Montérégie : des « sentences bonbon » blâmées pour les féminicides

L’année 2026 n’était pas même vieille de vingt jours qu’un quatrième féminicide avait lieu au Québec, à Rougemont cette fois. La Maison d’hébergement Simonne-Monet-Chartrand remet en question les « sentences bonbon » que reçoivent les auteurs de violence conjugale.

Le quatrième féminicide de 2026 a eu lieu à Rougemont. Véronic Champagne, 40 ans, a été poignardée par son conjoint. L’homme était connu des policiers en raison de ses antécédents judiciaires.

« Le fait que ce soit sur le territoire, près de nous, on est doublement affectées », confie Josée Daigle, directrice du Centre de femmes Ainsi soit-elle de Chambly. Avec la municipalité de Rougemont, elle a organisé une vigie qui s’est tenue mercredi dernier, sur le lieu du féminicide. « C’est le moment de faire de la sensibilisation et d’en parler davantage, mais on se sent toujours bien impuissantes », situe-t-elle. « C’est troublant. Il faut continuer à faire ce que l’on fait de mieux : sensibilisation et la collaboration pour rejoindre nos femmes », renchérit France Racicot, directrice générale de la Maison d’hébergement Simonne-Monet-Chartrand. Mme Daigle constate une hausse de la violence faite aux femmes. Elle émet en hypothèse qu’elle est notamment reliée à la croissance du discours masculiniste dans l’espace public. « Il y a comme une pensée antiféministe qui s’installe et qui alimente la misogynie. »

La justice questionnée

France Racicot dénonce les « sentences bonbon » que reçoivent les auteurs de violence conjugale. Elle remet en question les mesures judiciaires lors d’évènements commis dans ce contexte. « Ça occasionne une récidive, comme dans le cas de Rougemont. Dans plusieurs cas de violence conjugale, l’auteur de violence avait des antécédents criminels de violence conjugale », observe-t-elle. Le cabinet de Simon Jolin-Barrette, ministre de la Justice, rapporte que les actes criminels et leurs peines sont prévus au Code criminel et relèvent du gouvernement fédéral. « Toutefois, nous sommes engagés dans la lutte contre les violences sexuelles et les violences conjugales depuis plusieurs années. À ce titre, le Québec a fait plusieurs représentations auprès du gouvernement fédéral. »

Sous-financement du communautaire

« Le communautaire est sous-financé. Avec les sommes octroyées, on ne fait que la base, mais on ne peut pas mettre en place des programmes qui durent dans le temps. Je n’ai pas les moyens financiers pour soutenir certains services », dépeint Josée Daigle. Le journal a interpellé Chantal Rouleau, ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire. Nous avons voulu savoir si la ministre considérait que le financement était adéquat pour aider les centres de femmes qui interviennent dans un contexte de violence conjugale et ce qu’elle pouvait faire pour que ces centres obtiennent plus d’argent afin d’offrir les services nécessaires. Étant donné que « le financement des centres de femmes relève du Secrétariat à la condition féminine », le cabinet nous a redirigés vers celui de Caroline Proulx, ministre responsable de la Condition féminine.

Ministères interpellés

Le journal a donc souhaité questionner Caroline Proulx. Nous avons plutôt reçu une déclaration officielle de la ministre provenant de son cabinet. À travers le texte, Mme Proulx rappelle que la violence conjugale est « inacceptable et n’a aucune place dans notre société ». Elle affirme qu’elle doit être « dénoncée, combattue, et nous avons le devoir de protéger toutes les personnes qui en sont victimes ». Elle convient que « les besoins sont criants et que la demande est en forte croissance, ce qui exerce une pression importante sur les organismes du milieu ». Elle chiffre à 13 les maisons d’hébergement déjà ouvertes et ajoute que 19 autres sont à différents stades de développement. « Depuis 2017, nous avons également augmenté le financement des organismes de près de 97,6 %, ce qui représente un investissement additionnel de près de 156 M$. » Elle pointe qu’environ un milliard de dollars ont été investis dans une série de « mesures concrètes afin d’intervenir rapidement et efficacement » auprès des personnes en situation de violence conjugale.

Le journal s’est tourné vers Sonia Bélanger, ministre responsable des Services sociaux. Nous avons voulu savoir le rôle que joue son ministère pour contribuer à réduire la violence conjugale et quelles actions il pouvait poser pour que de tels gestes diminuent. Nous avons reçu la même déclaration que celle du cabinet de Mme Proulx. Seuls « les investissements massifs dans nos ressources de prévention de la violence depuis notre arrivée au pouvoir » et « le rehaussement, pour l’année 2025-2026, de près 3,6 M$ en aide aux femmes victimes de violence conjugale qui a été annoncé, soit 2,3 M$ pour les maisons d’hébergement de première étape 1 et 1,3 M$ pour les maisons d’hébergement de deuxième étape », ont été ajoutés au texte.

En soutien pour le procès

Le suspect, dans un état critique, a été transporté d’urgence à l’hôpital. Les médecins l’ont plongé dans un coma artificiel. S’il se réveille, il sera interrogé et pourrait être mis en état d’arrestation. « Puisque le féminicide s’est produit sur notre territoire, si monsieur sort de son coma et qu’il y a des procédures judiciaires, nous serons présentes en soutien à la famille. Souvent, les maisons d’hébergement autour s’assurent qu’il y a la présence d’employées des maisons, en soutien, lors des audiences », complète France Racicot.