Montérégie : garderies non subventionnées : l’iniquité familiale

Des parents d’ici en ont plus qu’assez de payer le gros prix dans les garderies non subventionnées que fréquentent leurs enfants. Ils demandent l’équité des frais de garde.

La Richeloise Karine Desmarais vit une situation particulière. Son garçon fréquente la garderie Ange Rumiel, à Marieville. Sa fille va plutôt à la garderie Angelus, voisine immédiate de l’Ange Rumiel. Les deux garderies appartiennent à la même propriétaire. La différence entre les deux? La première n’est pas subventionnée alors que la seconde l’est.

Depuis août 2022, il lui en coûte 68 $ par jour, soit tout près de 340 $ hebdomadairement, pour son garçon. Elle obtient un versement anticipé une fois par mois. Après avoir déduit le montant que lui retourne Québec, elle paie officiellement 45 $ quotidiennement. À côté, dans la garderie subventionnée, il lui en coûte 9,65 $ par jour, soit 48 $ par semaine. « C’est hallucinant. Ça me coûte plus cher en garderies que ça me coûte d’hypothèque », compare Mme Desmarais. Pendant six mois, ses deux enfants ont fréquenté simultanément la garderie non subventionnée. « Je travaillais, je prenais ma paye et j’envoyais l’argent à la garderie », se souvient-elle.

L’enfant de la Chamblyenne Natalie Brethour fréquente une garderie du Quartier DIX/30, dans une installation non subventionnée. Chaque jour, elle paie 75 $. Après le versement anticipé mensuel, il lui en coûte aussi environ 45 $ en bout de ligne.

Jessica Labre et Stephane Gendron, un couple marievillois, ont un garçon qui va à l’Ange Rumiel. Il leur en coûte près de 20 000 $ annuellement. Le crédit d’impôt tourne autour de 9 000 $. Concrètement, environ 11 000 $ sortent de leurs poches pour envoyer leur fils à la garderie.

Avec la nouvelle plateforme gouvernementale, il est désormais possible de voir son rang sur la liste d’attente. « Pour la plupart des garderies, on a 50 enfants devant nous. On a très peu d’espoir d’avoir une place subventionnée. »

Restreints dans les activités

Cette sortie d’argent a des conséquences sur la vie de ces familles. « Les deux dernières années, on ne pouvait pratiquement rien faire, on n’avait pas les moyens », mentionne Karine Desmarais. Natalie Brethour met l’accent sur l’inflation. « Avec tous les prix qui augmentent, ça devient difficile d’acheter la nourriture ou les vêtements », nomme la Chamblyenne. Elle rappelle toutefois que les besoins de sa fille sont prioritaires.

« Ça limite dans nos activités et vacances. Et pour nous, les parents, nos besoins sont mis de côté parce que l’on prend soin de notre enfant avant tout », dit-elle. « Ce sont des montants que l’on ne peut pas allouer à d’autres projets », se résigne Mme Labre. Elle fait notamment référence à des travaux à faire sur la maison ou à un budget loisirs/vacances à ne pas s’accorder.

Peu de solutions existent pour alléger le fardeau. Karine Desmarais aurait souhaité inscrire son garçon à la maternelle quatre ans. De un, elle nomme qu’il était rendu là dans son cheminement et, de deux, elle aurait économisé une somme colossale. « À l’école de Richelieu, il n’y en a pas », révèle-t-elle cependant. Elle a donc fait une demande dans une maternelle quatre ans de Marieville. « Étant non-résidente, j’étais sur la liste d’attente. On n’a pas eu la place. »

Un troisième enfant en route

Karine Desmarais est enceinte d’un troisième enfant. « Nous sommes en questionnement à savoir si le retour au travail ne se fera pas juste au moment où nous aurons une place du côté subventionné », fait savoir la mère de famille. La possibilité de demeurer au foyer avec l’enfant jusqu’à ce qu’il intègre l’école est soulevée.

Natalie Brethour indique qu’elle souhaitait engendrer une « famille nombreuse ». Dans ce contexte économique, les plans changent. « Sans place subventionnée, on a fait un choix très dur de n’avoir qu’un enfant. On aimerait une soeur ou un frère pour ma fille, mais ce ne sera pas possible. »

« Ça écœure. Tu travailles et il y a une portion de ton salaire qui est allouée à ce que l’on soit capable d’aller travailler. On a un impact budgétaire que d’autres familles n’ont pas. C’est un sentiment d’injustice », dépeignent à regret Mme Labre et M. Gendron.

Ministère de la Famille

Karine Desmarais fait partie du comité de parents de la garderie. Une demande a été déposée au ministère de la Famille pour que la garderie soit subventionnée. « Ce que l’on a eu comme réponse à Marieville à savoir si nous étions admissibles, même si on se qualifiait, vient du fait que la population n’est pas assez défavorisée. »

En plus d’être maman, Natalie Brethour est aussi directrice d’une garderie non subventionnée. « On espère devenir subventionnés, mais il n’y a jamais de changement. On n’a jamais de réponse à savoir quand. On a plusieurs places pour les enfants, mais malheureusement, au prix que ça coûte, on a de la difficulté à remplir les places. »

Selon les chiffres du ministère de la Famille, la répartition des places dans le réseau se décline ainsi : 112 294 places pour les centres de la petite enfance, 69 187 places pour les garderies subventionnées, 72 705 places pour les responsables d’un service de garde éducatif en milieu familial subventionné, 57 562 places pour les garderies non subventionnées et 1 599 places pour les responsables d’un service de garde éducatif en milieu familial non subventionné.

La conversion de places a débuté en 2021, soit depuis le lancement du Grand chantier pour les familles. Le ministère de la Famille indique que 10 921 places non subventionnées ont été converties en places subventionnées ou le seront « sous peu ». Ces places s’ajoutent aux près de 34 000 places subventionnées créées depuis le Grand chantier. Dans le budget annoncé par Québec, le 18 mars dernier, 5 000 nouvelles conversions sont prévues.

Le Ministère soutient procéder par appel de projets pour l’attribution de places subventionnées, tant en matière de nouvelles places que de conversion, « dans le respect des budgets alloués et selon des critères établis en fonction des besoins ». Il ajoute que les demandes admissibles sont analysées selon un « processus rigoureux et équitable avec des critères de faisabilité, de pertinence et de qualité du projet. L’objectif est d’octroyer les places subventionnées là où les besoins sont identifiés ».

Pour le moment, les modalités du prochain appel de projets visant la conversion sont en cours d’élaboration. « Selon les projections, la majorité des régions du Québec devraient avoir comblé leurs besoins d’ici 2028, se rapprochant d’un meilleur équilibre entre l’offre et la demande », avance le Ministère de la Famille.

Une marche pour dénoncer

Pour dénoncer cette réalité, un événement communautaire et une marche pacifique d’une vingtaine de minutes auront lieu le 27 mars à 15 h, au 7900, boulevard Taschereau, édifice D. L’événement réunira plus de 100 familles et enfants. « On veut que ce soit égal pour tout le monde. Tous les parents devraient avoir accès au même tarif de garderie de 9,65 $ par jour, plutôt que les frais beaucoup plus élevés que plusieurs familles doivent payer dans les garderies non subventionnées », considère le mouvement Tarif Unique.