Décès d'un jeune à la butte à glisser

Chambly : vivre le deuil des enfants

Les drames tels que celui du 2 mars, où un enfant de six ans a perdu la vie à la pente à glisser de Chambly, impliquent un accompagnement auprès d’enfants qui perdent subitement un camarade.

Le semaine de relâche est terminée. Le décès d’un jeune de six ans à la butte à glisser de Chambly impose que des enfants sont de retour en classe avec un camarade en moins. Des notions touchant le deuil seront abordées auprès de certains élèves. Marie-Ève Dubois est psychologue et neuropsychologue, ainsi que propriétaire de la clinique L’Appui-Tête, située à Chambly. « C’est important d’être ouvert et honnête, dès le départ, par rapport à ce qui s’est passé et d’ouvrir la conversation », indique-t-elle d’emblée.

Rôle du parent

Dre Dubois avance qu’en général, une partie des élèves est déjà au courant de l’événement. « Comme parent, on ne veut pas non plus que notre enfant l’apprenne à l’école », soutient-elle. La psychologue incite à l’utilisation de mots simples et clairs. « C’est dur, comme parent, de mettre ses émotions de côté, mais il faut demeurer calme et se sentir prêt pour aborder le sujet, sans aller dans l’évitement », considère la Chamblyenne. 

Expérience de l’enfant

La propriétaire de la clinique ramène à l’expérience de l’enfant qui a peut-être perdu, entre autres, un grand-parent dans le passé. « Ils ont déjà un petit début de compréhension, de ce que ça veut dire, que c’est permanent, qu’il ne reviendra pas », nomme-t-elle.

Pour d’autres enfants, ce sera un premier contact avec la mort. « Il faudra alors expliquer un peu plus ce que ça représente », convient Mme Dubois. L’utilisation des mots justes est de mise. « On ne veut pas aller dire qu’il s’est endormi ou qu’il est parti. Ça pourrait venir créer de l’anxiété au moment du dodo envers des enfants qui ont peur d’aller se coucher, de s’endormir et de ne jamais se réveiller. Ou que leurs parents aillent se coucher, s’endormir et ne jamais de réveiller », met en reflet Dre Dubois. Elle insiste sur l’importance d’être factuel. « Il est mort. Physiquement, ce que ça veut dire, c’est que son coeur et son corps ont arrêté de fonctionner, et ça ne reviendra pas. »

Étant donné que, pour plusieurs, il s’agira d’un nouveau concept, il est possible que les questions entourant la mort se répètent. « Des fois, comme parents, ça peut sembler morbide comme préoccupations. Ce n’est que l’enfant qui essaie de traiter cette nouvelle information, n’ayant jamais vécu cette expérience-là avant. »

Des enfants réaliseront que la mort ne touche pas que les aînés. « Ça leur amène cette réalité que n’importe qui peut mourir. Oui, habituellement, ce sera quand on est vieux ou malade. Dans ces cas, on peut s’y attendre. Là, c’est de normaliser qu’il peut arriver qu’un enfant va mourir d’un accident ou d’une maladie, mais que ce n’est pas la majorité des cas », met de l’avant la docteure en psychologie. Elle révèle que la circonstance peut mener à échanger sur les façons de réduire le risque, bien que le « risque zéro n’existe pas », à moins de « rester dans son lit et de ne rien faire ».

Un espace pour les émotions

La neuropsychologue met l’accent sur l’espace à laisser pour vivre les émotions. « On veut souvent protéger nos enfants de ce genre d’émotions. On ne veut pas qu’ils se sentent tristes ou en colère, mais il faut comprendre que c’est normal. Que la mort fait partie de la vie, et qu’avec la mort viennent la tristesse et la confusion. Il faut pouvoir accueillir ces émotions », décrit la spécialiste. Elle compare qu’il serait « plus questionnant » s’il n’y avait aucune réponse émotive. « On ne veut pas éviter ces émotions-là. Quand on essaie de juste les faire disparaître ou de faire comme si elles n’étaient pas là, c’est là que l’on se retrouve avec des enjeux, comme des cauchemars, crises ou comportements plus difficiles. »

En raison du congé qui touche le milieu scolaire, il n’a pas été possible de parler à un psychologue des centres de services scolaires et de la commission scolaire situés sur le territoire du journal.

Soutien aux employés

Après le drame, la Ville affirme avoir déployé rapidement des mesures de soutien pour les employés touchés, en collaboration avec le Programme d’aide aux employés (PAE), afin d’offrir un accès confidentiel à des intervenants. Un rappel des ressources a été transmis au personnel, des plages de consultation ont été mises en place et des rencontres, de groupe et individuelles, ont été offertes aux équipes concernées, dont les pompiers, les travaux publics et les loisirs. Des rappels suivront, et un suivi additionnel sera planifié au besoin.

Dans le cas de l’événement dont il est question, ce ne sont pas les ambulanciers paramédicaux de la CETAM qui sont intervenus. La CETAM explique toutefois que, lorsqu’un événement comporte un potentiel traumatique, différents moyens sont prévus pour soutenir les techniciens ambulanciers. « Tout d’abord, nos superviseurs sont formés pour effectuer un désamorçage psychologique réalisé rapidement après l’intervention afin de permettre aux paramédics d’exprimer ce qu’ils ont vécu. Les paramédics ont également accès au Programme d’aide aux employés (PAE), à une travailleuse sociale disponible en cas d’urgence, ainsi qu’à d’autres ressources de soutien. Le chien d’intervention Togo, de la CETAM, peut aussi être mobilisé pour offrir un soutien supplémentaire aux équipes. »

Pour plus d’information, il est possible consulter Deuil-Jeunesse. Il s’agit d’un organisme qui, par son approche spécialisée, offre des services professionnels et personnalisés favorisant le mieux-être des jeunes, des adultes et des familles qui vivent une réalité liée au deuil d’un proche, à la maladie grave, à la disparition ou à l’abandon parental. Par son expertise, l’organisme sensibilise la société à la réalité du deuil et au rôle de la mort dans nos vies.