Montérégie : coup dur pour le communautaire

Le ministère de la Santé a décidé de proposer des appels d’offres pour des services de proche aidance jusqu’ici assurés par des organismes. Le communautaire ne comprend pas et pourrait se désengager.

« Les organismes ne vont pas payer pour participer à des appels d’offres auxquels ils ne sont pas sûrs de gagner. Cela fonctionne depuis 20 ans et tout le monde est content. Pourquoi changer les règles du jeu? » Katia Brocart reste dans l’incompréhension. La directrice générale du Réseau Aidance Montérégie voit d’un mauvais œil la décision du ministère de la Santé d’ouvrir sur le marché, à travers des appels d’offres, des services assurés jusqu’ici par des organismes communautaires.

« Il s’agit de la halte-répit, du centre de jour et de la stimulation à domicile. Cela a toujours été des ententes de gré à gré. Ces contrats se termineront le 31 mars. »

« C’est comme si nos 40 ans de services n’étaient pas reconnus. » – Sylvie Blanchard

Ainsi, des entreprises privées pourront émerger afin d’offrir les mêmes services aux patients. « C’est un coup dur, car nous avions su mettre fin aux agences privées en Montérégie, poursuit Katia Brocart, dont le réseau regroupe une trentaine d’organismes à travers la région. On a mis une pression pour trouver une alternative, mais ce n’est pas la direction qui a été prise. Pourtant, nous avions des moyens de trouver une solution. »

Désistements annoncés

L’annonce des appels d’offres pour les services de proche aidance a déjà eu plusieurs conséquences dans le milieu communautaire. « Nous avons des organismes qui ne pourront pas y participer pour des raisons financières ou administratives, regrette la directrice générale. Plusieurs patients sont déjà prévenus. »

Le désengagement du communautaire aura forcément des répercussions sur le traitement des patients, selon Katia Brocart. « Cela ne change rien sur le plan monétaire, assure-t-elle. Les services gratuits le resteront. Mais ce seront de nouvelles équipes avec de nouveaux intervenants qui prendront place. Alors que le communautaire connaît très bien les patients, un temps d’adaptation sera nécessaire. Cela pourrait déstabiliser des personnes souffrant de troubles cognitifs. Alors, quel est l’intérêt? »

À Chambly, Sylvie Blanchard, directrice de L’Entraide Plus, craint pour son service de répit. « Il est en péril. L’appel d’offres représente un coût estimé entre 12 000 $ et 18 000 $. C’est comme si nos 40 ans de services n’étaient pas reconnus. Pourtant, on aide à désengorger les urgences. Ici, on a tout ce qu’il faut pour que cela fonctionne. Sans expérience, le privé risque de se planter. De plus, cela coûte moins cher au gouvernement de s’appuyer sur nous. »

Pour Nathalie Mercier, directrice de la Société Alzheimer du Haut-Richelieu, l’année 2026 risque d’être aussi compliquée. « Si cette décision est maintenue, notre organisation devra s’inscrire à l’Autorité des marchés publics (AMP) et déposer une soumission dans le cadre de cet appel de projets. Une telle démarche ne garantit malheureusement pas la poursuite automatique de ces services par notre organisme. Dans un tel scénario, une restructuration interne pourrait s’avérer nécessaire. Nous poursuivons activement nos efforts de sensibilisation afin de rappeler que, conformément aux principes de la Politique nationale pour les personnes proches aidantes, il est essentiel que la valeur nominale du service soit reconnue à 40 $ l’heure. En l’absence de ce réajustement, les organismes – comme c’est le cas depuis plus de 20 ans – se voient encore et toujours dans l’obligation de facturer le manque à gagner aux familles. »

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Centre défend le point de vue du ministère de la Santé. « Le CISSS de la Montérégie-Centre a amorcé des démarches pour se conformer aux dispositions prévues à la Loi sur les contrats des organismes publics (RLRQ, c. C-65.1). Ainsi, en respect de ce cadre légal, les contrats d’achat de services doivent être octroyés à la suite d’avis d’intention ou d’appels d’offres publics. Les organismes communautaires sont assujettis à cette loi, tout comme les entreprises privées en fonction de la Loi sur l’intégrité en matière de contrats publics. »

Partenaires à préserver

Néanmoins, le CISSS de la région souhaite s’assurer que le communautaire reste un acteur important à ses yeux. « Les organismes communautaires qui offrent du répit sont des partenaires impliqués avec nous depuis longtemps auprès des personnes proches aidantes. Nous reconnaissons leur apport important auprès de nos usagers et nous souhaitons poursuivre notre collaboration avec eux. Nous sommes très conscients de l’inquiétude que cela peut causer chez les organismes communautaires et nos usagers. C’est pour cette raison que nous les avions informés de cette situation dès janvier dernier. Nous les avons également rencontrés au cours de l’été pour les accompagner dans cette transition. Ce processus n’entraînera pas de diminution de services aux usagers. »

De son côté, l’organisme Santé Québec a été beaucoup plus concis. « Il faut comprendre que beaucoup d’éléments sont à considérer dans ce type de contrat. Après analyse des besoins et d’autres éléments de contexte, l’appel d’offres public est le processus qui a été privilégié. »