Chambly : un nouveau complexe sportif privé en projet

La Ville de Chambly est sur le point de vendre une parcelle de terrain de la zone industrielle au groupe CIBS. Le but est d’y construire un centre sportif. Le privé est-il apte à soutenir le public afin de proposer une offre sportive satisfaisante dans la ville?

Le groupe CIBS connaît Chambly. Et pour cause, l’entreprise de conseil, gestion et construction de projets immobiliers a travaillé à la création du centre sportif situé sur le boulevard Industriel. « Nous l’avons réalisé, mais nous n’en avons pas la gestion. Avec le futur projet, ce sera certainement différent. Nous sommes en discussion avec des partenaires à ce sujet. »

Ce nouveau centre sportif serait situé non loin du premier, sur la rue Samuel-Hatt, à proximité de l’autoroute 10. Le prix de vente du terrain a été fixé à 7,8 M$ plus les taxes applicables. Pour le moment, Alexandre Papin, président du groupe CIBS, reste évasif sur ce que proposera son infrastructure. « C’est assez embryonnaire pour le moment. Il reste encore beaucoup d’étapes à franchir avant d’entamer la construction. Pour le moment, nous n’avons aucune idée de quoi sera composé ce centre. »

Besoins à combler

De son côté, la mairesse, Alexandra Labbé, s’est déclarée satisfaite de cette initiative à l’heure où la municipalité est en manque d’infrastructures sportives. « On a plusieurs terrains à vendre dans ce secteur et c’est une belle opportunité pour nous, assure la mairesse. Ce centre sportif pourrait faire partie de notre vision du sport sur notre territoire même si, pour l’heure, il est encore trop tôt pour en parler avec plus de précisions. Nous avons spécifié nos besoins au groupe CIBS lors de notre rencontre et, pour le moment, cela fonctionne. On verra par la suite. »

L’Arsenal de Chambly prie pour un terrain de soccer synthétique, l’Association du hockey mineur de Chambly est venue en séance du conseil municipal pour réclamer une patinoire couverte supplémentaire pour les jeunes, et les différentes associations sportives espèrent des créneaux horaires au centre sportif intermunicipal Carignan-Chambly, qui devrait être inauguré prochainement. Quel investissement municipal réaliser au centre Isatis? Au bout du compte, c’est toute une vision du sport à Chambly qui est en train de se mettre en place.

Dans ce contexte, le secteur privé pourrait-il être un allié afin de permettre aux citoyens de bénéficier d’installations de qualité? Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM et experte de la gestion municipale, nous fait part de son analyse. « Tout dépend de la ville, de sa taille de population, de la rapidité de sa croissance et des autres villes qui l’entourent. »

La spécialiste souligne le rôle de la sphère publique. « En principe, je favoriserais une entente intermunicipale en priorité, comme d’ailleurs pour les bibliothèques. Ce sont des structures coûteuses, qui génèrent des frais de fonctionnement importants, et il en va de l’intérêt des sportifs de se regrouper à proximité quelle que soit l’identité de leur ville. Donc, une ville assez populeuse développe son propre complexe sportif, si des voisines de plus petite taille sont d’accord pour conclure à l’avance une entente d’utilisation intermunicipale, ou peut-être même pour participer aux coûts d’immobilisation d’un complexe intermunicipal, avec utilisation proportionnelle à la facture assumée. »

Si Chambly est sur le point de bénéficier d’un complexe sportif intermunicipal, Danielle Pilette revient sur les limites d’un complexe privé. « Un complexe sportif privé viserait probablement une clientèle dépassant les frontières de la seule ville d’implantation. Et la ville d’implantation devrait y négocier ses heures d’utilisation, ce qui peut devenir contraignant pour l’avenir, en termes de frais de fonctionnement assumés par la ville. »

Coûts importants

La spécialiste en gestion municipale revient sur les avantages du centre sportif intermunicipal, tant pour la ville en elle-même que pour ses citoyens. « À moyen et long termes, l’avantage d’un complexe sportif municipal ou intermunicipal de proximité, c’est de pouvoir compléter l’utilisation du complexe, en périodes moins achalandées, avec l’offre de sa location pour des événements ou des foires temporaires, même organisés par le secteur privé.

Ces événements ou foires, expositions, auront un impact positif sur les finances de la Ville, sa notoriété et celle de ses voisines, et la fréquentation des commerces et établissements de la ville et de ses voisines. Les complexes sportifs sont quand même lourds, non seulement financièrement, mais aussi environnementalement. Donc, il n’est pas souhaitable de multiplier leur implantation si l’on peut regrouper des dessertes territoriales à faible distance. »

Plusieurs associations sportives s’entraînent au stade Dupont-Ford de Saint-Jean-sur-Richelieu actuellement. L’arrivée du centre sportif Carignan-Chambly est attendue, mais pourra-t-il répondre à l’ensemble de la demande? Danielle Pilette décrit la réflexion générale d’une municipalité, sans nommer expressément Chambly.

« Il faut que la Ville établisse d’abord un plan d’affaires crédible et optimise des scénarios au lieu de seulement se limiter à répondre à une demande pour des loisirs ou des sports. Et il faut mobiliser la communauté ou les communautés concernées au-delà des sportifs, sans minimiser leurs aspirations sportives ni environnementales, ni d’autres ordres. »