Chronique : Charlotte Dubuc : opératrice de pont
Par Joëlle Thérien, Société d’histoire de la seigneurie de Chambly
Fille de Joseph Dubuc, cultivateur, et de Marie Garrain, Charlotte Dubuc naît le 22 juillet 1819. La famille vivait sur le rang des Quarante, qui se trouve dans l’actuelle ville de Carignan. Le 27 octobre 1835, Charlotte Dubuc épouse Noël Breux à Chambly. Entre 1845 et 1862, elle met au monde 16 enfants dont 7 décéderont en bas âge.
En 1851, on sait que Noël Breux est journalier, mais au moment de son décès, survenu le 1er août 1863, il est l’un des » gardiens de pont du canal » . Plus précisément, il était responsable du pont numéro 7, qui était situé à proximité de l’emplacement où se trouve aujourd’hui l’école La Passerelle. Lorsque le canal de Chambly ouvre en 1843, des éclusiers avaient été embauchés, mais aucun employé n’avait été désigné pour superviser les nombreux ponts qui permettaient de traverser le canal. Cette situation occasionnait divers problèmes, dont des bris de matériel. En 1852, on procède à l’embauche de pontiers pour manœuvrer le mécanisme des ponts en bois.
Au milieu du 19e siècle, des milliers de voiliers, quelques centaines de bateaux à vapeur et de nombreuses barques empruntaient le canal chaque année. Lorsque Charlotte Dubuc a demandé à succéder à son défunt mari, l’ingénieur-surintendant Sippell a accepté cette candidature à la condition » que celle-ci fournisse à ses frais un ouvrier qui la remplacera lorsque des travaux difficiles l’exigeront » . Outre sa connaissance du métier, elle avait l’avantage de demeurer près de son lieu de travail. À cette époque, le gouvernement voulait éviter d’avoir à financer la construction de logettes pour les nouveaux employés permanents.
Charlotte Dubuc a pu profiter d’un bon salaire annuel pour l’époque, même si le travail était exigeant puisqu’il nécessitait d’être présent du lever au coucher du soleil durant la saison de navigation. En 29 janvier 1867, elle convole en secondes noces avec Louis Lemoine. La pontière prend sa retraite en 1883 et décède le 16 mars 1904. À cette époque, le canal était un milieu d’hommes et il faudra attendre les années 1980 pour voir davantage de postes ouverts aux femmes.
Depuis 2016, une rue porte le nom de Charlotte Dubuc à Carignan.
