Chronique : un forgeron qui aide les Américains

Ambroise Massé se dirige vers le fort Chambly. Plusieurs idées trottent dans sa tête. En ce matin froid du samedi 11 novembre 1775, il va porter son état de compte à un officier. Cela fait 35 jours qu’il répare des fusils et des pistolets pour lui et il est temps de réclamer son argent, une belle somme de plus de 250 livres.

James Livingston, l’officier en question, s’est établi à Chambly après la Conquête pour y faire le commerce du grain. Originaire d’Albany (New York), il a pris fait et cause pour les colons américains en rébellion armée contre la Couronne britannique depuis avril. Dès la mi-septembre, il a établi un camp de sympathisants canadiens près du moulin à scie à Pointe-Olivier (Saint-Mathias-sur-Richelieu).

Ambroise a accepté de réparer les fusils de ces sympathisants pour Livingston. Il refait une vis ici, fabrique un ressort là, installe un nouveau canon sur un autre. Certains ont fait le coup de feu pour aider à prendre le fort Chambly le 18 octobre dernier pour le compte des Américains. Ambroise en soupçonne d’autres de saisir l’occasion d’avoir gratuitement un fusil en bon état pour aller chasser.

Il a besoin de cet argent pour faire vivre sa petite famille et passer l’hiver. Son épouse Marie-Charlotte attend un deuxième enfant pour très bientôt; sa fillette vient d’avoir un an. La vie reprend son cours après le décès de sa première épouse et de son bébé, il y a trois ans. Né en 1748, il se rappelle la dernière guerre avec les Anglais. Il se dit que c’est aussi pour ça qu’il a accepté ce travail. Ambroise rencontre Livingston, lui remet son état de compte, le salue et retourne à la maison. A-t-il été payé? Espérons-le. Le document dort maintenant dans les archives du musée de la Civilisation à Québec.