Chambly : soutenir la proche aidance
Alors que le Canada vient de fêter la Semaine nationale des personnes proches aidantes, Katia Brocart, directrice générale du Réseau Aidance Montérégie, dresse un portrait de la situation dans la région.
Les proches aidants étaient sous les feux des projecteurs durant le confinement lié à la crise de la COVID. « C’est vrai que l’on en parle moins depuis, confie Katia Brocart, directrice générale du Réseau Aidance Montérégie. En Montérégie, une personne sur trois est proche aidante. Cela représente 500 000 personnes. Si elles lâchent, ce sont 500 000 patients supplémentaires qui se retrouvent aux urgences. »
Le Réseau Aidance Montérégie regroupe une trentaine d’organismes dans le domaine. Son objectif est de rassembler les forces et d’offrir de l’aide, comme la formation de personnel, par exemple. « Le premier défi qui se présente est de permettre aux personnes de se reconnaître comme étant des proches aidantes. L’humain trouve cela normal d’aider sa mère ou son voisin en se disant « Si je ne le fais pas, qui le fera? ». Aussi, pour trouver de l’aide, on tombe facilement dans un labyrinthe administratif pour trouver les bonnes personnes. »
Le rôle des personnes proches aidantes a été salué à plusieurs reprises par le grand public, mais aussi par le gouvernement.
« En théorie, oui, c’est une activité reconnue, poursuit Katia Brocart. Mais il arrive bien souvent que les personnes proches aidantes soient épuisées, voire plus malades que la personne aidée. Leur emploi du temps est tellement chargé qu’elles n’ont que cela et leur travail au quotidien. Et à ce moment-là, trouver de l’aide du gouvernement est très difficile. De notre côté, on travaille plus souvent dans l’urgence que durant un temps réfléchi. On est complètement laissés pour compte. »
Sonnette d’alarme
Ainsi, la Semaine nationale des personnes proches aidantes permet de tirer un signal d’alarme sur la situation en Montérégie. « Il est temps de se poser la question collectivement « Qu’est-ce que l’on fait pour ces personnes? Comment améliorer leur sort? », estime Katia Brocart. On est tout de même chanceux, au Québec, car on sait que le communautaire ne lâchera jamais, même si l’argent manque. »
Aujourd’hui, la directrice générale souhaite que des avancées soient faites dans le domaine de la proche aidance. « Il faut améliorer la collaboration avec les établissements de santé, assure-t-elle. Nous avons des redditions de comptes régulièrement, mais il faudrait aussi davantage de soutien. Il existe un gros enjeu sur le plan du répit à domicile. Le répit grâce aux personnes aidantes correspond à 200 000 heures de travail à domicile et à plus de mille familles soutenues! »
Ouverture au privé
Katia Brocart s’inquiète de l’évolution du domaine. « Les ententes que nous avons depuis 20 ans avec les établissements de santé seront ouvertes à des appels d’offres. Autant pour le communautaire que pour le privé. Ce qui nous inquiète, c’est que le répit, gratuit jusqu’à présent pour les plus vulnérables, ne le sera peut-être plus. »
L’influence du communautaire pourrait bien être remise en cause, au grand désarroi de la dirigeante du Réseau Aidance Montérégie. « Les familles soutenues ont confiance en des intervenants qu’elles connaissent depuis des années. Si le professionnel change chaque semaine, ça ne peut pas fonctionner. De plus, la proche aidance a un effet bénéficiaire par rapport à l’hébergement hospitalier. »
Néanmoins, Katia Brocart croit encore à une amélioration de la situation. « La proche aidance concerne tout le monde. Je constate que beaucoup d’élus municipaux sont dans ce cas. Et l’on ne peut qu’être émotif en parlant de l’aidance. Ce n’est facile pour personne. »
