Chambly : un estimateur d’âge pour aider à carter

Mathieu Belland, propriétaire de la Tabagie Place Chambly, fait partie des tout premiers à utiliser l’estimateur d’âge. L’outil aide à évaluer la nécessité de carter un client qui achète un produit destiné aux personnes majeures.

Depuis le 12 août, Mathieu Belland a intégré l’estimateur d’âge à son commerce. « J’essaie d’en faire le plus possible pour contrer la vente aux mineurs », fait savoir le propriétaire de la Tabagie Place Chambly.

L’estimateur d’âge utilise un algorithme conventionné sur plusieurs centaines de milliers d’images qui permet de définir l’âge. « Il reconnaît les traits d’une personne qui peut avoir l’air de plus ou moins 25 ans. On n’est pas capable d’identifier la personne. C’est vraiment une estimation. On ne remplace pas le caissier. Il demeure responsable de demander ou non la carte. C’est un outil d’assistance supplémentaire », relate Philippe Gélinas-Bernier, président de Age Gardien et créateur du dispositif.

C’est le Regroupement des tabagies du Québec qui a entrepris la démarche vers Philippe Gélinas-Bernier. Ouvert aux innovations, Mathieu Belland s’est porté volontaire pour accueillir l’outil dans son commerce. « C’est une aide aux employés. C’est aussi un test pour voir si ça fonctionne bien, et ça semble bien fonctionner. Il faut tout de même continuer à se fier à notre instinct. Ça reste que ça pourrait ne pas fonctionner, mais ça enlève une petite gêne aux employés qui doivent carter », relativise Mathieu Belland, qui détient aussi deux autres tabagies. Le propriétaire de la tabagie chamblyenne anticipe que l’idée pourrait faire « boule de neige », voire devenir une obligation dans le réseau.

Un concept vu ailleurs

Philippe Gélinas-Bernier a vu le concept en Europe et aux États-Unis. Il soutient qu’il n’y en avait pas au Canada. L’entrepreneur a donc développé la technologie, soit le logiciel et le matériel. « Le débat qu’on a entourant les boissons énergisantes et la vente de cannabis font en sorte que la vérification d’âge est présente », décrit-il à titre de réflexion. Il compare également avec lorsqu’on achète une bière en passant par la caisse libre-service à l’épicerie.

« Le commis est obligé de venir me voir pour vérifier l’âge. C’est un processus qui ne découle pas de la décision personnelle du commis. Je trouvais donc intéressante cette utilisation pour les dépanneurs. Est-ce faillible? Je dirais que oui, comme dans toute technologie, mais ça réduit la pression sur le caissier de devoir justifier son choix pour carter », observe celui qui a été caissier dans un dépanneur. Il lui aura fallu un an pour mener à terme l’engin. Les projets pilotes ont démarré en janvier dernier. Présentement, il chiffre qu’une quinzaine de ses appareils sont dispersés, à Chambly, Montréal, Sherbrooke et Toronto.

Pas de collecte d’informations

Philippe Gélinas-Bernier insiste que l’appareil est « hermétique » à Internet. « Il n’y a pas de puce WiFi à l’intérieur des composantes. On a voulu faire en sorte de faire confiance à l’appareil. L’idée, c’est qu’il soit complètement déconnecté de tout. Il n’y a aucune collecte d’information ni image enregistrée », assure-t-il. Il suffit de brancher l’outil avec un connecteur USB-C et il devient fonctionnel. Installé près de la caisse, il capte le visage du client. Il se vend à 795 $.

Alcools, courses et jeux 

Nous avons demandé à la Régie des alcools, des courses et des jeux ce qu’elle pensait de ce nouveau dispositif? Nous lui avons également demandé si elle souhaitait voir le dispositif s’implanter dans l’ensemble des commerces qui distribuent des produits destinés aux personnes majeures et si elle envisageait d’y contribuer. « La Loi interdit à un titulaire de permis d’alcool de vendre ou de servir des boissons alcooliques à un mineur ou de laisser ce dernier en consommer dans l’établissement où est exploité le permis. Le titulaire d’un permis d’alcool doit respecter ses obligations légales en ce qui a trait à la vente d’alcool à des personnes mineures. C’est le titulaire qui est imputable en toutes circonstances. Nous ne commenterons pas les moyens qu’il utilise », a-t-elle répondu. Philippe Gélinas-Bernier considère que l’estimateur d’âge « montre que le commerçant est sérieux dans sa démarche de vérification. Le fait que l’appareil soit visible peut dissuader certains mineurs à s’essayer ».

En ce qui concerne les infractions pour un commerce qui vend des boissons alcooliques à une personne mineure, les sanctions peuvent aller de la suspension du permis d’alcool à l’imposition, par la Régie, d’une sanction administrative pécuniaire de 3 000 $ à 10 000 $, selon le cas, et peuvent également entraîner des sanctions pénales, notamment une amende variant de 175 $ à 2 800 $, selon la nature de l’infraction.