne voyait pas les autres années. C’était remarquable et touchant. Ça a été réconfortant », exprime-t-il.
Double traumatisme
Éric Boulianne émet quelques mots pour la policière blessée lors de la fusillade. « Elle a vécu des événements extrêmement traumatiques, d’une intensité tellement grande. Je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi. Je n’ose même pas imaginer sur le plan psychologique. À part lui envoyer de l’amour et de la sympathie… Personne ne devrait être placé dans cette position. Si elle revient au travail un jour, ce sera tout un exploit », termine le policier.


