Marieville : l’héritage de Xavier, décédé dans l’incendie de Marieville

Décédé lors de l’incendie d’un immeuble à Marieville, le 2 janvier, Xavier Gauvin laisse la trace d’un jeune homme autiste qui a pu construire une vie accomplie. Ses parents le racontent.

Après l’incendie d’un immeuble de la rue Sainte-Marie, à Marieville, dans la nuit du 2 janvier, le drame laisse la place à l’amour dans la communauté autour de la famille de Xavier Gauvin, décédé avec son amoureuse Marie. « On reçoit de nombreux témoignages de la part des amis et des voisins, souligne Patrice Gauvin, le père de Xavier. On éprouve beaucoup de gratitude. »

L’histoire du jeune homme de 22 ans, détecté autiste à 9 ans, laisse une empreinte inspirante pour ses proches et peut être une source d’espoir pour les autres jeunes touchés par le même trouble. Sa mère, Guylaine Pichette, explique pourquoi. « Il était très indépendant. Il voulait avoir une blonde et son foyer. Il est parvenu à emménager dans cet appartement en 2024 et Marie envisageait de le rejoindre éventuellement. Cette nuit du 2 janvier, elle était venue le visiter. Il disait toujours  » On a beaucoup d’intérêts communs, mais nous sommes assez différents pour que ce soit le fun  ». »

Des projets

Un appartement, une vie de couple harmonieuse et un travail aux Fermes PB, où il réalisait plusieurs tâches, Xavier Gauvin vivait une période faste. « Il avait eu des moments difficiles auparavant, mais dernièrement, il était au top!, renchérit sa mère. Avec Marie, ils se complétaient tellement bien. Il avait retrouvé le sourire et était prêt aussi à réaliser un DEP en boucherie. »

La cuisine faisait partie de ses passions, surtout le canard effiloché, à en croire Guylaine Pichette. « C’est comme ça qu’il avait conquis Marie, sourit-elle. Il lui avait préparé un mac and cheese au canard effiloché. » Curieux, le jeune homme cultivait plusieurs passions. « L’astronomie, assure Patrice Gauvin. Plus jeune, on l’emmenait au Planétarium et il parlait avec les spécialistes. On ne parvenait pas à suivre la conversation! Vers neuf-dix ans, il parlait de trous noirs. Il aimait aussi la mythologie grecque. C’est bien simple, lorsque les enseignants voulaient le punir, ils lui interdisaient de lire. À sept ans, il avait commencé à lire les Harry Potter. »

Malgré son trouble, Xavier a suivi un parcours scolaire normal. « Il n’était pas assez différent pour être à part des autres, mais étant plus jeune, il avait du mal à se faire des amis, confie Guylaine Pichette. Il a quand même su développer un réseau d’amitié à la fin de son adolescence. Il était authentique. Il ne cachait pas son autisme et si vous l’acceptiez, tant mieux, sinon, tant pis! D’ailleurs, il faisait preuve d’autodérision et trouvait qu’il y avait des avantages à être autiste. »

Fierté

Le Marievillois avait sa personnalité. Et, à en croire sa mère, il arrivait à tracer son chemin. « Il disait toujours  »Je suis une contradiction dans une contradiction  ». Il était aussi toujours sur la ligne entre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Il adorait le film Forrest Gump, et c’est vrai que je le reconnais dans le personnage. Il ne calculait rien mais parvenait à gérer les situations qui se présentaient. Si les règles avaient du sens ou bien qu’on les lui expliquait, il les respectait. Sinon, il pouvait se rebeller. »

Au moment d’évoquer son fils, Patrice Gauvin souhaite retenir une chose principalement. « Sa couleur. C’était un petit gars doux, extrêmement sensible et passionné. Il nous a transmis une ouverture d’esprit et de non-jugement que je n’avais pas au départ.

De mon côté, j’aurais aimé en profiter plus longtemps. Aujourd’hui encore, on reçoit des messages de ses amis qui ont des objets lui appartenant. Ce sont des reliques pour nous, car tout a disparu dans l’incendie. »

Guylaine Pichette retient une dernière chose de son fils. « C’était une personne spéciale, avec un grand S, dotée d’une grande humanité. Il nous a appris à ne pas être dans la performance mais dans l’être. Il a réussi sa vie à lui, pas celle que les autres auraient voulu. On est vraiment fiers d’avoir été ses parents. »