Chambly : Une décision pas acceptée

Le gouvernement fédéral a décidé de mettre fin au Plan de réponse communautaire aux campements (PRCC) dès le 31 mars. Une économie de 25 M$ au Québec qui met en péril plusieurs services de lutte contre l’itinérance.

Les temps sont troubles actuellement pour le communautaire. Après avoir obtenu un sursis d’un an concernant les contrats de gré à gré avec les centres intégrés de santé et de services sociaux de Montérégie pour des services de halte-répit, de centre de jour et de stimulation à domicile, c’est au tour de l’aide aux itinérants d’être inquiétée. Et pour cause, le gouvernement fédéral a décidé d’arrêter le financement du PRCC.

Serge Savoie, membre de la Table itinérance Richelieu-Rouville, se montre très critique vis-à-vis de cette initiative. « C’est une très mauvaise décision du gouvernement s’il n’y a pas d’autres options, regrette le conseiller municipal de Chambly. Je milite pour plus d’investissements des deux paliers de gouvernement. Mais là, les organismes vont en payer le prix. »

Alors que des initiatives pour aider les itinérants de manière plus régulière sont sur le point de voir le jour, la fin du PRCC pourrait avoir des conséquences négatives sur les haltes-chaleur ou autres services offerts aux itinérants, comme des vêtements, des repas ou simplement un sac de couchage. « Je ne connais pas encore le détail, poursuit Serge Savoie. Nous allons voir ce qu’il se décidera, mais je trouve la situation déplorable si aucune autre action n’est prévue pour compenser. »

Des places menacées

Au niveau provincial, le Réseau solidarité itinérance Québec (RSIQ) s’inquiète de la direction prise par le gouvernement de Mark Carney. « Le PRCC permettait à nos membres d’investir selon les besoins identifiés localement dans l’aménagement de refuges ou de logements, tout comme dans les services de prévention et d’orientation ou de soutien à la clientèle. Cependant, la crise continue de s’accentuer et ces sommes indispensables disparaissent sans être reconduites. Ce financement n’était pas un luxe. Pour faire un parallèle avec le domaine de la santé, nous devrons fermer des lits qui existent déjà si le personnel de soutien, lui, n’est plus financé », explique Boromir Vallée Dore, directeur général du RSIQ. Selon l’organisme, ce sont 296 places de refuge d’urgence, 435 places d’hébergement de transition et 65 places de logement permanent supervisé qui sont menacées dans la province.

Yves-François Blanchet, député fédéral de Beloeil-Chambly et chef du Bloc québécois, ne manque pas d’égratigner le gouvernement à ce sujet. « Ce gouvernement s’inspire de la politique conservatrice alors que les gens ont voté contre eux. La population et les entreprises ont été généreuses en termes de dons, alors que les besoins sont importants. Nous sommes même dans une situation où d’anciens donateurs sont aujourd’hui en demande. Dans ce contexte, le communautaire effectue un travail extraordinaire en faisant le travail du gouvernement dans des conditions imposées par ce dernier. »

Des valeurs en politique

Pour le député bloquiste, Mark Carney et son parti manquent de vision. « C’est un manque de respect et c’est une décision très inhumaine. Ce gouvernement est composé de personnes qui ne savent pas que cette décision fait du mal. Elles ne connaissent pas la politique. Les besoins du communautaire et des personnes âgées ne représentent pas grand-chose par rapport à ce qu’ils donnent au privé et c’est choquant. J’invite Mark Carney à venir dans les rues de Chambly. Ces politiciens ne connaissent pas la misère. Nous veillerons à soutenir le budget de l’an prochain pour trouver du soutien au communautaire. »

De son côté, Jean-François Roberge, député provincial de Chambly, attend un signal fort du gouvernement fédéral. « Le gouvernement du Québec fait sa part, investit massivement et soutient les organismes, mais il est clair que le fédéral doit assumer sa responsabilité dans le financement. De notre côté, nous demeurons disponibles pour poursuivre les échanges, nous jugeons essentiel d’assurer la continuité de ces mesures. On ne peut pas demander aux organismes communautaires de faire plus avec moins, ni aux provinces d’absorber seules la fin de programmes fédéraux temporaires. Nous sommes prêts à travailler avec Ottawa, mais il faut des engagements clairs, prévisibles et à long terme. »